Sacre x7

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Chronique pour la pièce de Dominique Brun, Sacre #197, jouée au Quartz le jeudi 25 septembre 2014.

Ils tremblent, chacun leur tour, ils tremblent de tout leur corps. Dans une corporalité tantôt animale, tantôt humaine, et parfois divine, on se prend de fascination pour ces sept interprètes dont l'incarnation du sacre passe par la chair, la voix, le halètement, le silence, le tumulte puis l'accalmie, la répétition du mouvement puis la répétition des postures. La danse se lit comme une partition très écrite, précise, incisive. Les dessins de Valentine Gross-Hugo y sont plausiblement pour beaucoup, mais on ne s'étonne pas d'apprendre que Dominique Brun, chorégraphe du Sacre #197 a été notatrice Laban.

Nos âmes troublées se perdent entre un plateau très organisé (habité par des soli et des tableaux d'une communauté en prise avec le sacrifice à venir) et une création musicale (Juan Pablo Carreno) torturée, rugissante, accablante, assourdissante. Est-il permis d'imaginer une tronçonneuse dans le son répété et infini du premier solo ? C'est le chant pur et plaintif, entendu au lointain puis sur scène, qui achève nos derniers espoirs d'en sortir indemnes.

Du Sacre initial, ou plutôt de l'idée de sacre chorégraphiée par Nijinsky en 1913, restent la force de la symbolique et des corps à l'expression païenne.

Païenne, et pourtant, suis-je la seule à voir dans ces genoux pliés et ces bras en l'air un Christ sur sa croix ? Ces danseurs, épaules montées, bustes parfois arqués, parfois étirés voire cambrés semblent aliénés par les rites d'une communauté, mais leurs mouvements et certaines postures - ainsi que leurs tenues - rappellent à notre imaginaire le festin de dieux romains. Ou était-ce Le déjeuner sur l'herbe ? 

Ils célèbrent, mais ils craignent...

Tentative de liberté et d'émancipation des croyances collectives enfermantes. Les battements d'ailes qui vont crescendo. Cet oiseau qui ne décolle pas. Son attachement à la communauté est-il finalement trop lourd, comme un boulet à ses pieds ?

Et nous tremblons, intérieurement, nous tremblons. Profondément émus par ces interprètes, tous habités et justes. On est, comme toujours, victime de magnétisme et d'hypnose devant la danse de François Chaignaud, dont le corps exalte la sensualité, même à l'heure du sacrifice.

About the Author

Rédactrice et photographe. Enfant, elle a des correspondants un peu partout. Elle écrit des lettres à longueur de journée (même en classe), les envoie parfois – pas toujours. Plus tard, elle est diplômée de sciences-po Bordeaux et d’un MASTER en management du spectacle vivant.

 

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