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Pour son dixième anniversaire, le petit festival brestois du rock'n'roll hors piste, s'offre les «hauts » lieux culturels de la cité sans perdre son esprit alternatif. Une bouffée d'oxygène à prendre, jusqu'à samedi soir en compagnie d'artistes et de musiciens à l'esprit foutraque et salvateur par ces temps sombres. Half Japanese, Gablé, Pierre Bastien & Emmanuelle Parrenin, L'étrangleuse, Gaspar Claus, Centre du monde, le ciné Zinzin, Les Mamies Guitares, les Suzettes... Tous aux concerts !

Motus-Emmanuelle-Parrenin-et-Pierre-Bastien

Passion et organisation, voilà ce qu'inspire l'équipe du festival Invisible. À chaque édition, c'est juste pour boucler le budget (30 000 euros) mais ça tient debout et une synergie grandit avec un public fidèle et participatif, des artistes ciblés, des partenaires culturels conquis et de nouveaux lieux. Pour son dixième anniversaire, l'affiche qui ne dit rien au plus grand nombre est encore de belle facture. Avec un dièse pour la diversité des formes choisies, dont certaines relèvent de l'expérience inédite.

En témoigne cette «première» dégustation invisible proposée, mardi soir, à la recherche d'accords vins-musique! Imaginez vous déguster dans le noir un côte d'Auxerre, un Patrimonio blanc puis un Costières de Nîmes en écoutant quelques morceaux choisis de musique hypnotique (Terry Riley), de folk trip-hop (Emmanuelle Parrenin), ou de rockn'roll (Muddy Waters)... «Plus on accentuait la rondeur du vin, plus on montait en groove», souligne Laurent Moëllic caviste et grand collectionneur de vinyles accompagné d'un DJ de Sine Qua Pop. Un lâcher prise inédit au départ des papilles et des oreilles, partagé par douze dégustateurs. L'expérience pourrait être réitérée tant elle stimule la curiosité. Voilà ce qu'inspire l'équipe du festival Invisible.

Autre proposition originale, la performance «Mamies guitares» qui se construit depuis lundi dans le petit auditorium de l'espace L'Cause. Sept femmes, quinquagénaires à octogénaires, non guitaristes, composent cette sorte de choeur de paroles et d'accords de guitares électriques guidé par Mathieu Sourisseau à la musique et Daniel Scalliet aux textes. Un véritable Tonnerre de Brest (voir l’interview de Daniel Scalliet) dont on aura la restitution sur scène vendredi en deux sets (le midi à L' Cause et et le soir à La Carène).

Le jeune public a eu sa part du gâteau, mercredi, lors de deux séances de ciné Zinzin, à la Carène. Un ciné-spectacle conçu à partir de contes du monde entier en films d'animation. Sur scène, Yannick Lecoeur et Abigaël Green assuraient les doublages et les bruitages en direct. Ils se sont intéressés aux contes les plus absurdes et les plus poétiques pour concevoir ce programme sensible où les enfants suivent des carambolages de monstres avec humour sur une musique originale de Nicolas Tritschler et Yoann Goliaun.

Concerts énergiques et performances iconoclastes

À partir de ce soir, jeudi, s'ouvre véritablement la séquence concerts du festival, avec une affiche iconoclaste. Elle est aussi le reflet de partenariats tissés avec les acteurs culturels brestois. Penn ar Jazz s'associe à Invisible pour deux concerts au centre d'art contemporain Passerelle. On est intrigué par celui de Gaspar Claus (violoncelle solo) qui annonce une cérémonie musicale baignée de chamanisme, de rock à l'état brut, de répertoire classique, de profane et de sacré.

La proposition de l'Etrangleuse semble aussi très singulière : il s'agit d'un duo intimiste et électrique à la harpe et à la guitare illustré par les voix de ses instrumentistes Mélanie Virot et Maël Salètes. Ce dernier est membre de l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, qui avait fait mouche au festival l'an dernier.

Une très belle proposition iconoclaste lancera le week-end Invisible au petit théâtre du Quartz, vendredi soir. « Motus » réunit Emmanuelle Parrenin, figure du folk français aérien des 70's (album mythique Maison Rose) et Pierre Bastien, grand musicien expérimental et bricoleur sonore. La chanteuse a repris sa carrière artistique il y a quelques années après un accident de la vie. À la harpe, à la vieille à roue et au dulcimer, elle rencontre une installation mécanique sonore contemporaine. Entre eux, sur un écran, des doigts de pianistes et d'organistes plaquent une harmonie. « Une création singulière qu'on a pu obtenir grâce à une co-production du Quartz. Un rendez-vous important », souligne Maëlle Le Gouefflec, coordinatrice du festival.

Parmi les bonnes prises des programmateurs pour les deux grandes soirées énergiques co-produites par la Carène, on retient plusieurs artistes de haut vol. Le chanteur de Half Japanese, Jad Fair est le foldingue de l'affiche, chantre du rock indé américain. Depuis 1974, avec son frère David Fair, il crée des morceaux qui ignorent superbement les conventions musicales mais sont dans la veine rock'n roll des origines, inspirant des groupes tels Sonic Youth, Daniel Johnston, Kurt Cobain, Teenage Fan club etc. Ce grand expérimentateur du rock, déjà venu à Invisible en 2007 tourne aujourd'hui avec deux guitaristes, un bassiste et un batteur et surtout un nouvel album (depuis 13 ans !) « Enjoyed ». On a hâte de découvrir cette énergie furieuse sur scène ! Des oeuvres graphiques (paper cuts) de Jad Fair sont d'ailleurs actuellement exposées à Bad Seeds Records Shop, nouvelle boutique de vinyles ouverte il y a quelques semaines à Saint-Martin. L'occasion de pousser la porte d'un nouveau lieu alternatif brestois. Non loin de là, Le Mouton à 5 pattes, accueillera en un concert apéro du festival (samedi à 18 h), l'auteur compositeur « Centre du monde » qui interprètera des chansons sur l'amour, le manque d'amour et le manque du manque d'amour... Reste à trouver le bon p'tit élixir qui accompagne cet artiste chouchou du Studio Fantôme ! Et si les festivaliers sont encore vaillants samedi tard dans la nuit, ils pourront lâcher prise au bal des Suzettes et durant le set vinyle de DJ Claude Madame ! Après ces jours sanglants, on en a tous envie et besoin avec fantaisie et énergie. Et c'est avec cette belle intention que les organisateurs ont décidé de maintenir ce festival étendard de la musique indé. Tous aux concerts !

About the Author

Journaliste freelance, Marguerite écrit dans le Poulailler par envie de prolonger les émotions d’un spectacle, d’un concert, d’une expo ou de ses rencontres avec les artistes. Elle aime observer les aventures de la création et recueillir les confidences de ceux qui les portent avec engagement. Le spectacle vivant est un des derniers endroits où l’on partage une expérience collective.

 

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