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Little Bob and the Blues Bastards, concert au Vauban, le dimanche 11 octobre 2015

Rockin’ Class Hero, documentaire de Gilbert Carsoux et Laurent Jézéquel (sortie nationale imminente)

Bernard Plossu, Le Havre en noir et blanc, Filigranes Edition - exposition au MuMa, musée d’art moderne André Malraux, Le Havre, du 10 octobre 2015 au 28 février 2016

A Piero, dix ans, pour son premier concert rock

Il aurait pu vivre à Londres, Liverpool ou New York, tant ses admirateurs y sont nombreux, mais c’est au Havre que le premier des rockers français a choisi de passer sa vie, auprès de ses amis, de sa femme Mimie, guérisseuse et derviche tourneuse, de la palette des ciels mouvants lavés au pétrole des usines pestilentielles, sentinelles menaçantes à l’entrée de la ville, des cargos géants battant la chamade du commerce mondial, et des bars de quartier où l’on se sent bien parmi les exilés de toutes nationalités.

Pour un chanteur de la trempe de Roberto Piazza, alias Little Bob, fils d’anarchiste italien émigré en France, il n’y a de véritable patrie que la musique, celle qui cogne dans la tête, chauffe la gorge, et surgit au bout des doigts depuis l’âge de quinze ans.

Le star-system n’est pas pour ce rocker prolétaire, faisant de la musique pour ses frères de larmes et de vie incorruptible, de préférence dans les villes où le peuple vit encore, ainsi à Brest, un dimanche d’octobre, pour un concert où éclatent une nouvelle fois sa générosité et son impeccable rhythm and blues.

Guitare, batterie, contrebasse, harmonica, pas d’atermoiements ni de grattage de nombril, ça joue immédiatement, vite, bien, fort, dans le respect des maîtres et de la grande tradition. Au Vauban, la musique est déjà là. Elle colle aux pieds, suinte des murs, scintille au plafond, il suffit de l’attraper au vol. Plongée dans le cours d’un fleuve de jouvence.

Héritier de Little Richard et de Little Tony, on mesure parfois mal l’importance pour le rock français du plus grand des Havrais, qu’éclipsent encore les planètes Téléphone ou Noir Désir. Pourtant, avant que ne rugisse ce diable d’homme au sourire d’innocence, il n’y avait rien. Ou des yéyés.

Joe Strummer des Clash, Johnny Rotten des Sex Pistols, Little Bob du Havre, même combat, même courage de fond, même urgence de voltigeurs et de voleurs de feu, l’anglais branché sur douze mille volts. C’est qu’on ne troue pas les murs des prisons avec de simples plumes d’oie, ou pas souvent.

Le cinéaste finlandais Aki Kaurismaki l’a filmé en 2011 – dans l’admirable Le Havre, où la question des réfugiés est d’abord celle de la fraternité la plus élémentaire -  ç’aurait pu être Ken Loach, ou Mike Leigh, ou même Frederick Wiseman, tant sa légende se prête à la saga.

De 2009 à 2015, les documentaristes Gilbert Carsoux et Laurent Jézéquel l’ont suivi en tournée. Leur film, Rockin’ Class Hero, projeté avant le concert, montage nerveux, rythme dans le sang du numérique, est passionnant, émouvant, important, tant les témoignages recueillis (celui de Manu Chao par exemple) sont unanimes, dans la célébration de l’Indien.

La belle personne de Little Bob force le respect.

Témoignage de l’écrivain Jean-Bernard Pouy après le passage du typhon : « Quand tu sors d’un concert de Little Bob, tu rentres chez toi sans respecter les feux rouges. »

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About the Author

Agrégé de lettres modernes, chargé de cours à l'Université Bretagne Ouest, dont les recherches concernent notamment la littérature contemporaine. Journaliste free lance.

 

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