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Les catalogues des trois premières expositions présentées au Fonds Hélène et Édouard Leclerc – qui portaient sur G. Fromanger, Y. Kersalé et J. Mirò – ont été édités par la maison Textuel, dans le cadre d’une précieuse coordination. Puis, à l’occasion de l’exposition « Métal Hurlant » a paru le premier catalogue sans éditeur. Sans qu’il s’agisse d’un travail sans filet – le Fonds reste dans des logiques de co-édition – l’indépendance est bien sûr plus importante.
Comment se passent les choses, concrètement ? La conception de l’exposition et du catalogue sont menées de front. Si le commissaire est responsable de la dimension scientifique du travail, Jane Le Guennec en est le relais opérationnel. Elle supervise tous les choix techniques pour que chaque catalogue soit lui-même un objet esthétique, auquel le lecteur puisse avoir un rapport sensible. Entrons dans son atelier.

J’imagine que vous participez dès le début à la réflexion sur l’exposition : à partir de quel moment avez-vous commencé à concevoir ce que pouvait être ce catalogue et les choix techniques que vous alliez faire ?

Le premier élément à prendre en compte dans l'élaboration d'un tel catalogue est le corpus d'œuvres et de textes que nous souhaitons mettre en valeur. Le choix des œuvres, de la scénographie et donc du parcours de l'exposition qui induit le chemin de fer du catalogue est entre les mains des commissaires d'exposition. En fonction des thématiques traitées nous contactons des historiens, critiques d'art ou toute autre personne significative, prête à rédiger un article sur l'œuvre. Ici concernant le catalogue Giacometti, le travail se fait en relation plus qu'étroite avec la Fondation Giacometti.

Quels éléments de réflexion entrent en jeu dans votre travail ?

Nous travaillons à partir d'un principe de chemin de fer, d'une première maquette et du calcul du nombre de pages ou plutôt de cahiers à imprimer. Le choix du papier se fait en fonction de l'œuvre mais aussi et surtout pour sa capacité de rendu des couleurs et des matières.
Nous avons pris l'habitude de travailler sur un papier un peu complexe en machine mais avec un formidable rendu. Il s'agit d'un papier blanc couché moderne extra mat et bouffant. La surface couchée mate donne une reproduction de haute qualité de l’image, tout en conservant un toucher naturel. Les propriétés du papier - bouffant (main), opacité et rigidité - en font le choix idéal pour les beaux livres en quadrichromie.
Ensuite se posent les questions de la couverture pour laquelle nous choisissons le papier le plus juste, le plus adapté au projet. Pour Giacometti il s'agit d'un papier recyclé que nous avons laissé naturel, sans pelliculage ni verni mais avec un titre en dorure à chaud blanche pour enrichir le support. Enfin, le papier gris teinté dans la masse des pages de garde imprimées de photos d'archives de l'atelier de Giacometti est du même type que celui de couverture.

Etant donné le rapport de Giacometti à la couleur, quels choix avez-vous dû faire du point de vue de la chromie et de l’équilibre des couleurs ?

Nous nous sommes posé beaucoup de questions sur le traitement des fonds de pages pour les sculptures, les teintes, les ombres... Tout en restant dans une gamme de gris, le graphiste, Yannick le Cam (agence Rodhamine, Morlaix) a proposé différentes options de soutien des visuels. La difficulté est toujours de ne pas dénaturer l'œuvre.
Le travail autour de l'œuvre de Giacometti est très délicat car la matière n'est pas toujours immédiatement identifiable et c'est à nous qu'il revient, à travers ces choix, de guider le lecteur entre les bronzes, les plâtres peints et autres matériaux. Ses peintures noires sont aussi très complexes à traiter en chromie car elles sont tout sauf noires !
Pendant tout cet exercice nous sommes accompagnés par un photograveur qui règle la colorimétrie des images selon nos demandes et nous propose des épreuves couleur. Tous les choix doivent être validés par la Fondation Giacometti.

Comment distingue-t-on, dans votre activité, le travail autour des visuels d’œuvres peintes, sculptées, ou encore dessinées ?

D'une manière générale, nous essayons de voir un maximum d'œuvres « en vrai » avant tout travail. Cela paraît évident mais souvent ces œuvres sont dans des collections ou des réserves peu accessibles !
Le travail autour des œuvres peintes demande une bonne mémoire de l'œuvre vue autant pour les couleurs, les contrastes ou les matières, parfois nous pouvons nous rapprocher d'ouvrages de référence.
Concernant la sculpture nous sommes interrogés sur le fond à lui offrir, son ombre, son échelle par rapport à une autre œuvre sur une double page par exemple et puis bien entendu sur l'angle de représentation que nous allions choisir !
Le dessin est souvent réalisé à une échelle proche de la page du livre, avec des encres ou crayons que nous connaissons mieux, ce qui ne veut pas dire que nous en maîtrisions mieux la reproductibilité. Nous venons d'en avoir l'exemple sur la réalisation de l'ouvrage de Lorenzo Mattotti – Infini – dont l'exposition débute le 6 décembre 2015. L'artiste utilise beaucoup les pastels et certaines teintes notamment les gris verts (comme le zinc oxydé) sont de véritable casse-têtes surtout lorsqu'elles cohabitent avec des rouges profonds ! Cela fait partie de la beauté du travail de l'artiste et du nôtre par la suite !
Les spécificités et homogénéités des techniques présentées sont induites et mises en valeur par les choix de mise en page, de vis à vis, de couleur d'accompagnement, également par la systématisation de principes de maquettes lorsque c'est nécessaire (différencier et lier une sculpture à son ébauche par exemple).

Comment le caractère bi-dimensionnel de la page de catalogue peut-il rendre compte de la recherche de Giacometti sur le mouvement ? Comment avez-vous travaillé cette dimension ?

Là encore ce sont essentiellement les choix d'angles de vue et les jeux d'échelles qui sont interrogés. Il ne faut pas non plus oublier les textes parfois techniques, d'autres fois programmatiques qui accompagnent l'œuvre et déroulent l'imagination du lecteur.

Qu’est-ce qui vous a le plus intéressée dans la réalisation du catalogue Giacometti ?

J’ai particulièrement apprécié le rapport aux matériaux mais surtout au personnage de Giacometti lui-même que l'on découvre ou redécouvre à travers cet ouvrage. Il y a dans l'exposition une section dans laquelle est reproduite le minuscule atelier de Giacometti et nos recherches pour l'ouvrage nous ont donné accès à des visuels d'archives extraordinaires.


 

Retrouvez le dernier et ultime épisode de la série Giacometti vendredi à 13h. Un épisode écrit par Marguerite Castel, un regard sur l’œuvre de l'artiste et sa quête perpétuelle du portrait.

Natalia LECLERC
About the Author

Notre agrégée de lettres passe en revue tous les articles, les relit, les corrige. Elle écrit pour différentes revues des articles de recherche en littérature et sciences humaines et s'appuie également sur ses multiples casquettes pour développer les partenariats du Poulailler, en russe, en français, en italien... Natalia pratique le théâtre amateur et bavarde à longueur de journée (en russe, en français, en italien...).

 

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