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Frank Zappa. On connaît souvent le nom, moins la musique : des arrangements faits avant tout d’expérimentations dans le mélange des genres et des instruments. Le personnage, auteur-compositeur américain et guitariste autodidacte tout à fait excentrique mais capable, aussi bien de sérieux dans ses propos que de prises de positions (il a failli se présenter à la présidentielle de 1992), adversaire résolu du politiquement correct, autant apprécié que détesté aux États-Unis dans les années 1980, a inspiré Zutalors, un duo multi-instrumentiste, originaire de la presqu’île de Crozon.

Depuis 2013, Gautier et Benjamin jouent des reprises de l’artiste au banjo à cinq cordes – un instrument qui n’apparaît dans aucun des soixante albums de Frank Zappa – et à la guitare, avec un peu de percussions. Et tendent, de plus en plus, à ouvrir leur répertoire aux compositions « maison » de Gautier, davantage rock, dans un esprit toujours aussi fun, toujours aussi surprenant et toujours si acoustique. Ils étaient au Mouton à cinq pattes à Brest en mars dernier, pour un set qui a duré près de 2h ; ils seront à Camaret, à Rennes et en Lozère cet été !

Entretien avec Gautier 

Comment est née la formation Zutalors ? 

J’ai rencontré Benjamin il y a trois ans en Presqu’île, à l’occasion d’une Jam session (séance musicale improvisée en anglais, NDLR). Je venais d’arriver, j’y suis allé avec mes baguettes (Gautier a commencé la batterie à 18 ans et a évolué comme batteur dans plusieurs groupes, en France et aux Pays-Bas, NDLR), dans l’espoir d’y jouer de la batterie mais elle était déjà occupée ; je me suis donc replié sur mon banjo à cinq cordes et, avec Benjamin, qui était à la guitare, l’improvisation ce soir-là a duré des heures. Plus tard, on s’est recontacté car il s’était clairement passé un truc, musicalement. J’avais déjà monté un petit répertoire d’adaptations de quelques morceaux simples de Frank Zappa, au banjo. Nous avons poursuivi en duo. Avec banjo, guitare et percussions.

© Anaïs Gourvennec

Peut-on dire que vous êtes un duo multi-instrumentiste ? 

Disons que nous sommes un duo un peu bordélique. Sur scène, nous sommes deux mais il faut faire le boulot de quatre musiciens, mettre en place et alterner la rythmique et les solos. Pour les percussions, je joue de la grosse caisse au pied droit (façon batteur) et du tambourin au pied gauche. À deux, c’est forcément un peu plus serré. 

La rencontre avec Frank Zappa, elle s’est faite comment ?

En VHS chez un copain chez qui on regardait « 200 motels », un film sorti en 1971 avec pour vedette le groupe Frank Zappa et the Mothers of Invention, une espèce d’expérience visuelle et auditive sur la vie de tournée. J’ai mis le doigt dans la prise à ce moment-là, essayant d’acquérir la totalité de ses albums (et il en sort encore depuis sa mort en 1993). Je crois que c’est sa folie qui m’a d’abord séduit, son côté foutraque, il a exploré tous les styles pendant une trentaine d’années, capable par exemple de mêler art et absurde sur scène, arborant son rock avec du xylophone, un orchestre ou une grosse caisse, sur des textes évoquant l’alcool et le sexe. Zappa, c’est une personnalité. 

Il critiquait souvent le système éducatif et les institutions religieuses. Que penses-tu de ses textes ?

Zappa était un militant des libertés civiques, il luttait aussi contre la censure morale des oeuvres musicales ; il n’épargnait pas l’Église, associant parfois le sujet à des titres pornographiques (notamment dans l’opéra-rock Joe’s Garage, 1979) et il sortait des textes très « anti-pouvoir » et « anti-business ». À tel point qu’il a créé sa propre structure musicale. La chanson Plastic People (album Absolutely free, 1967) se réfère par exemple aux gens « bidons », aux consommateurs de mode. Mais c’est davantage sa versatilité, son côté barré et cinématographique qui m’interpelle, mêlé au sérieux des propos qu’il peut tenir. Par exemple, l’album Apostrophe (1974) fut entièrement écrit et composé dans le but de raconter, musicalement, l’histoire du film Nanouk l’Esquimau (1922) de Robert Flaherty. Quand je l’écoute en interview, il a une manière de s’exprimer magnifique, un anglais parfait.

Le duo de Zutalors, c’est un hommage à Zappa ?

Zutalors a commencé avec Zappa et des reprises mais on va de plus en plus vers la réalisation de compositions, plutôt rock pour la plupart. On espère enregistrer un CD avec six titres pendant l’hiver 2017 et parmi ces six titres, ne figurera aucune reprise de Zappa ! Trois morceaux sont encore en chantier. En set, on s’écarte un peu de lui aussi, on peut passer d’une adaptation d’une de ses oeuvres à une compo Dada ou une ballade folk yougienne. Je dirais qu’actuellement, nous proposons à 60 % des reprises de Zappa, à 20 % d’autres reprises folk et à 20 % des compositions personnelles. On propose aussi des ballades pop en anglais mais plus ça va aller, plus on va quitter le blues et le folk. On essaie peu à peu d’ouvrir le répertoire à des sons saturés et à notre monde, avec des textes sur les attentats de 2001 aux Etats-Unis (parce qu’écrit à cette époque), sur les aventures féminines ou encore sur l’histoire d’un boucher cannibale qui veut dévorer sa femme. Sur l’un des nouveaux morceaux, Le colosse de Rhodes, Benjamin joue de la basse saturée et sur un autre, il est à la guitare électrique. On aime toujours surprendre le public et il n’est pas rare qu’on s’offre un solo de kazoo au milieu d’un morceau !

Comment composez-vous vos morceaux ?

Disons que ce duo-là, Zutalors, a été le terrain parfait pour mettre en musique des textes écrits pour la plupart dans les années 1990 et que je n’ai pas touchés depuis. J’ai un carnet entier de paroles qui n’ont jamais encore pris forme. Longtemps batteur, je n’avais jamais eu l’opportunité d’en faire quelque chose. En fait, ces textes que j’avais toujours en tête ont commencé à prendre du sens quand je me suis mis au banjo, il y a quelques années.

© Anaïs Gourvennec

Tu as longtemps été batteur, pourquoi le banjo, maintenant ?

J’ai lu dans l’autobiographie de Bill Wyman, le premier bassiste des Stones que Charlie Watts s’était mis à la batterie en retirant les 5 cordes d’un banjo reçu en cadeau pour ne conserver que la caisse. Le banjo est pour moi un instrument abordé spontanément et je n’ai eu aucun complexe à m’y mettre. C’est un instrument intriguant par sa forme et par le son qu’il produit. Dès les premières reprises de Zappa que j’ai réalisées au banjo, je n’avais pas le même résultat qu’avec la guitare, les morceaux sonnaient différemment. C’est dingue d’imaginer qu’on peut même jouer du Bach avec cet instrument !

Où peut-on écouter vos morceaux ?

Nulle part pour l’instant… Nous n’avons pas encore de support car nous estimons que ce qu’on a composé aujourd’hui n’est pas assez concret. C’est encore trop « foutraque ». Il faut venir aux concerts !

Plus d’informations : Zutalors Preksil

En concert samedi (le 17 juin) à St Aubin d’Aubigné (Ille-et-Vilaine) pour le festival 6e sens et le mercredi 28 juin à Camaret (sur réservation, informations à venir).

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