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Stéphane Debatisse: Diverssimento, dont vous êtes la directrice artistique, est un groupe de musiciens compositeurs, qui joue ses propres œuvres. Comment définissez-vous ce groupe?

Ruth Matarasso: C'est un ensemble avant tout. Effectivement, nous sommes tous musiciens et compositeurs et le travail porte autant sur l'écriture que sur l'interprétation. Nous nous sommes rencontrés en classe d'écriture et de composition au conservatoire de Brest, et il y a eu dans cette rencontre beaucoup d’énergie et une volonté d'ouverture et de curiosité. L'idée était de poursuivre cette pratique de musicien-compositeur au delà du conservatoire.

Vous écrivez uniquement pour les musiciens de l'ensemble ?

Le but d'écrire, c'est d’être joué. Les musiciens de l'ensemble jouent ce qu'ils écrivent, et de là émane une contrainte : écrire pour une formation envisageable avec cet ensemble (du solo au quintette). Il y a des commandes passées entre nous, et des commandes de l'extérieur, de la part de Penn Ar Jazz par exemple. Quand on est certains que les pièces vont être jouées, nous répondons aux commandes extérieures.

Un compositeur actuel compose-t-il nécessairement dans un style contemporain ?

Il y a parmi les compositions de l'ensemble, des choses qui se rapprochent d'un langage contemporain post 1960, mais il y a également des compositions classiques de style Schubert, voire du Moyen Âge ou orientales, d'influence plus modale.

Et les œuvres écrites pour Diverssimento ont-elle une vie en dehors de l'ensemble ?

Certaines œuvres ont été éditées aux éditions Buissonnières, et quelques-unes fonctionnent bien. Guillaume Handel par exemple a écrit une pièce pour flûte seule, avec une couleur modale du début du 20e siècle ; elle a été extrêmement appréciée et elle est aujourd'hui jouée dans les conservatoires. J'ai également écrit des œuvres pour chœur à six voix et à quatre voix (Silence et Aphone) qui sont distribuées. Nous préparons actuellement un album.

Enfin, nous essayons d'exporter nos œuvres au travers des concerts. Nous serons en Pologne en juillet, pour neuf concerts, et nous avons un projet avec la Finlande en 2017. 

 

L'art contemporain est très présent et apprécié dans les pays nordiques, les compositeurs contemporains y sont reconnus.

A propos du concert de samedi soir à Brest, pourquoi avoir choisi l'église Saint-Louis, dont l'acoustique est souvent considérée comme redoutable?

Il y a parmi nous des acousticiens. Nous sommes plusieurs à constater que l'acoustique de Saint-louis est vraiment extraordinaire et qu'elle permet d'être "baignés" dans le son. L’intérêt est de savoir adapter une musique au lieu dans lequel elle est jouée, et ainsi la repenser, la recomposer parfois. Certaines pièces ont été écrites pour cette acoustique. Au cœur du chœur, par exemple, pour voix, basson, violoncelle et percussion, est une pièce basée sur la résonance naturelle, celle de la quinte juste. C'est un concert spécialement conçu pour cette acoustique. C'était également le cas en octobre au couvent de la Tourette. Nous sommes sensibles au fait d'être "au sein du son" parce que c'est le cœur de notre travail.

En tant que compositeur ou qu’interprète?

À tout niveau: le travail de composition prend en compte le son; on n'écrit pas une note, mais un son, un timbre! Les œuvres écrites pour ces acoustiques exceptionnelles prennent en compte l'espace. Et il y a aussi un travail d'interprétation pour intégrer les résonances naturelles des lieux aux instruments acoustiques et électroniques.

Vous jouez donc des concerts différents suivant les lieux?

Oui, le week-end prochain, nous jouons trois programmes différents: à l'église de Crozon le vendredi, à Saint-Louis à Brest le samedi, et dans la chapelle de la Madeleine, dimanche, à Penmarc'h. En Pologne en juillet, nous avons neuf concerts programmés, dans différentes salles avec des acoustiques différentes (dont l'église Saint-Joseph de Cracovie qui est une très grande église avec une forte reverb, et d'autres type de salles plus semblables à l'auditorium de Brest par exemple). Les programmes sont adaptés aux acoustiques. Nous jouerons plus de trente pièces, toutes de compositeurs de Diverssimento.

Samedi 27 juin à 20h30 - Eglise Saint-Louis à Brest
Vendredi 26 juin à 21h – Eglise de Crozon
Dimanche 28 juin à 17h30 – chapelle de la Madeleine à Penmarc'h

Entrée libre

Stéphane DEBATISSE
About the Author

Amoureux de Bach, Purcell et Monteverdi, Stéphane ponctue ses écoutes baroques d’un peu de folk et de blues… Grand lecteur de fantaisie et de bande-dessinée, il aime aussi les recettes de cuisine!

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