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Katerina Andreou, chorégraphe et interprète, a présenté une étape de travail intitulée A kind of fierce au festival DansFabrik. Diplômée en droit et de l'école supérieure de danse d'Etat d'Athènes, elle a également étudié au CNDC d'Angers sous la direction d'Emmanuelle Huynh.

"A kind of fierce est un solo, une recherche chorégraphique autour de la notion de l’action, de l’idée de l’audace et sa connection à une expérience d’autonomie et de liberté. Tout démarre par une hypothèse-principe personnelle : et si l’audace, dans toute sa subjectivité, était la clé pour une expérience de liberté? "

Rencontre...

Qu'est-ce que l'émancipation selon vous?

J'ai utilisé le terme d'émancipation au début de ma démarche pour me rendre compte par la suite qu'il n'était pas tout à fait approprié à ma recherche. Aujourd'hui, je parle davantage d'"audace" (tout en continuant à me demander si c'est le mot approprié pour accompagner ma recherche) parce que je ne souhaite pas contrôler le sujet de mon "émancipation". S'émanciper implique une rupture avec des codes, un maître, un courant... or je ne souhaite pas que cela soit le seul postulat de départ pour mon travail: je ne cherche pas une rupture vis-à-vis d'un domaine ou sujet particulier, mais davantage une rupture permanente, une remise en question à chaque instant. Lutter contre quelque chose, c'est déjà identifier des espaces de lutte. Je me positionne davantage dans un effort constant de saboter la figure qui semble apparaître, soit parce qu'elle pourrait constituer une suite logique d'un mouvement ou d'une narration, soit parce qu'elle s'inscrit de manière évidente dans un discours ou un héritage. Je cherche à prendre du recul sur des notions, des concepts et à les questionner, parfois avec humour.

Dans votre texte, vous dites vouloir vous "libérer de l'autorité du destin ou de l'héritage". Est-ce possible d'ancrer sa danse et plus globalement son existence si l'on fait abstraction de son histoire (personnelle et collective) et de toute idée d'avenir?

Je cherche à me libérer de l'autorité qu'exerce le destin ou l'héritage sur ma propre danse tout en sachant que l'on ne fabrique rien ex nihilo, et en acceptant que, malgré ma recherche, cet héritage et ce destin continuent de m'influencer. Selon moi, c'est une illusion de penser que l'on peut construire une danse complètement libérée d'apprentissages et de mouvements existants. Je m'inscris davantage dans une pensée post-structuraliste même si je questionne les cadres dans mon travail. Et par ailleurs, je trouve problématique de penser que l'on pourrait créer un "nouveau corps", une manière complètement "nouvelle" de danser. Je crains que cela ne place le public dans une posture qui ne serait que celle de la fascination vis-à-vis de l'étrangeté plutôt qu'une curiosité vers l'altérité.

Se pose alors la question des outils, de la méthode que vous utilisez pour votre "danse libre" ; est-ce que ce sont des outils acquis au cours d'une formation, ou bien une méthode qui vous a été transmise?

Les outils, je les construis progressivement, en fonction de l'avancement de ma recherche... je les adapte, je les questionne... je m'interroge donc non seulement sur le mouvement qui pourrait s'imposer mais également sur le chemin que l'on prend pour y arriver. Je traverse une forme de censure que j'impose à ma propre écriture "spontanée", j'utilise également des outils concrets tels que l'écoute de sons, de mots, avec un lecteur mp3 dont je ne connais jamais à l'avance la piste qu'il va me proposer.

La danse libre implique-t-elle que rien n'est écrit a priori?

Il y a des idées et des matériaux qui sont existants. Le vocabulaire, même s'il n'est pas écrit, a tellement été pratiqué qu'il est là malgré tout. Mais l'ordre des matériaux et l'évolution des idées sont libres. Il y a aussi des choix très affirmés. Cogner ma tête contre le micro, comme j'ai pu le faire lors de la présentation de mon travail au festival DansFabrik, c'était écrit et choisi parce que ce geste évoque mon rapport complexe à la parole, à la prise de parole.

La danse "libre" n'est donc pas une danse "spontanée"?

C'est une danse qui casse une certaine forme de narration, qui est nourrie par l'instant comme lieu de rupture avec quelque chose d'évident. C'est une danse qui interroge la manière dont je fabrique ma présence en face d'un public qui attend une certaine construction et qui, sans en être nécessairement conscient, alimente mes choix sur l'instant. C'est une "radicalité personelle" qui se joue dans l'écriture.

Je viens d'une tradition "spectaculaire"... que je choisis de mettre de côté pour me situer davantage dans l'idée de "présence" avec l'autre, dans la construction d'une passerelle entre ma sphère intime et le public.

Propos recueillis par Julie Lefèvre

Crédit photo: www.julielefevre.fr

 

 

About the Author

Rédactrice et photographe. Enfant, elle a des correspondants un peu partout. Elle écrit des lettres à longueur de journée (même en classe), les envoie parfois – pas toujours. Plus tard, elle est diplômée de sciences-po Bordeaux et d’un MASTER en management du spectacle vivant.

 

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