De la tarentelle dans un hangar

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Le hangar / théâtre

Elvira et Philippe habitent en campagne d'un village du centre Finistère, à une heure de route de Brest. Elvira et Philippe vont peu au spectacle en raison de cet éloignement géographique. Alors Philippe, avec l'aide de quelques amis aussi fous que lui, construit un hangar dans son jardin. Dans son hangar, il y a une scène et des lumières, des chaises, une mezzanine pour faire du rangement. Ce hangar devient un "projet de vie" pour Elvira et Philippe. Ils y investissent du temps, et de l'argent. Pour faire vivre ce hangar/théâtre, ils s'entourent de personnes qui ont le désir de porter ce projet, qui en comprennent l'utilité et la nécessité. Grâce à ces personnes naît l'association La brouette. La brouette, nom hérité de la compagnie existant depuis 2005, au sein de laquelle nos deux protagonistes ont créé des balades poétiques pour petits et grands, Elvira avec son violon et Philippe avec le verbe. Des balades poétiques qui les conduisent jusqu'en Russie et en Australie. La brouette, en hommage au poème d'Edmond Rostand qui conte l'histoire d'une femme "misérable", l'histoire d'une femme qui essaie de mettre du soleil dans sa brouette pour réchauffer son enfant.

Je me renseigne un peu et j'apprends que les deux (Elvira et Philippe) se rencontrèrent à la fin des années 90 au club des poètes de la rue de Bourgogne à Paris.

La tarentelle et compagnie...

Samedi 4 juillet 2015, aux environs de 17h, nous sommes entrés, mon fils et moi dans le hangar/théâtre. Trois musiciens y content des histoires, y chantent des balades et des berceuses de Russie, d'Italie, d'Israël, de Bretagne sous la forme d'un voyage initiatique, une invitation vagabonde... Luskell, un spectacle "pour enfants" mais que l'on peut aussi bien qualifier de "tout public", mis en scène par le duo Diamine. 

Ce jour-là, l'association La brouette a convié le public à une journée autour des musiques du monde avec un focus sur la tarentelle. Ceux qui le souhaitent assistent alors à une conférence proposée par Gaël Guillot (que l'on retrouve à la guitare et à la voix dans le duo Diamine). 

Musique et danse du sud de l'Italie, il semblerait que la tarentelle tienne son nom de la tarentule (une araignée venimeuse). Longtemps lui furent prêtées des vertus thérapeutiques permettant notamment de délivrer les femmes de crises d'hystérie (femmes dites alors "tarentulées", piquées par le mal). Musique et danse s'éternisent pendant que la personne "soignée" traverse différentes phases jusqu'à épuisement.

Reste de cet héritage la dimension libératrice. Et c'est dans cet esprit que se joue le concert du soir. Oui, la tarentelle ce soir-là à Lannédern a libéré les corps (qui ont dansé).

 

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Et mon fils est planté là, devant la scène. C'est peut-être dans un hangar/théâtre du Finistère que se créé son premier désir de musique, au son du tambourin entêtant de Lucia.

Du lien social

Je suis frappée par la mixité du public présent. Quatre-vingts personnes assistent au concert le soir. Des jeunes et moins jeunes, des tout-petits, des musiciens initiés et des néophytes. Je suis touchée par ces gens qui se parlent, par cette jeune adolescente qui se lève et se met à danser. D'autres la rejoignent.

Mais surtout, je suis interpellée. Là, sans montage de dossier et sans critère d'évaluation, l'art est une passerelle. La dimension populaire du spectacle qui prend la forme d'une fête n'enlève rien à la qualité musicale ; en revanche, elle créé du lien entre "les" publics. Philippe et Elvira, et les petites mains qui contribuent à l'association La brouette ont créé un outil qui a du sens... et au même moment certains élaborent des projets en fonction des critères d'attribution des subventions de l'Union Européenne. À quel moment et comment le système a failli ? Loin de moi l'idée qu'il ne faille pas soutenir la culture, les artistes et les structures. Mais j'observe que là où le manque existe, les idées s'inventent... et à d'autres endroits, les projets "d'accès à la culture" se construisent comme des opportunités de boucler un budget, dans la stigmatisation des publics touchés. 

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Contact la brouette : epteton@hotmail.com

Les photographies de l'article ont été réalisées par Julie Lefèvre

About the Author

Rédactrice et photographe. Enfant, elle a des correspondants un peu partout. Elle écrit des lettres à longueur de journée (même en classe), les envoie parfois - pas toujours. Plus tard, elle est diplômée de sciences-po Bordeaux et d'un MASTER en management du spectacle vivant.

 

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