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Plutôt que comme conteuse, Aimée de la Salle se définit comme "chanteuse d’histoires". En effet, dans ses spectacles, tout est raconté par cœur, contrairement aux conteurs qui improvisent, racontent à propos, et qui peuvent broder, et les chansons y ont une place de choix.

Le conte, elle est tombée dedans quand elle était petite, puisque son père, Bruno de la Salle, est un des précurseurs du genre en France. C’est avec lui qu’elle a appris cet art, en étant d’abord assistant metteur en scène, script, puis interprète, puis en se lançant dans l’écriture de chansons. Elle n’écrit pas seulement pour les enfants, mais c’est un public qu’elle affectionne particulièrement pour sa "spontanéité instinctive": "ils n’ont pas appris les conventions du spectacle, ils sont libres".

Dans Les Trois petits cochons moustachus (et poilus – mais cela, vous le saurez lorsque vous verrez le spectacle ou entendrez le disque), sur un fond noir, avec pour seul accessoire un instrument de musique et maquillée d’une seule paire de moustaches, Aimée de la Salle raconte en chansons sa version de l’histoire des trois frères et du loup.

 

Interview

Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur Les Trois petits cochons ?

Je travaille sur ce conte depuis longtemps : il me semble important car il y est question de la construction de son identité, de sa cabane. C’est un conte qui raconte comment on part de chez ses parents, un conte initiatique.

Dans votre spectacle, Mix et Max sont avalés par le loup. Pourquoi cette version ?

Dans la version traditionnelle, plus cruelle que les versions édulcorées du commerce, comme souvent, les deux premiers cochons sont mangés. Naf-Naf donne rendez-vous au loup au marché, qu’il mange, mangeant donc ainsi ses frères ! Je n’ai pas voulu conserver cette version telle quelle, mais j’ai gardé l’idée que les deux premiers frères étaient avalés, et donc punis, puis sortaient par les fesses du loup, qui est ainsi ridiculisé. Ils n’ont pas été sages, ils n’ont pas écouté les conseils de Mux. Mais ils se rachètent ensuite car ils alimentent le feu grâce aux débris de leur maison, et à la fin, les trois frères se retrouvent unis. La chanson « Les gros mangent les petits, sauf quand ceux-ci sont unis » rappelle l’importance de la fraternité.

Quel est l’instrument qui vous accompagne ?

C’est un kalimba, un instrument que l’on trouve en Afrique et en Amérique latine. J’ai appris la musique indienne – que mon père a toujours utilisée –, africaine, j’ai travaillé la musique baroque, baigné dans les musiques modales.

Par la musique, je cherche la participation, l’interaction avec le public, et pas seulement avec les enfants : les parents retrouvent aussi leur âme d’enfance, c’est un moment de partage, surtout quand je demande des bruitages.

Vous reprenez aussi des comptines célèbres, que vous détournez.

Je chante en effet « Promenons-nous dans les bois » et « Trois petits cochons pendus au plafond », et la chanson principale, « On est trois petits cochons moustachus et poilus » a pour mélodie « Qui craint le grand méchant loup », tandis que « Dodo petit cochon » est une adaptation de « Dodo l’enfant do ». Je m’appuie sur ce que le public connaît.

Pourquoi ces petits cochons sont-ils moustachus ?

Mix, Max et Mux sont les personnages d’une histoire racontée par mon père, qui a accepté de me donner ces trois noms. C’est lui aussi qui nous appelait les « moustachus », ma sœur et moi. Les moustachus, ce sont les enfants, qui vont grandir.

Travaillez-vous d’abord sur vos spectacles ou sur vos disques ?

Auparavant, j’avais déjà édité deux livres chez Didier Jeunesse : le premier, J’ai descendu dans mon jardin, avait d’abord été un spectacle, le deuxième au contraire, Mizou le petit chat noir, a d’abord été un livre-disque. Pour Les Trois petits cochons moustachus, j’ai également d’abord réalisé le disque, puis le spectacle vivant, qui voit là ses premières représentations officielles. Sylvie Pétron connaissait mon travail, car je suis déjà venue au festival il y a trois ans, et elle m’a fait confiance.

https://associationadao.wordpress.com/

https://aimeedelasalle.com/

http://www.didier-jeunesse.com/livre/les-trois-petits-cochons-moustachus/

Natalia LECLERC
About the Author

Notre agrégée de lettres passe en revue tous les articles, les relit, les corrige. Elle écrit pour différentes revues des articles de recherche en littérature et sciences humaines et s’appuie également sur ses multiples casquettes pour développer les partenariats du Poulailler, en russe, en français, en italien… Natalia pratique le théâtre amateur et bavarde à longueur de journée (en russe, en français, en italien…).

 

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