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Mathias Enard, détenteur du prix goncourt 2015, est indubitablement l’un des romanciers français contemporains les plus passionnants.

Livre d’amour fou, de musiques savantes et d’opium, Boussole est une promenade en Orient contée par un personnage insomniaque et mélancolique, cherchant à retourner, par la puissance et l’emportement du verbe, sa propre nuit – à l’heure où Alep et les colonnes de Palmyre s’effondrent.

Entretien réalisé à l'occasion de la venue de Mathias Enard à la librairie Dialogues.

Franz Ritter, le personnage principal de Boussole est un musicologue vivant à Vienne. Si votre livre était une partition musicale, à quelle forme pourrait-on le comparer ? Une fugue ? Un madrigal ? Un ghazal ?

Il y a quelque chose de l’ordre de l’effet contrapunctique dans ce livre, parce que beaucoup d’éléments se répondent sur le principe d’un entremêlement de différentes voix, avec un tempo assez précis puisque l’on est à quatre-vingt-dix secondes la page [le récit à la première personne que fait Franz Ritter de son amour fou pour l’orientaliste Sarah a lieu durant une longue nuit d’insomnie précisément minutée], soit la noire à quatre-vingt-dix secondes. Il y a en effet dans mon livre des parties qui sont fuguées, d’autres qui seraient comme un canon, avec parfois l’aspect amoureux du madrigal, tout cela aspiré par une forme contemporaine, puisque l’on ne revient pas sur les thèmes passés. Boussole pourrait aussi avoir un aspect wagnérien, mais du wagnérien tendant vers Mahler, dans ce sens que le livre progresse vers une sorte d’inéluctable, le lever du soleil, l’est.   

Comme la boussole en cuivre ou en laiton de Beethoven ayant la particularité de marquer l’est.

Oui, absolument.

Il y a dans votre livre un gai savoir permanent, une forme de virtuosité et d’érotique dans le déploiement de vos mille et une connaissances, pour faire référence aux Mille et une nuits, ce chef d’œuvre oriental, dont Proust aussi bien que vous faites votre miel.

J’aime beaucoup cette idée que le savoir peut être érotique, au sens où ce sont des éléments qui participent à fabriquer une histoire d’amour, de la même façon que d’autres éléments, qu’on pourrait appeler plus narratifs. L’idée était que, sans être métaphorique, ce savoir entre pleinement dans la grande construction d’un récit amoureux, qui serait une promenade dans l’encyclopédie.

Boussole est ainsi un feu d’artifice de connaissances, qu’on pourrait très bien imaginer regroupées en articles universitaires de haut vol. Quel est votre propre rapport à l’université, vous qui avez fait des études de persan aux Langues Orientales ? Vous citez notamment assez tôt dans votre livre l’ouvrage satirique que David Lodge a consacré au milieu universitaire, Un petit monde.

En fait, j’ai quitté l’université il y a peu de temps, ou, pour être plus juste, c’est plutôt elle qui m’a quitté. J’ai eu des aventures assez malheureuses avec cette institution. J’ai commencé une carrière de chercheur, qui m’a mené jusqu’en thèse, mais je n’ai pas poursuivi. J’ai ensuite enseigné l’arabe à Barcelone, avant que mon poste ne disparaisse, à l’époque de la crise en Espagne et de la réforme de l’université liée à l’harmonisation européenne. L’enseignement est pour moi quelque chose de très important, une façon de frotter ses certitudes ou interrogations à la jeunesse qui vient.

Votre livre est une magnifique histoire d’amour, mais c’est aussi, par le biais d’un questionnement constant concernant l’altérité, une réponse au réductionnisme identitaire qui frappe aujourd’hui notre pays et l’espace européen. Vous répondez polyphonie quand on tend à nous imposer une seule ligne mélodique.

Il m’importait véritablement de complexifier la notion d’identité, de rejeter la dichotomie facile, eux les barbares et nous les civilisés. J’ai donc écrit un livre sur l’échange, la transformation, la multiplicité, la mobilité. On ne se construit véritablement que dans le lien. L’autre est nous, nous sommes l’autre, nous sommes poreux. 

Vous prolongez et complexifiez, me semble-t-il, sans invalider ses recherches pour autant, les travaux d’Edward Saïd sur la notion d’orientalisme, en cherchant à la dégager de la simple logique coloniale d’appropriation et de destitution de l’autre, en mettant en avant les dynamiques de frictions, d’allers-retours, sans que l’on sache finalement où commencent l’un et l’autre.

Oui, tout à fait. L’idée de Saïd est une brèche dans l’histoire de la pensée, en tant qu’il a ouvert un champ de réflexions, mais il est important aussi de prolonger les recherches qu’il n’a pas eu le temps d’accomplir. Orientalisme est bien plus une notion programmatique, que le point final à la question, il en est pleinement conscient lui-même. Il n’a pas eu le temps d’explorer la différence de perception par chaque pays européen de l’Orient, ce dont on a pu lui faire le reproche, mais ce n’était qu’une question de temps. Bien sûr que l’orientalisme allemand n’est pas le même que l’orientalisme français par exemple. Depuis la publication de son livre majeur, Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, en 1978, on a beaucoup appris sur ce sujet-là. Je peux aussi écrire Boussole aujourd’hui parce qu’il y a près de quarante ans de réflexions derrière nous.

Dans la préface aux Instants soufis d’Abdelwahab Meddeb, l’islamologue Christian Jambet écrit, ce qui rejoint votre point de vue: "La critique injuste qu’Edward Saïd a cru opportun d’exercer n’avait pas persuadé les naïfs de la prétendue nature ‘colonialiste’ de l’orientalisme."

L’Occident exhume et invente l’Orient, autant que l’inverse.

L’orientalisme est une histoire du regard où toutes les disciplines sont agglomérées autour d’un seul objet, d’une seule zone géographique. On y trouve des historiens, des linguistes, des musicologues, des peintres, etc. Aujourd’hui, on n’est plus orientaliste parce qu’on est surtout historien, par exemple, de l’Iran médiéval, ou on est avant tout musicologue spécialiste de l’Anatolie centrale. Le cadre épistémologique de l’orientalisme explose dans la fragmentation de toutes ces disciplines.

Sarah déclare d’ailleurs dans votre livre que l’orientalisme doit être un humanisme.

Absolument. Le dernier grand orientaliste à mon sens est l’Italien Francesco Gabrieli [1904-1996], qui fait tout, depuis l’histoire médiévale en passant par la littérature contemporaine. Il y a une sorte de folie humaniste dans cette idée qu’il serait possible de s’approprier l’Orient dans tous les domaines. Evidemment, on n’en est plus là. Il y a beaucoup d’orientalisme qui se fait aujourd’hui à Téhéran, à Beyrouth, à Istanbul, dans les grandes universités étrangères.

Votre livre opère la résurrection, voire simplement la surrection, d’un grand nombre de femmes, aventurières hors normes, dont le destin exceptionnel s’est joué en Orient. Il y a aussi une grande érotique dans la mise en avant de cette substance féminine incroyable de richesse au cœur de Boussole, et comme un effet d’entraînement dans la jubilation à portraiturer ces "génies féminins", pour reprendre une expression de Julia Kristeva.

Derrière le portrait de Sarah, se cache une ribambelle d’autres femmes d’exception, comme des fractales. La Suissesse Anne-Marie Schwarzenbach, Jane Digby, Lady Hester, Isabelle Eberhardt, Lady Stanhope, Lady Anne Blunt, Marya d’Andurain, Alexandra David Neel, Lucie Delarue-Mardrus, Ella Maillart sont comme des échos de Sarah. Et encore, il y a tant de femmes dont je n’ai pas parlé ! J’ai choisi plutôt des exemples qui représentent certains types, la voyageuse mélancolique, l’aventurière sans scrupule, l’amoureuse passionnée, etc.

Comment travaillez-vous ? On a l’impression que l’Internet tourne à plein régime. J’ai pensé en vous lisant à cette phrase de Kafka : « Je suis une mémoire devenue vivante, voilà pourquoi l’insomnie. »

La bibliographie de Boussole est gigantesque. J’ai pensé tout un temps la joindre à mon roman. Nous avons désormais des bases de données scientifiques disponibles pour qui sait s’en emparer. En ce sens, il est beaucoup plus simple d’écrire ce livre aujourd’hui qu’il y a dix ans. Il y a de très longues recherches pour obtenir un matériau brut, que je vais sculpter, avant d’obtenir l’ensemble de mon livre, et surtout en essayant d’organiser chronologiquement et géographiquement dans cette nuit d’insomnies qui est celle de Franz les éléments choisis, afin qu’ils se répondent et s’enrichissent mutuellement, et que le lecteur puisse passer sans heurt de l’un à l’autre.

Utilisez-vous alors, lors de votre phase de travail préparatoire, toute une juxtaposition et superposition de Post-it par exemple pour obtenir l’effet recherché ?

Les Post-it sur le mur, effectivement, c’était pour Zone [Actes Sud, 2008]. Pour Boussole, j’ai travaillé mon plan sur papier, chapitre par chapitre. Avec ce livre, je sais où l’on avance, puisqu’on part de Vienne pour aller toujours plus à l’Est, Istanbul, Damas, Palmyre, Téhéran. Dans sa nuit, Franz Ritter est un peu à l’image du Kafka dont vous venez de faire allusion.

Franz dans sa pièce, c’est aussi Xavier de Maistre écrivant Voyage autour de ma chambre.

L’appartement de Franz est comme une grosse valise remplie de mille et un récits.

C’est la métaphore même de votre roman, qui parfois fait songer aux Lettres persanes de Montesquieu dans les quelques apologues qui forment une part savoureuse de sa constitution.

L’idée du conte était très présente dans mon esprit. Les  récits enchâssés des Mille et une nuits sont un bon modèle littéraire.

En écoutant Franz, il est difficile de ne pas penser à la voix narrative de Thomas Bernhard, pour l’Autriche et la sensation de basse continue qu’elle impose, ou à celle du Sebald d’Austerlitz.

Il y a du Sebald, c’est certain. Je suis aussi un grand fan de Thomas Bernhard, mais dans mon roman on ne retrouve aucunement son ton d’imprécateur furieux.

Avez-vous écrit un roman du spleen ou de la mélancolie ?

Oui, c’est un roman de l’humeur noire.

J’ai envie de vous poser la même question que celle que vous avez posée au romancier Olivier Rolin quand vous l’avez interrogé pour France Culture : quel est votre paysage originel ?

Comme le répondait très justement Olivier Rolin lors de cet entretien, ce n’est pas à moi de le dire. Je pense que, comme lui, ce paysage originel apparaît très peu dans mes livres. On pourrait penser cependant que ce serait quelque part en Syrie ou au Liban, à Beyrouth ou à Baalbek.

 

 

"Il y a en effet dans mon livre des parties qui sont fuguées, d’autres qui seraient comme un canon, avec parfois l’aspect amoureux du madrigal, tout cela aspiré par une forme contemporaine, puisque l’on ne revient pas sur les thèmes passés."

 

"L’enseignement est pour moi quelque chose de très important, une façon de frotter ses certitudes ou interrogations à la jeunesse qui vient."

 

"On ne se construit véritablement que dans le lien. L’autre est nous, nous sommes l’autre, nous sommes poreux."

 

"Et encore, il y a tant de femmes dont je n’ai pas parlé!"

 

 

 

 

"La possibilité du recommencement me touche beaucoup, que la vie reprenne le dessus sur la nuit."

 

"Certains artistes souffrent dans la solitude la plus effroyable, et d’autres ont une souffrance plus étalée, partageuse."

Vous évoquiez en amont de notre conversation votre livre Zone, qui est aussi un livre-monde, tout aussi proche de la folie que Boussole. Ces deux livres se répondent-ils ou se complètent-ils dans votre esprit ?

Je ne pense pas que ces deux livres communiquent réellement, si ce n’est par la position du narrateur lui-même, puisque c’est à chaque fois un narrateur s’exprimant à la première personne, et qui se situe dans un lieu clos, tous deux portant le même nom, puisque l’un est Francis et l’autre Franz. Tous les deux sont des personnages mixtes, bilingues, ayant une double culture : croate et française pour Francis, allemande et française pour Franz. Il y a du double, mais Boussole est dans un rythme bien moins frénétique que Zone.

Boussole est-il un livre hanté par le suicide, si l’on songe à ceux que vous évoquez, celui de Paul Celan, noyé dans la Seine, et celui de Sadegh Hedayat, par le gaz ?

Il y aurait peut-être aussi celui d’Anne-Marie Schwarzenbach, dont la version officielle est qu’elle aurait eu un accident de vélo. La version parallèle circulant en Suisse est qu’elle se serait tirée une balle dans la tête, acte que sa famille, par peur du scandale, aurait maquillé.

La beauté de Franz est de parvenir à quitter l’Occident, pays du mourir, pour l’Orient, et de renaître spirituellement après une nuit de feu.

La possibilité du recommencement me touche beaucoup, que la vie reprenne le dessus sur la nuit.

Sarah, adepte du bouddhisme tibétain, répète à plusieurs reprises que « tout est lié ». Cette idée m’intéresse beaucoup… Vous mentionnez cette patiente de Jung ayant rêvé le Livre des morts tibétains sans jamais l’avoir lu, ni même eu connaissance de son existence… L’espace littéraire est-il une façon de partir à la recherche de ce réseau de liens inaperçus formant la trame la plus exaltante peut-être de notre existence ?

J’ai été très souvent surpris en me rendant compte à quel point tout était lié, le micro et le macro, le petit et le grand point, le local et le global. Cette vision du monde d’essence bouddhiste me passionne de plus en plus. Je trouvais intéressant que l’itinéraire spirituel de Sarah aille encore plus à l’est, donc atteigne ces territoires du bouddhisme, dans lesquels elle cherche à se réfugier et poursuivre son chemin intérieur. La pensée jungienne est encore pour moi un mystère, je réserve mon jugement sur lui, qui a si mauvaise réputation en nos contrées.

A travers l’itinéraire de Sarah, on peut en effet percevoir une des suites probables de votre œuvre.

Oui, je le pense aussi.

Vous évoquez aussi Germain Nouveau, ce « fol en Christ », ce mendiant à la porte de l’église d’Aix, qui n’est plus édité en Pléiade, au moment où rentre dans cette collection Jean d’Ormesson.

Les scandales que tout cela fait dans certains cercles m’amusent un peu.

Vous proposez dans votre livre de remplacer les catégories nietzschéennes de dionysiaque et d’apollinien par celles de "syphilitique" et de "tuberculeux". De quel tempérament êtes-vous donc? 

Bonne question. Je crois que je suis un peu tuberculeux. C’est une boutade, mais il y a quelque chose de vrai dans cela. Dans la maladie honteuse de la syphilis, il y a de la solitude, de la folie et de l’abandon. Dans la tuberculose, il y a quelque chose de collectif, si l’on pense au sanatorium. D’un côté de la souffrance rentrée, de l’autre de l’énergie publique. Certains artistes souffrent dans la solitude la plus effroyable, et d’autres ont une souffrance plus étalée, partageuse.  

Votre narrateur souffre justement d’une maladie dont on ignore les causes exactes. Pour reprendre une autre catégorie nietzschéenne, que serait la grande santé ?

Il est peut-être aussi un peu hypocondriaque, et en a tous les tics. Comme le dit très justement Nietzsche : "Pour jouir de la santé, il faut avoir été malade."

 

 

Sans maladie, point de santé, jeune homme. Il y a des maladies qui nous amènent à une plus grande conscience de soi et des autres, ce qui est le cas de Franz plongé dans sa nuit initiatique. 

Vous écrivez : "Paris m’a toujours intimidé, on y ressent une étrange violence, le français y est en exil." Où vivez-vous? À Berlin?

Je n’ai jamais vécu, ou très peu, à Paris. J’ai grandi  dans l’ouest de la France, ai vécu longtemps au Moyen-Orient, puis près de dix ans à Barcelone. Je viens de passer deux ans à Berlin, avant de me réinstaller à Barcelone. Le déplacement de Franz Ritter autour de la France est en quelque sorte aussi le mien. Le français est ma langue de culture, celle dans laquelle j’écris et dans laquelle, la plupart du temps, je lis.

Vous êtes traduit ?

Oui, en arabe notamment. Il y a eu un article dans un journal arabe international sur Boussole. Je suis très curieux de savoir comment mon livre va être accueilli. J’entends notamment, venant de la sphère arabe, pour le dire vite, que les "orientaux" désignés comme tels participent eux-mêmes des clichés dont on les affuble.

Au fond, il n’y a pas d’origine à ce phénomène de l’orientalisme, mais un vertige de récits infinis se réfléchissant sans cesse.

C’est exactement cela.

Comme dans Mémoires d’outre-mer (Gallimard, L’Infini, 2015), le beau texte que Michaël Ferrier consacre à Madagascar et à la figure de son grand-père, vous faites le récit de soldats coloniaux partis défendre, au nom de leurs exploiteurs, une patrie imaginaire, sur les fronts et les champs de batailles de la première ou de la seconde guerre mondiale.

Ces histoires de soldats coloniaux sont passionnantes. Les Allemands avaient un camp de prisonniers près de Berlin, où la volonté était de retourner les soldats musulmans qui y étaient détenus contre leur propre drapeau, selon des méthodes de pure propagande religieuse.

Vous écrivez que vous feriez un très bon archiviste. Conservez-vous aussi des images ?

Oui, mais à des fins de collectage de documents, qui pourront nourrir des descriptions. Je fabrique en permanence de l’archive, c’est vrai.

Le thème de l’opium parcourt tout votre roman. Avez-vous fait l’expérience de cette drogue ? Colette, Cocteau, Drieu la Rochelle étaient des opiomanes dépendants.

L’opium est surtout la drogue d’une génération très âgée en Orient. En Iran, j’ai fumé de l’opium, mais mon expérience, dans la pratique iranienne en tout cas, ne correspond pas aux clichés que l’on se fait de la prise de cette substance, quand on imagine des corps alanguis sur des coussins. C’était une expérience de partage, avec des sensations d’absolu bien-être et de monde flottant. On croit être plus fort que la drogue, mais c’est une illusion, la dépendance vient vite.

Qui lisez-vous parmi vos contemporains comme écrivain de secours ?

Je pense à Pierre Michon, dont les livres ne ressemblent absolument pas aux miens.  Je reviens toujours à lui, comme la fréquentation d’un talisman. Vie de Joseph Roulin est l’un de mes textes fétiches. On est avec lui du côté de l’épiphanie.

Lui-même est aussi un intoxiqué, ses livres étant de survie. Vous citez cette phrase de La Condition humaine, de Malraux : "Il faut toujours s’intoxiquer."

C’est à méditer, oui.


 

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Crédit photo principale : Marc Melki / Actes Sud
About the Author

Agrégé de lettres modernes, chargé de cours à l’Université Bretagne Ouest, dont les recherches concernent notamment la littérature contemporaine. Journaliste free lance.

 

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