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Le focus grec du festival Dansfabrik s'ouvrait aussi à un concert inédit de The Callas à la Carène. L'écoute immersive d'un rock noise-pop sous tension européenne.

Sur l'affiche, le quartet athénien affirme une esthétique rock aux résonances méditerranéennes. Les Ray Ban noires sont de rigueur pour la pose dans une arène irradiée de la lumière d'un soleil au zénith. Deux hommes (Aris et Lakis Ionas, les frères fondateurs du groupe) entourent deux femmes fatales : une ambiance latin lover qui tranche avec l'atmosphère sombre et noisy du concert.

Mars 2016, La Carène, à Brest, The Callas livre lors d'une rare date en France son univers underground animé de contrastes comme le titre de leur dernier album Half Kiss Half Pain. Guitares saturées, tension organique soutenant des échappées mélodiques, lumières blanches sur une scène sombre. Certaines ressemblances avec le Velvet Underground sont frappantes, la source d'inspiration est indéniable. L'ombre de Maureen Tucker plane même sur la batterie de Marinela Petridou, dont la coupe de cheveux à la garçonne nous enverrait presque l'image à contre-jour de la batteuse new-yorkaise. Sensations irréelles de flash-back entre Le Pirée et New-York. Entre 2016 et 1967.

The Callas n'est d'ailleurs pas non plus un groupe de rock parmi les autres, c'est un collectif arty, dont les sets - pas celui de Brest malheureusement - s'enrichissent de performances artistiques contemporaines (vidéos, artworks, événements). Un étendard de la scène alternative athénienne où la crise financière nourrit l'envie d'en découdre avec le chaos, avec une nonchalance post-punk. On ne s'étonne donc pas de voir graviter autour de l'entrepôt The Callas des personnalités totémiques comme Jim Sclavunos (batteur de Nick Cave and the Bad Seeds, Grinderman et ex-Sonic Youth) ou Lee Ranaldo (guitariste de Sonic Youth). Leur(s) Andy Warhol en quelque sorte...

The Callas, photographie : Mélanie Legoff

The Callas, photographie : Mélanie Legoff

The Callas, photographie : Mélanie Legoff

The Callas, photographie : Mélanie Legoff

Atouts féminins, sève européenne

La présence de Sclavunos en studio a sensiblement stimulé le processus des frères Ionas qui s'est enrichi de rencontres créatives depuis Am I Vertical telle que la collaboration avec la guitariste Chrysanthi Tsoukala, dont la voix évoque parfois celle de Kim Deal (Pixies, The Breeders) et la batteuse velvetienne donc. Les atouts féminins d'un jeu stratégique offensif.

C'est au fil d'une écoute immersive que l'on saisit la construction de leur son post-punk sur ce dernier album qui explore une palette sonore nuancée. D'une tension menaçante dans La Jalousie (en référence au roman d'Alain Robbe-Grillet), on parvient à s'évader sur quelques plages mélodiques pop telle It's sunday I'm Bleeding. Sad Erection reflète alors leur héritage musical underground qui se renouvelle de la sève plus contemporaine d'une Europe en feu et en questions. Sur scène, les guitares saturées nous plongent dans ce déchirement et cette énergie athénienne corrosive. On n'y résiste pas, on aime s'y salir mais il est difficile de l'affronter trop longtemps.

Crédit pour toutes les photos de l'article : Mélanie Legoff


The Callas

The Callas sont à l'affiche de Rockwavefestival à Malakassa près d'Athènes, le 5 juin 2016.  

About the Author

Journaliste freelance, Marguerite écrit dans le Poulailler par envie de prolonger les émotions d’un spectacle, d’un concert, d’une expo ou de ses rencontres avec les artistes. Elle aime observer les aventures de la création et recueillir les confidences de ceux qui les portent avec engagement. Le spectacle vivant est un des derniers endroits où l’on partage une expérience collective.

 

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