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Traiter du thème des migrants sans sombrer dans le pathos ni le cynisme n'est pas chose aisée.

C'est pourtant un pari réussi par Vox International Théâtre qui nous a emmenés dans l'univers de sa Kabaravan, lors de la deuxième étape des Piques-Niques Kerhorres au début du mois d'août.

Autour d'une caravane bosselée évoluent quatre personnages, des types universels : un père et une mère bourrus, leur fille assoiffée d'idéal et un jeune homme – amoureux – au verbe enflammé. La langue parlée (grommelée) est un savant mélange de consonances orientales et méridionales. Des mots ressortent et la compréhension des enjeux est aisée. L'intrigue amoureuse permet de renforcer l'identification avec les migrants, elle humanise les personnages, les rend proches de nous. Aux péripéties des jeunes gens devant surmonter la réticence des parents s'ajoute un objectif commun à tous : rejoindre la terre promise d'Adkiladaia.

C'est autour de ce thème que les cinq créateurs du projet articulent leur cabaret de caravane. Le pianiste accompagne les comédiens-chanteurs au cours de leurs disputes, de leurs espoirs et de leurs craintes. Les numéros se succèdent et laissent entrevoir la dimension tragique de leur quête. Comme au lendemain d'une fête mémorable, les souvenirs du spectateur demeurent confus. 

De nombreux éléments sont en effet pointés du doigt, présentés : de l'exploitation des précaires en tous genres dans nos sociétés occidentales à la cruauté de la loterie de la vie, de nombreuses problématiques sont effleurées. Si quelques longueurs peuvent parfois nous perdre, on est bien vite reconquis par des spasmes de rire. Face à un état de fait global, on sent une volonté de tout dire, de tout sortir, d'exorciser par l'humour une crasse qui recouvre tout. La dimension festive du spectacle lui confère, certes, un aspect onirique mais cette évasion hors de nos chairs est compensée par la présence de morceaux de réalité jetés : enregistrement de déclarations fracassantes de nos responsables politiques, évocation des politiques migratoires, image des barreaux nous ramenant au concret des centres de rétention. Le dosage entre légèreté et gravité est bien orchestré : la lourdeur est évitée et l'on sent que le thème n'est pas un simple prétexte mais répond à un besoin essentiel.

La fin du spectacle où le panneau donnant la direction d'Adkiladaia est renversé et les lettres transformées en deux mots, « Vivre libre », au milieu de féeriques bulles de savon nous laisse songeurs. Il manquerait peut-être à cet endroit une note grave. On ressort toutefois de Kabaravan avec la sensation d'avoir pris un bol d'air frais et à l'heure où les cadavres de migrants s'entassent, une proposition aussi vivifiante que salutaire.

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