Les Héritiers : on veut y croire

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 Les Héritiers (réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar) est sorti en salle le 3 décembre 2014. Il a été programmé au 5ème festival des libertés et des droits de l’homme, qui s’est tenu du 28 janvier au 5 février 2015, aux Studios, en partenariat avec la Ligue des droits de l’homme.

On peut considérer que, du point de vue cinématographique, le film est quelque peu balbutiant. Certaines scènes vont très vite, sont filmées de très près, le spectateur n’a pas le temps de tout assimiler. On peut considérer que l’histoire est gentillette – une classe désastreuse d’un lycée de Créteil à qui la prof d’histoire-géo, Mme Gueguen (Ariane Ascaride), donne sa chance en l’inscrivant au Concours national de la Résistance et de la déportation. Chance que la classe prend, puisqu’elle gagne le premier prix. On peut considérer que les personnages et les situations manquent de nuances : le garçon qui se radicalise, le couple judéo-musulman qui se forme, la rebelle qui se passionne pour Simone Weil et qui en fait est rebelle parce que sa mère est alcoolique, la jeune fille qui se couvre de plus en plus le corps, sous la pression du caïd de la cité. On peut considérer que tout cela fleure bon le bon sentiment, la success story, le conte de fées (inspiré d’une histoire vraie, mais quand même), mais que le sens de la démarche de la prof est superficiel, que tout cela ne rime à rien et ne nous rendra pas le Congo, et en tout cas n’empêchera pas ces jeunes gens d’échouer dans la vie. On peut même considérer que le film est une promotion en sous-main, menée par le Ministère de l’Educ Nat, de la pédagogie par projet, pédagogie en vogue et aux résultats réels, mais qui demande aux enseignants un investissement considérable.

Bref, on peut trouver tous les arguments pour regarder ce film de haut. Au mois de décembre 2014, en tout cas, j’aurais pu trouver tous ces arguments-là. Sauf que depuis le mois de janvier 2015, une histoire comme celle-ci, pardon d’être naïve, mais j’ai envie d’y croire. On entend sans cesse, « Charlie, et après ? », « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? », on s’interroge sur la jeunesse, qui erre sans but et s’en trouve un dans la radicalité et le terrorisme. Je ne sais pas si Les Héritiers peut être une réponse à ces questions, je ne sais pas si ce type de projet et de réussite peut suffire. Mais au festival des libertés et des droits de l’homme, ce film avait tout son sens, proposant un ironique contre-exemple aux héritiers bourdieusiens – modèle qui constitue encore une réalité. Et ce festival se tenant quelques semaines après les « événements de janvier », ce film a pris un sens nouveau, par le début de réponse qu’il propose aux questions désordonnées qu’on se pose tous.

Natalia LECLERC
About the Author

Notre agrégée de lettres passe en revue tous les articles, les relit, les corrige. Elle écrit pour différentes revues des articles de recherche en littérature et sciences humaines et s’appuie également sur ses multiples casquettes pour développer les partenariats du Poulailler, en russe, en français, en italien… Natalia pratique le théâtre amateur et bavarde à longueur de journée (en russe, en français, en italien…).

 

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