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En combien de temps je brûlerais si ce lieu explosait là dans l’instant ? Avant ce titre, un nom, Benjamin Deroche, et en dessous, la photographie d’un grillage qui interdit l’accès à un mur, qui interdit l’accès à… quoi ? Une centrale, un incinérateur ? Benjamin Deroche a photographié, pendant cinq semaines, des paysages à proximité des zones de stockage ou de production d’énergie.

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La quatrième de couverture fait craindre le concept « art contemporain engagé », le livre à thèse, mais dès la première photo, la beauté attrape l’œil. Pourtant, c’est une simple dune grise. Poussière de charbon, cendre ? On ne saura pas : chaque photo nous est livrée pleine page, sans texte, sans légende. Les éditions Zédélé ont préféré à l’explication la force brute des images. Et c’est tant mieux.

Devant l’œil de Benjamin Deroche, les portes, les murets, les panneaux, les cahutes sous des ciels blanchis deviennent des figures géométriques vidées de l’usage que les hommes ont voulu leur donner.

On se dit d’abord que c’est parce qu’il n’y a jamais d’être humain dans le cadre que tout semble figé. Peut-être. Pourtant, ce qui fait que ces clichés ne semblent pas être des instantanés, mais des éternités, c’est sans doute que le titre plane toujours. En combien de temps brûlerais-je ? Et lorsqu’on regarde le livre une seconde fois, une troisième, on se surprend à rentrer un peu la tête dans les épaules. Le silence ne vient pas de ce que la photographie ne capture que l’image (jamais le bruit du vent ou de la pluie sur la mer), mais de ce que ces photographies recueillent le calme d’avant une catastrophe inévitable.

La démarche qui sous-tend le livre apporte une dimension supplémentaire. Sans que rien soit écrit, appuyé, on s’interroge sur le danger de l’énergie, sur la manière de la produire, de la consommer – de s’en passer. 

Les photos de mer ponctuent le livre comme autant de refuges, et cette alternance de menace et de beauté imprime un rythme, celui des marées qui nous fera rouvrir En combien de temps je brûlerais si ce lieu explosait là dans l’instant de Benjamin Deroche, comme on revient sur la côte, pour se ressourcer.

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Benjamin Deroche expose ses photos au Centre Atlantique de la Photographie, au Quartz.

En combien de temps je brûlerais si ce lieu explosait là dans l’instant – Benjamin Deroche – paru aux éditions Zédélé. 64 pages. 20€.

Couverture Benjamin Deroch

L’ouvrage est disponible dans toutes les bonnes librairies.

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