Alaska, Iris Karayan

Seuls, mais ensemble
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Cinq interprètes, trois garçons, deux filles, corps juvéniles et homogènes, même matrice.

Décor minimal : une large bande blanche allant jusqu’à la verticale en fond de scène, et formant une masse oblique.

Tenue simple : joggings comme à l’entraînement. Les pieds sont nus.

Alaska expose d’abord une masse de corps, un animalcule polymorphe, une incessante valse lente de contacts et glissades et caresses, une fusion souple, une impossibilité de s’individuer.

Le grand dehors fait peur, il y fait si froid, mieux vaut rester groupés.

On se donne de la douceur jusqu’à l’overdose, c’est un peu écœurant, mais comment faire autrement ?

Difficile de se détacher, la dépendance protège. S’invente un drôle d’art martial fait de délicatesses, d’esquives, de forces d’attraction et de répulsions.

La musique électronique de Nikos Veliotis va crescendo, comme un sentiment de catastrophe gagnant l’espace, fracturant les corps, blessant les solidarités. Il n’est cette fois plus question de galipettes mais de survie.

Le collectif se comporte comme un microorganisme, viral, toxique, nécessaire, imprévisible.

Pouvoirs de l’entropie, chacun partira seul.

Assez simple formellement, et pourtant très travaillée, Alaska est une pièce adolescente, fragile, touchante par ce qui en elle relève de l’innocence meurtrie par ce que l’on pressent de la violence du monde, tout ce hors-champ atroce derrière les portes.

Deux heures plus tard, les cinq interprètent dansent encore, mais cette fois tels des fans, au premier rang du concert de Callas, à la Carène.

On se retrouve sous le porche de l’instant.

About the Author

Agrégé de lettres modernes, chargé de cours à l’Université Bretagne Ouest, dont les recherches concernent notamment la littérature contemporaine. Journaliste free lance.

 

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