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Des rideaux de fer baissés, des vitrines badigeonnées de blanc de Meudon, des enseignes, même pas encore décrépies, mais dont la police de caractère dévoile le temps depuis lequel ce qu’elles annoncent n’est plus là. Les noms des commerces fermés qu’a photographiés Michel Poulain exhalent une poésie qui vous prend à la gorge. On imagine, en regardant la façade de la Petite Boutique ou du Garage Moderne, l’espoir de ceux qui avaient monté leur affaire ; on imagine cette époque où il y avait encore des bouchers, des charcutiers, des boulangers, alors qu’il ne reste que des salariés d’hypermarchés, parqués dans des zones péri-urbaines reproduites à l’infini ; on imagine aussi ces autres artisans disparus, qui réalisaient les façades, les huisseries en bois, la mosaïque en carrelage bleu, le lettrage.

Aux lettrages succèdent les lettres, les mots, le texte d’Arnaud Le Gouëfflec. L’homme qu’il nous présente monte dans une voiture qui n’est pas la sienne, enfile la vie d’un autre, pour un temps. Pour un temps seulement ? Brest, qu’on reconnaît à travers les vitres de la berline, est plus joyeuse, plus insouciante que dans la partie photographique. Bien sûr, il faut qu’on s’arrête au zinc, qu’on se perde, et le héros de la nouvelle est fait de ce flou, de cette attente qui tisse l’étoffe des ports industriels. Mais la nouvelle d’Arnaud Le Gouëfflec est légère, alerte, mobile. Bien sûr, on aurait aimé, enfin, j’aurais aimé, que le procédé dont l’auteur se sert pour mettre en scènes certains des commerces photographiés par Michel Poulain sente un peu moins l’astuce. Mais la chute du récit, fataliste et taquine, rejoint l’inexorabilité des images. Pour le héros de la nouvelle comme pour ceux dont l’entreprise a fermé – comme pour nous tous, sans doute – la faillite vient de petits riens, comme s’il était impossible de l’éviter.

Il faut alors profiter de ce qui reste, des souvenirs, des magnifiques photos de Michel Poulain et de la qualité du travail des éditions Zédélé dont les couvertures mates et souples ajoutent le plaisir du toucher à celui des yeux et de l’esprit.

 Locaux Disponibles, photographies de Michel Poulain et texte d’Arnaud Le Gouëfflec, est proposé par les éditions Zédélé dans un format de poche au prix de 12 €.

 

 

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