Les notes de couleur du Spacetacle

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Rencontre avec Zalie Bellacicco et Mona Luison, suite au Spacetacle, présenté à la Maison du théâtre dans le cadre de l’Atlantique Jazz Festival.

Natalia Leclerc: Avant de parler du Spacetacle, pouvez-vous me parler de vos univers respectifs, musical et plastique ?

Mona Luison: J’ai fait des études de Beaux-Arts en spécialisation bijoux. J’ai toujours travaillé sur le corps. Le métal, dans un premier temps, l’argent, des petits bijoux. Puis je suis revenue à une démarche plus artistique depuis quatre-cinq ans. Le côté « joli » ne me convient plus trop. J’ai commencé à travailler à partir de textiles et de matières récupérées.

Mona Luison

NL: Vous n’êtes pas du tout dans une démarche d’acquisition ?

ML: Non, je travaille sur les objets que j’ai, qu’on me donne. Je récupère beaucoup. À partir de cela, je fais des sculptures à porter. Je travaille sur trois thèmes : Topicality, autour l’actualité. Mes sculptures ont un lien avec ce qui se passe autour de nous. C’est comme des colliers d’histoire, on sait à quelle période ils ont été créés, les événements qui m’ont marquée au moment où j’étais en train de les réaliser. Mais comme l’actualité est triste, je me suis tournée vers la conquête spatiale. J’ai alors commencé à travailler des colliers à porter sur l’histoire des astronautes, de la terre, les premiers engins. Et enfin, je travaille sur les étapes de la vie. Il y aura sept parures. Mais ce n’est pas portable !

Par ailleurs, j’ai travaillé sur le costume avec Zalie, pour le spectacle La Douche. On s’est rencontrées à l’Atelier. Elle m’a demandé de faire un costume assez blanc, puis on en est venues à travailler sur la conquête spatiale. Zalie s’orientait alors vers l’enfance.

NL: C’est de là que vient donc le projet du Spacetacle ?

Zalie Bellacicco : J’avais vraiment envie de travailler avec l’univers de Mona. Elle a amené le sujet de la conquête spatiale et on a vu qu’on pouvait en faire un objet pédagogique et artistique.

NL: Mais vous, Mona, vous n’orientiez pas votre travail vers le jeune public ?

ML : Non, mais j’avais déjà fait une sculpture pour une crèche.

ZB : Et moi, j’avais envie de faire un spectacle pour enfants depuis très longtemps, et visuellement, l’univers de Mona me semblait évident !

NL: Et pour en revenir, Zalie, à votre origine musicale ?

ZB : J’ai une formation classique, j’ai commencé par le piano, et j’ai toujours chanté. J’ai toujours improvisé, et suis donc tout naturellement passée par le jazz. Je pratique la musique improvisée : on n’est plus chanteur, on est vocaliste, on utilise sa voix comme un instrument. On utilise tous les sons que la voix peut faire au service d’un propos artistique et musical, et dans un instant T, qui ne se reproduit jamais. Ce côté instinctif et immédiat me plaît énormément, ainsi que la liberté que j’y trouve. En classique, on interprète ; et dans le jazz, même quand on improvise, on a une trame harmonique, rythmique. Les seuls codes qu’il y a sont ceux qu’on se donne, si on est en duo par exemple. Mais on peut être aussi dans la seule écoute et la réaction, l’interaction instantanée entre les musiciens. C’est ce monde que je veux faire découvrir aux enfants, car je veux sortir du stéréotype du spectacle pour enfants, avec des chansons pour enfants. J’avais envie de les emmener dans un univers musical complexe. Par exemple, tout le début du Spacetacle est improvisé.

Dans mon développement personnel, j’ai du mal à me cataloguer dans un genre. J’ai toujours été attirée par les formes performatives, et qui mêlent d’autres arts, comme ça a déjà été le cas dans La Douche.

NL: Le texte du Spacetacle est-il une commande ?

ZB : J’écris des textes, j’écris des chansons, mais pour le conte, j’ai fait appel à Vincent Vedovelli. Il a adhéré à l’univers de Mona, on s’est compris. On avait établi des tableaux, en lien avec le costume.

ML : On avait la trame, et le costume n’était pas encore fait. J’avais commencé les croquis. Nous avions quelques éléments. J’avais déjà travaillé Laïka par exemple.

ZB : Vincent nous a posé des questions. On avait l’idée du personnage de Galaxie, cette aventurière de l’espace un peu farfelue, un peu diva, collectionneuse, rêveuse. Et d’un robot qui avait la connaissance de la conquête spatiale de l’homme. Vincent nous a fait parler des personnages, de leur psychologie. On a eu un travail très intéressant tous les trois. Ça a vraiment été une co-construction. Vincent nous a fait une première proposition de texte. Il a aussi composé plusieurs textes de chansons.

ML : Puis, j’ai commencé à travailler tous les objets qui avaient besoin d’être manipulés.

ZB : La trame a créé le texte, puis le texte a mené au costume.

NL: Vous êtes allés de trames de textes à trames de tissu!

ML : Oui, c’est un costume livre ! Au début, il devait vraiment se déplier comme un livre, avec des panneaux.

NL: Que représente pour vous, Zalie, le travail de la marionnette et de l’objet ?

ZB : À la Maison du théâtre, on m’a conseillé de contacter la compagnie Tro-Héol. Sara Fernandez devait venir comme aide à la manipulation et finalement, elle m’a aidée à la mise en scène.

La marionnette représente beaucoup de contraintes, car c’est très technique ! Une part importante du travail a porté sur le calage. Passées ces contraintes, il fallait trouver les voix des personnages, un nouveau travail assez difficile.

NL: Beaucoup de technique donc, dans ce spectacle ?

ZB: Oui, passer d’une voix à l’autre, pendant le spectacle, demande beaucoup de précision. Puis passer à la voix de Galaxie, bien lyrique, bien ronde, plus proche de ma voix, un peu clown. Il faut jongler avec tout ça !

C’est technique, car on change en permanence de position du larynx, et donc du corps, puisqu’il est essentiel, c’est le premier instrument ! Et tout ceci exige une grande endurance, car le costume est lourd.

ML : Il s’embrouille aussi !

ZB : Mona n’est pas costumière, son travail est une sculpture. Il n’a pas la dimension pratique d’un costume de théâtre. Mais cela fait partie du personnage de Galaxie, qui doit toujours de démêler.

NL: Quelle influence l’univers musical de Zalie a-t-il eu sur vous, Mona ?

ML : Je connais Zalie depuis longtemps, vocalement parlant. Elle a un côté très hétéroclite, touche-à-tout, qui se retrouve dans mon travail. Je la voyais très bien en jeune public, je savais que je n’aurais pas de limites aux bêtises que je pourrais faire dans le costume. De mon côté, j’aime animer des peluches, faire des hybrides.

ZB : À partir de là, je peux faire les voix que je veux !

ML : J’étais partie de la question de savoir si les extra-terrestres étaient plus ridicules que nous ! Je voulais des personnages multiculturels et pacifistes.

NL: Comment avez-vous conçu ce concept de costume-décor ? Le Spacetacle est un travail sur l’espace… spatial, et l’espace théâtral : est-ce juste une coïncidence ?

ZB : Par la voix, je travaille la spatialisation. La voix est spatialisée, et acoustiquement, et par la captation de micro. Rien que par la voix, je veux emmener les enfants dans l’espace. La lumière, créée par Gaïdig Bleinhant, vient aussi aider à la spatialisation. Avec elle, on a travaillé sur une structure: on avait envie d’une petite structure qui puisse passer partout. Et que cette boîte noire en trapèze permette d’avoir ce côté orbital, tandis que le costume a une dimension solaire, centrale, avec les objets qui sont manipulés autour, qui se mettent orbite, et la lumière qui crée des ombres.

Dans les essais de lumière, on s’est rendu compte que le costume changeait de couleur.

crédit photo : Julie Lefèvre

ML : Oui, il y avait de la laine phosphorescente.

ZB : C’est là que le costume devient décor. Il change d’espace, de lieu, de couleur, de contraste, de dimension. J’avais aussi envie de mise en espace par l’utilisation de la réverbération. Il n’y a que trois moments captés par le micro mais ils nous emportent dans l’espace !

Natalia LECLERC
About the Author

Notre agrégée de lettres passe en revue tous les articles, les relit, les corrige. Elle écrit pour différentes revues des articles de recherche en littérature et sciences humaines et s'appuie également sur ses multiples casquettes pour développer les partenariats du Poulailler, en russe, en français, en italien... Natalia pratique le théâtre amateur et bavarde à longueur de journée (en russe, en français, en italien...).

 

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