Ŋirmaan, le songe d’une nuit indienne

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Je rencontre Parveen Khan et Antoine Lahay dans une des caravanes, disposées en cercle derrière la scène Gwernig des Vieilles Charrues, et qui sont les loges des artistes. Une caravane un peu ronde, celle de nos grands-pères, pour un endroit hors du temps, dans une ambiance globetrotteuse qui sent bon les vieilles banquettes, l’insouciance et la joie de vivre.

Dans trois heures, ils seront sur scène, pour présenter entre autres leur premier EP, qui sortira à l’automne au Run Ar Puns (Châteaulin). Une grande scène pour un groupe en devenir, qui fête à peu de choses près, sur les planches de Gwernig, sa première année d’existence. La scène, Ŋirmaan la connaît, avec notamment un passage remarqué au Vauban à Brest en décembre 2013, lors du festival NoBorder, mais aussi ceux de Fisel, Kann Ar Louan, et une tournée en Inde.

Ŋirmaan, en sanscrit, signifie « création », et ce nom-là n’est pas choisi uniquement pour sa musicalité ou son aspect délicieusement exotique. Il contient tout le projet de cette jeune formation, qui défend un style propre, entre rock sourd, électro obsédante et énergique, sur des textes en sanscrits chantés de façon traditionnelle. Encore un groupe de musique du monde qui cherche à surfer sur une vague new age ou Bollywood ? Justement non, et l’histoire de la constitution de la formation explique en partie pourquoi.

Cette histoire, c’est celle de deux des musiciens du trio Diese3, passés par la Kreir Breizh Akademi, qui rencontrent, pas tout à fait par hasard, une chanteuse indo-bretonne, fille du célèbre joueur de tablas Hameed Khan. Quelques notes à Jaïpur, un enregistrement sans prétentions dans les studios d’une web TV de Dehli : c’est un petit choc des cultures sans l’être, mais ça sonne plutôt bien. De retour en France, l’idée d’inviter Parveen fait son chemin, d’autant que de son côté, elle pense à l’Europe.

Reste à se caler, sans faire de concessions à ce que les musiciens savent et aiment faire. La guitare électrique restera branchée, les pédales d’effet de la clarinette basse d’Etienne Cabaret et du violon de Pierre Droual également. Jean-Marie Nivaigne compose ses percussions, et ainsi naît Ŋirmaan.
Les textes et mélodies viennent pour moitié de la tradition indienne. Souvent portés par de longues introductions planantes, ils plantent le décor de ghazals décidemment modernes et pleins de vie. L’autre moitié a été composée par le groupe, ce qui lui laisse évidemment un grand espace de liberté créative.

 

Le set présenté à Gwernig monte doucement mais sûrement, jusqu’à finir fort, très fort. Le public, d’abord envoûté, se laisse porter ailleurs, et finit déchaîné sans vraiment savoir dans quel univers musical il se trouve. Ŋirmaan est le genre de formation qui ne laisse pas indifférent, dans la mesure où les musiciens sont capables d’assumer un mélange des genres au service de l’innovation. Ce n’est ni du réchauffé de musique traditionnelle, ni de l’électro-rock traditionnalisé. Ou plutôt, c’est cent pour cent des deux. En tout cas, eux se défendent de faire de la musique du monde, préférant une étiquette plus rock.

crédit photo : Aurélien Foucault

crédit photo : Aurélien Foucault

Restent quelques détails à travailler, notamment dans la scénographie. Le premier clip, tourné en Inde sous la caméra d’Oona Spengler et distribué par la Compagnie des Musiques Têtues, montre que les idées ne manquent pas, et que tout cela devrait être réglé pour la sortie de l’EP le 25 octobre. Une petite perle qui monte, et qui se souhaite à elle-même musique et scène.

Pour aller plus loin :

soundcloud

Toutes les images de cet article ont été réalisées par Aurélien Foucault

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Elevé dans une ambiance sonore éclectique, musicien dans l’âme plus que dans les doigts, Matthieu apprécie les expériences nouvelles autant qu’une symphonie de Chostakovitch ou une gavotte. Son approche est souvent un peu décalée, parfois technique, et s’ancre librement dans le ressenti.

2 Comments

  1. Catie Hf / 2 août 2014 at 9 h 23 /Répondre

    Avant que le groupe Nirmaan ne se produise sur scène aux vieilles charrues, j’ai entendu leur interview sur France Bleu Breizh Izel. Et j’ai vraiment accroché sur leur musique. Quelque chose de novateur dans leur composition et dans ce délicieux mélange musical et de culture. À écouter !!

  2. GM / 5 août 2014 at 10 h 33 /Répondre

    C’est GUénial! Bel article, merci le poulailler

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