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JL : Peut-on définir votre travail ou est-il par essence indéfinissable ?

SR : Je me définis comme compositeur électronique. Pas au sens d’une musique pour dance floor, mais dans le sens ancien du terme : une musique fait avec les machines, et aujourd’hui particulièrement avec l’ordinateur. Je travaille également des pièces radiophoniques, pas nécessairement destinées à la radio, mais des pièces contenant du texte : une mise en son de textes, souvent écrits par Célia Houdart. Ces pièces prennent la forme d’installations, de parcours. Un autre ami avec lequel je collabore régulièrement, c’est Olivier Vadrot, qui est architecte de formation, commissaire d’exposition. Nous travaillons régulièrement sur des projets d’installation et de design sonore. Et puis je créé pour le spectacle vivant, notamment la danse.

Dans mes travaux personnels récents, il y a également une réflexion sur les dessins de Sol LeWitt. DD et moi avons vu ses travaux exposés au Dia Beacon, musée au nord de New York où sont rassemblées de nombreuses oeuvres d’auteurs minimalistes ou conceptuels. En voyant les dessins de LeWitt, je me suis dit que c’était de la musique.

JL : Y a-t-il déjà eu quelques restitutions de ces travaux ?

SR : Oui, au centre Georges Pompidou Metz, au moment de l’exposition Sol LeWitt. Il y a eu quelques concerts également, des séances d’écoute, données à Londres, Montréal, New York, en Espagne, à Genève.

DD : Il y a quelques éléments que nous partageons dans notre travail, en termes de thématiques, de méthodes, même si nos pratiques sont très différentes (Sébastien en musique et moi en danse). La traduction, par exemple. La traduction d’un format à un autre. La répétition travaillée autrement que par la question de l’intensité. Le recyclage : la fragmentation des éléments et leur réutilisation.

Pour ma part, je créé beaucoup en ce moment avec des danseurs… qui dansent. Je le précise parce que mon travail a longtemps impliqué le mouvement de personnes que l’on ne qualifierait pas nécessairement de danseurs, mais je vois de la danse partout. Récemment, j’ai traduit une partition de Beethoven pour quatuor à cordes. Cette pièce, Danza Permanente, est écrite pour quatre danseurs qui ont chacun pris le rôle d’un instrument et ont dansé la partition note par note, en silence.

JL : Comment ce travail se distingue-t-il de Partita, avec Boris Charmatz et Anne-Theresa de Keersmaeker ?

DD : C’est très différent. Les danseurs, avec leurs mouvements, remplacent la musique. Dans Partita, la musique est davantage présente, et ce n’est pas une retranscription note à note. Notre travail était plus exagéré, plus obsessionnel. D’ailleurs Sébastien et moi partageons cette obsession des systèmes, des structures.

Dans mon travail récent, il y a également A Catalogue of steps : j’ai fragmenté toute mon oeuvre de 1990 à 2004, à l’appui de vidéos, et j’ai essayé de ranger ces fragments par catégorie.

JL : Un travail de titan …

DD : Oui, c’est infini. Le but était d’avoir un projet qui pourrait se nourrir sur des années de nouveaux fragments. Le catalogue peut-être visité selon des catégories : sol, sauts, lignes… Ce n’est pas exhaustif, c’est une forme de collection.

JL : De quelle culture, de quels courants êtes-vous les héritiers ? Je pense au collectif Fluxus, au compositeur La Monte Young…

SR : C’est prétentieux ce que je vais dire, mais je ne me place pas vraiment en héritier de grand chose parce que je n’ai pas été leur élève, je n’ai pas vécu à New York à l’époque, je n’ai pas assisté à des performances issues du collectif Fluxus. En revanche, c’est évidemment un mouvement qui nous intéresse. C’est un des groupes phares de New York, mais il y a également les musiciens qui tournaient autour, John Cage, Morton Feldman, Christian Wolff… Si on étend le cercle tout en restant à la même époque, il y a tous les artistes minimalistes conceptuels : Sol LeWitt, Donald Judd… Un compositeur dont je me sens proche c’est Alvin Lucier, si on devait en garder un seul, ce serait lui.

Tous ces gens fréquentaient également le monde de la danse, il y avait une forme d’interdisciplinarité.

DD : J’ai vécu vingt-cinq ans à New York, dans mon « héritage », il y a toujours eu l’influence du mouvement Judson Church. Même sans connaître l’existence de ce mouvement, je pense que les danseurs portaient cet héritage, dans leurs mouvements, dans l’esthétique. J’ai été très influencée par la musique à New York au début de ma carrière, les improvisateurs des années 80-90. Et puis bien sur le travail Lucinda Childs

… et puis Godard aussi… (rires)

C’est vrai, ça m’a bouleversée et ça continue, c’est la référence.

JL : Justement, vous parlez de Godard, j’allais vous demander s’il y a, au delà de ce courant américain, des intellectuels ou des artistes français qui ont pu influencer votre travail. 

SR : Toute la littérature basée sur la contrainte… Perec, Queneau.

JL : Sébastien, je suis curieuse de connaître votre parcours musical. Comment vous êtes-vous construit, musicalement ?

SR : Ecouter de la musique, aimer ça… commencer à jouer dans des groupes de rock. Découvrir la musique concrète. Laisser tomber la guitare pour l’ordinateur. Je n’ai pas été formé au conservatoire. Très vite, j’ai développé un intérêt pour le son en lui-même.

JL : Vous y revenez à la guitare ?

SR : À la maison, de manière classique – enfin, pas classique, folk. C’est comme aller faire un footing. Lorsque j’ai travaillé à l’IRCAM, j’ai été très influencé par Georges Aperghis, qui m’a appris différemment à penser le montage et la composition. C’était une pensée nouvelle pour moi. Il a des techniques de montage très formelles, il écoute peu les sons avant de réaliser le montage.

JL : Vous êtes donc accueillis en résidence à Guissény. Que proposez-vous dans le cadre de vos ateliers ? 

Le point de départ est de travailler avec un groupe d’amateurs au sein duquel chaque personne est munie d’un haut-parleur. Ce haut-parleur émet un seul son, propre à la personne. La pièce se compose à partir du mouvement, du déplacement de la personne. Le mouvement transforme le son et chacun produit des mouvements et des sons différents.

Nous restituerons ce travail à différents moments et endroits de la journée : la plage, la cour de l’école, l’ancienne école.

Résidence À Domicile, Guissény - Atelier avec Sébastien Roux et DD Dorvillier - crédit photo : Julie Lefèvre

Pour les informations concernant les horaires et questions pratiques du festival, prendre contact avec l’office de tourisme de Guissény (02 98 25 67 99).

Restitutions les 6 et 7 septembre.

Pour en savoir plus sur le festival, lire notre article. Découvrir Volmir Cordeiro, également invité À domicile.

About the Author

Rédactrice et photographe. Enfant, elle a des correspondants un peu partout. Elle écrit des lettres à longueur de journée (même en classe), les envoie parfois - pas toujours. Plus tard, elle est diplômée de sciences-po Bordeaux et d'un MASTER en management du spectacle vivant.

 

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