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La pièce s’ouvre sur une scène ouverte où gît un jeune corps à demi nu, non loin d’un cube de métal intrigant. De cette structure montée sur roulettes, vont jaillir un à un les personnages de cette farce tragi-comique, à commencer par le médecin de famille, témoin désabusé des petites douleurs privées qui se veulent universelles. Ainsi, il prête une oreille patiente à ses propres patients : à la famille M., endeuillée par la disparition de la mère, mais aussi à Fulvio et Fabrizio, amis et cousins, tous deux fascinés par Maria, la benjamine.

Au fond de la scène, une immense bâche translucide dissimule les va-et-vient du père, homme vieillissant et taciturne, désormais incapable de tenir tête à ses propres enfants. Les élans du cœur se succèdent aux éclats de voix et chaque personnage est confronté à tous les autres tandis que le temps transforme l’espace de jeu.

L’anamnèse que nous livre le bon docteur, dans cette modeste banlieue italienne est à la fois simple et réaliste. Les membres de la famille sont tous conscients de leur incapacité à faire face à leurs propres contradictions et surtout à leur grand besoin de communiquer, pour partager le deuil d’une mère disparue dans des circonstances que l’on découvrira très progressivement au long du spectacle.

Au fur et à mesure qu’ils parviennent à surmonter leurs angoisses et leurs peurs, ils se mettent à nu, autour de la structure mobile qui, elle aussi, se dépouille de ses pans et de ses volets métalliques, jusqu’à révéler son intérieur le plus intime.

La scénographie se dévoile progressivement : le fond de scène tombe sur une myriade d’éléments discrets et a priori neutres, jusqu’à ce qu’ils s’animent ou soient manipulés par les comédiens eux-mêmes, du brumisateur qui simule la pluie ou le brouillard de l’aube, à la projection d’images vidéo en prise directe sur scène.

La roulotte se fait tour à tour cabinet médical, chambre à coucher, penderie ou table de salle à manger… La modularité du décor ouvre l’imagination du spectateur qui est libre d’y transposer les lieux qui le touchent au mieux.

Les comédiens, affublés de t-shirts aux couleurs vives où apparaissent en inscription leurs rôles respectifs, jouent avec une fluidité complice dans cet espace inattendu et sans cesse réinventé.

La pièce, jouée à la Maison du Théâtre, était présentée au public pour la seconde fois et proposée dans le cadre du Festival Oups ! Le texte, écrit pour être joué en italien, est en effet implacable et cru, et révèle un réalisme à la fois drôle et humain. C’est d’ailleurs ce qu’a retenu la salle conquise et très réactive : une comédie jubilatoire qui met en abîme l’austérité et la folie de toutes les familles, à travers ses non-dits, ses engueulades, ses rêves de rédemption et ses peines partagées.

Crédit photos : Julie Lefèvre

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