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Un Best Of du festival du film court de Brest à Paris, en partenariat avec Format Court (http://www.formatcourt.com/)… best of, c’est-à-dire ? Outre les prix reçus par la plupart des films programmés ce jeudi 12 mars aux Ursulines, pourquoi ces films ? Qu’est-ce qui en fait donc un best of ?

Le panaché d’émotions qu’ils procurent peut-être.

La mélancolie de I’ve been a sweeper – Irlande, avec cette tranquille acceptation de la fin et son rythme paisible et étonnamment léger, malgré l’approche de l’inéluctable.

L’humour et l’absurde des situations bigarrées dans Ja vi elsker (Yes we love) – Norvège, où chaque scène finit sans finir, mais laisse le spectateur dans un état d’incrédulité face aux postures apparemment impossibles dans lesquelles les personnages parviennent à se mettre.

La compassion face à la trahison de Hjònabandssala (Chum) – Islande, trahison à laquelle on assiste impuissant alors qu’elle est sensible dès le début. Et en même temps, peut-on lui en vouloir?

La compassion encore et la déception face à une naïveté dans Reizigers in de nacht (Travellers in the night) – Pays-Bas. Et en même temps, comment ne pas tomber dans le panneau? Mais la chute n’est pas si douloureuse – peut-être.

La frustration et l’envie de vaincre d’un jeune garçon pris au piège de son quartier dans Sans les gants – France. Et le bonheur de voir que la fable finit sur l’optimisme.

L’enthousiasme puis la rage puis l’amour devant ce rêve qui échappe de Nashorn im galopp (Rhino full throttle) – Allemagne.

Les paysages – aussi. Ou plutôt les espaces.

Les films du best of sont plutôt des films « ouverts ». Peu de claustration. Même I’ve been a sweeper, où l’on passe de pub en pub, et où on nous raconte une fin, on est aspiré par un ailleurs. Les paysages nordiques de Norvège, d’Islande, emportent franchement le spectateur, par ces horizons à perte de vue. Reizigers in de nacht invite aussi au voyage, malgré tout, de manière impromptue, de même que Nashorn im galopp, même si ces déplacements, ces mouvements, ces départs, ne sont pas sans rapport avec une souffrance. Quant à l’ouverture de Sans les gants, elle est toute en métaphore – sociale, humaine, culturelle.

Pour la variété des éclairages sur la société, également.

Oui, peut-être que ça fleure le bon sentiment, le balayeur de pub devenu héros, le jeune, gentil et sensible boxeur des banlieues qui fait sa fête au caïd, la mise en lumière de la difficulté qu’il y a à supporter un emploi probablement pas choisi, celui de caissière de nuit d’une station service, le déchirement de l’ouvrier d’une usine à poisson quand il voit son meilleur ami et meilleur complice lui souffler sous le nez, sans lui laisser même le temps de réagir, cette magnifique femme – écrivain qui plus est. Mais en même temps, les situations choisies ne jouent jamais sur une pitié facile. Les réalisateurs trouvent le temps, même le temps d’un court, d’apporter des nuances et ne pas emporter notre jugement moral de manière caricaturale. Et finalement, c’est de la jolie fille du diplomate qu’on peut avoir le plus pitié.

Pour la diversité des rapports à autrui représentés enfin.

L’amour bien sûr ou en tout cas le désir – l’amitié – la solitude. Les grands classiques, mais c’est bien de cela que le spectateur veut qu’on lui parle.

À ce titre, Ja vi elsker est lui-même un best of de l’improbabilité à part entière.

Natalia LECLERC
About the Author

Notre agrégée de lettres passe en revue tous les articles, les relit, les corrige. Elle écrit pour différentes revues des articles de recherche en littérature et sciences humaines et s'appuie également sur ses multiples casquettes pour développer les partenariats du Poulailler, en russe, en français, en italien... Natalia pratique le théâtre amateur et bavarde à longueur de journée (en russe, en français, en italien...).

 

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