Chanticleer – L’âme des vagabonds

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Crédit photo : Lisa Kohler

Crédit photo : Lisa Kohler

Depuis 1996, "Le chant des Chapelles" enflamme le mélomane qui se dissimule en chacun de nous. Des lieux de patrimoine en presqu'île de Plougastel s'animent des résonances musicales et rencontres humaines qui émanent de ce festival d'été. Ce soir, jeudi 14 août 2014, Chanticleer - orchestre de voix - douze hommes fraîchement arrivés de San Francisco animent la veillée. Restitution d'un "tea-time" au Port de Commerce de Brest, avec William Fred Scott (WFS) - Music Director, Christine Bullin (CB) - General Director, Kory Reid (KR) - Assistant music director and soprano
Since 1996, "Le Chant des Chapelles" brings to life the love for music that each one of us holds deep inside his soul and heart. During this yearly summer festival, in the far-west of France, local places of heritage (chapels) in the presqu'île of Plougastel host musical resonances and human gatherings. Tonight, august 14th, 2014, Chanticleer - an orchestra of voices- twelve men who have just arrived from San Francisco will light up our evening with vocal virtuosity. Here is the written report of our tea-time at the "Port de commerce" of Brest withWilliam Fred Scott (WFS) - Music Director, Christine Bullin (CB) - General Director, Kory Reid (KR) - Assistant music director and soprano

TL : Le programme que vous présentez lors de votre prochain concert à Plougastel s’intitule « Le bohémien qui vit en moi » [The Gypsy in my soul]. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet esprit bohème. Qu’est-ce exactement ? À quoi cela fait-il référence ?

CB : « The Gypsy in my soul » est en fait le titre d’une chanson du répertoire américain datant du milieu du 20ème siècle. Elle n’est pas aussi connue que d’autres mélodies parce qu'elle n'est pas l'oeuvre d'un compositeur célèbre, mais c’est une chanson qui évoque l’esprit de liberté intrinsèque aux Etats-Unis, qui est un vaste pays. Vaste pays au sein duquel on cultive une tradition du vagabondage, de l'exploration, ainsi que le sentiment de liberté. C’est à cet état d’esprit que nous voulions rendre hommage.

WFS : Est-ce que l'on peut dire en français l’esprit de l’errance [en français durant l’interview] ? Je crois que ce titre fait aussi référence à une certaine nostalgie.

Dans le programme, il y a un ensemble d’œuvres qui évoquent la déportation des Israélites à Babylone. Il s’agit d’ailleurs d'une référence biblique très connue : Super flumina Babylonis - sur les rives de Babylone. Il y est avant tout question de nostalgie. Cet esprit d’errance traverse les lieux, les siècles et les styles musicaux.

Nous interprétons également de la musique folk serbe et hongroise, qui à l'écoute peut sembler plus criarde, plus bruyante, mais dans laquelle on retrouve toujours ce même esprit d’errance, de recherche de la mère patrie ou du foyer.

CB : Pour nous [Américains, ndlr], c’est une forme un peu curieuse de nostalgie car nous sommes un peuple dont l'existence d'un éventuel passé est régulièrement questionnée. Mais une grande partie de la musique présentée dans ce programme émane de peuples qui eux, connaissent la nostalgie liée à un véritable passé, dont ils rêvent, et dont ils se souviennent.

JL : Diriez-vous que ce voyage incessant, loin du foyer, est inhérent à la vie d’artiste ?

KR : Ah oui, le mal du pays ! (rires) Cela dépend de la durée de la tournée. Nous partons parfois pour des tournées nationales aux Etats-Unis qui ne durent qu’une semaine, et dans ces conditions c’est plutôt agréable de sortir de chez soi et d’aller à la découverte de cultures, de villes et de cuisines différentes. Par contre, j’ai vraiment le mal du pays quand je pars plus de deux ou trois semaines, parce que je laisse la personne que j’aime à la maison, ainsi que ma famille.

CB : Il me semble que ces chanteurs ne pourraient pas faire ce travail s'ils n'avaient pas ce bohémien qui vit en eux. Certains, après avoir passé trois semaines à la maison, en viennent même à désirer le départ, à regarder leur valise avec l'espoir d'un prochain voyage. Ce mode de vie peut devenir un besoin.

TL : Nous nous interrogeons sur l’utilisation du terme « bohémien / gipsy », qui a certainement une connotation différente aux Etats-Unis et en Europe. Ce thème a une résonance particulière en Europe actuellement, c’est un sujet assez complexe parce que ces populations nomades font régulièrement l'objet de controverses et de dénigrement, particulièrement en France et en Italie où vous allez chanter ce mois-ci. Doit-on y lire un message politique, en plus d’un intérêt artistique ?

CB : En réalité, pour la tournée européenne, nous avons laissé nos interlocuteurs libres de changer le titre du programme, afin que le public ne soit pas déconcerté et n'y lise pas un quelconque message politique. Le titre a par exemple été modifié par les programmateurs suédois (où nous allons en octobre), du fait des problématiques liées aux gens du voyage. Le titre n’a pas été changé en France… parce que les Français sont des gens sophistiqués ! (rires)

Ces populations ne vivent pas aux Etats-Unis et nous n'avons pas eu à réfléchir à leur intégration, nous n’avons pas ce type de frontières, donc nous voulions vraiment être très respectueux des problématiques que vous rencontrez ici. Notre programme de concert n’a rien de politique.

JL : Votre répertoire intègre rarement les périodes classique et romantique, pourquoi ?

WFS : Si vous regardez l’histoire du chant a capella, il existe un répertoire très riche qui s’étend de la musique ancienne jusqu’à Mozart. À partir de Mozart et jusqu’au 19ème siècle, une grande partie du chant choral nécessite des instruments d’accompagnement... cela jusqu’à la période Brahms. Même les mélodies de Brahms sont parfois accompagnées par des instruments, tel que le cor.

Au 20ème siècle, on assiste à la renaissance du chant choral a capella. Et ces dernières années, Chanticleer a commandé des œuvres pour choeur a capella à des compositeurs contemporains.

JL : En France, ces compositeurs contemporains (Hugo Alfven, Rautavaara, Whitacre...) sont assez peu connus, même pour les amateurs de musique vocale. Qu’en est-il aux Etats-Unis ?

WFS : Pour ce qui est d’Eric Whitacre, il est connu. Un grand nombre de chorales en lycée ou à l'université chantent ses œuvres. En revanche Alfven, qui est suédois, n’est pas vraiment connu aux Etats-Unis, ni en Suède d'ailleurs, peu de gens en ont entendu parler.

CB : Notre choix ne se porte pas naturellement sur des compositeurs de renommée ; nous nous intéressons davantage à présenter des artistes moins connus. Il nous semble important d'offrir la possibilité au public d’écouter différents compositeurs, et si une musique ne les touche pas, ce n'est pas grave parce que les pièces sont courtes, ne durent en général pas plus de quatre minutes, puis nous passons à un autre compositeur.

JL : Chanter dans un choeur, est-ce une opportunité offerte à de nombreux enfants aux Etats-Unis ? À l'école ? Est-ce une pratique populaire ?

KR : Oui. J'ai eu la chance, dans le cadre de mon cursus au lycée, de rencontrer Travis Rogers, chef de choeur depuis trente ans dans cette école lorsque j'ai rejoint le groupe. Son enseignement de la musique, auprès de nombreux jeunes, se traduisait par l'apprentissage des notes, du rythme, mais également par la transmission d'une culture musicale : les compositeurs, leur vie, et tout un tas de détails contextuels. Monsieur Fred Scott enseigne également au lycée, et je pense qu'il est sensationnel.

WFS : Merci ! Je pense qu'il y a effectivement une tradition du choeur dans notre pays. Je suis assez impressionné par ce que certains chefs de choeur arrivent à construire avec des élèves de lycée. Ils nourrissent ces élèves d'amour pour la musique.

CB : Ces dernières années, notre gouvernement n'a pas toujours soutenu la pratique du choeur au lycée. En cas de soucis budgétaires, il est assez fréquent d'observer qu'une école supprimera le choeur mais conservera son équipe de football. Et la réponse à cela, à travers tout le pays, a été l'éclosion de nombreux choeurs d'enfants, en dehors des écoles, à l'initiative des parents. Ces parents estiment qu'au delà des bienfaits de la musique pour le cerveau de chacun, l'engagement dans un choeur est une opportunité pour leurs enfants d'expérimenter une certaine forme de discipline et de découvrir l'idée de coopération, la construction avec les autres. De notre point de vue, ce type de co-activité occupe une place importante dans notre culture. D'ailleurs, lorsque Toqueville arrive en Amérique, un des phénomènes qu'il observe est le rassemblement de personnes au sein de groupe, dans le but d'un partage et d'une construction collective. Et cela s'inscrit dans un contexte égalitaire, parce qu'au sein d'un choeur, vous chantez à côté d'une personne qui n'est pas nécessairement issue de votre classe sociale. Le plaisir d'accomplir quelque chose, ensemble, en groupe, est certainement ce qu'un grand nombre de parents recherchent lorsqu'ils décident d'inscrire leur enfant dans un choeur.

WFS : Robert Shaw était mon mentor, et il y a une phrase qu'il nous répétait régulièrement : " Vous ne pourrez pas chanter la messe en si mineur de Bach tout seul". Cette pratique collective est magnifique, pour tous les enfants. Et c'est bon pour l'âme également !

JL : Y a t-il un style que vous affectionnez particulièrement ? En tant que chanteur et en tant que chef de choeur ?

WFS : (Il réfléchit)... Je te laisse répondre en premier !

KR : J'adore l'époque de la Renaissance.

WFS : Ok, moi aussi (éclats de rires).

KR : C'est certainement lié à l'influence qu'à eu sur moi Chanticleer, depuis tout petit. Mais c'est une question compliquée.

WFS : C'est une bonne question ! Travailler avec Chanticleer, c'est tomber amoureux de tout ce que ces hommes chantent parce qu'ils le font tellement bien ! Mais je dois reconnaître que je suis particulièrement sensible à tout ce qui peut exister en terme de musique de la Renaissance, sacrée et profane. Et en tant qu'organiste, j'adore Bach. En outre, j'affectionne également Poulenc, ses mélodies. Debussy et Ravel aussi.

Écouter Chanticleer, c'est éprouver une merveilleuse satisfaction musicale. Et lorsque je les regarde travailler, lorsque je les accompagne, je réalise à quel point le sens de la musique est important pour eux. Ils en comprennent la théologie, ils en traversent les émotions.

JL : Appréhender le texte des pièces que vous chantez, cela constitue-t-il une part importante de votre travail ?

WFS : Oui. Une grande partie de notre répertoire est en langue étrangère, il s'agit donc en premier lieu d'en proposer une traduction. Mais plus encore, c'est la prononciation qui nous préoccupe. L'appréhension et la prononciation d'une langue est propre à chacun. Votre anglais parlé, le mien, ou celui de Kory et Christine... sont différents. Nous travaillons alors à ce qu'une prononciation commune se dégage et soit au plus proche de la langue telle qu'elle est parlée dans le pays d'origine. Cela nécessite de la pratique, et une bonne oreille, évidemment.

TL : Certains des chanteurs parlent-ils d'autres langues que la leur ?

KR : Je pense qu'ils sont capables de se commander à manger au restaurant, de se balader et de retrouver leur chemin à l'étranger. Il y a quelques années, nous avions au sein du groupe un chanteur qui parlait italien, français, un peu d'allemand... C'était notre guide touristique.

CB : Je dirais que cela reste une exception. Il est vrai qu'aux Etats-Unis, de nombreux américains d'origine espagnole ou asiatique sont bilingues. Mais ce n'est le cas pour aucun chanteur de Chanticleer actuellement. N'ayant pas bénéficié d'une éducation catholique, ne maîtrisant pas d'autres langues, n'ayant très probablement pas étudié le latin comme cela pouvait être le cas plus fréquemment à mon époque, se familiariser avec la langue de ces pièces d'origine européenne implique un cheminement.

JL : Selon les répertoires que vous explorez, vous arrive-t-il d'inviter des experts dans certains domaines et styles musicaux ?

KR : C'est arrivé, notamment pour la musique populaire et jazz. Plus rarement pour la musique ancienne.

CB : Sans doute parce qu'elle est dans notre ADN et qu'il existe déjà une expertise en ce domaine au sein de Chanticleer. Mais cela s'est déjà produit, sur certains aspects de la musique ancienne. Il y a quelques années par exemple, nous avons été accompagnés par Frédérick Renz qui travaille à New York, sur un répertoire de musique médiévale.

WFS : Nous sommes très en lien avec les compositeurs qui ont pu écrire et/ou proposer des arrangements pour Chanticleer. Nous les rencontrons régulièrement et il est agréable de travailler sous leur regard. Ils nous aiguillent dans l'interprétation, nous conseillent.

JL : Combien de temps la mise en place d'un programme tel que Gypsy in my soul nécessite t-elle ?

KR : En général, trois ou quatre semaines.

JL : J'imagine que cela requiert un travail individuel important, en amont des répétitions. Le travail collectif ne commence-t-il qu'à partir du moment où chaque chanteur dispose d'une bonne connaissance de la musique et des paroles ?

WFS : (rires) Comme-ci, comme-ça.... Oui oui, ils connaissent tous leur musique et il ne reste plus qu'à peaufiner.... (rires partagés). Non, en réalité, chacun arrive avec un degré différent de préparation. Ils reçoivent tous leurs partitions et les traductions, connaissent le programme global. Certains s'impliquent individuellement dans une phase de mémorisation en amont des répétitions et d'autres apprennent plus facilement à travers le travail collectif. Mais ils travaillent tous beaucoup, et de manière constante. Je les vois, travailler pendant les déplacements en bus, en avion... la nuit, quand certains n'arrivent pas à dormir, je vois des partitions, des chanteurs qui étudient et qui apprennent. En résumé, l'engagement individuel est nécessaire, mais le travail collectif prédomine.

KR : Toute pièce chantée engage chacun dans une appréhension musicale, textuelle, et émotionnelle. Nous chantons quatre heures par jour et en dehors de ces répétitions, il est souvent nécessaire de laisser reposer notre organe vocal. Cela dit, le travail musical se poursuit différemment (lecture, déchiffrage...)

JL : Vous avez la spécificité de chanter a capella. Comment travaillez-vous le son du groupe, l'harmonie des timbres, l'écoute ?

KR : Les uns et les autres, nous avons des parcours différents. J'ai bénéficié d'une formation de choriste au sein de laquelle l'écoute a toujours été plus importante que le chant. Et la plupart des chanteurs de Chanticleer sont à l'écoute, je crois d'ailleurs que cela contribue en grande partie au succès du groupe. S'écouter, c'est se regarder, chercher la résonance, construire une cohérence de groupe avec différents timbres.

WFS : Si l'on y réfléchit, les variations possibles autour d'une note sont vites limitées. Elle peut être forte ou piano, elle peut être longue ou courte, elle peut être attaquée de manière percussive ou en douceur. Et c'est à peu près tout. Le travail consiste donc pour ces douze hommes, à penser chaque note collectivement. Cela n'est réalisable qu'à l'appui d'une grande écoute et de nombreuses répétitions. Ce rassemblement de voix demande du temps parce que la voix est un instrument très personnel et qu'il est essentiel de chanter beaucoup, longtemps avant de voir apparaître un son collectif qui ressemble à ce que l'on cherche. L'engagement individuel et la confiance entre ces hommes sont des éléments indispensables.

La raison d'être du chef de choeur (que vous ne voyez pas pendant le concert), c'est de les accompagner dans cette recherche, de proposer différents outils d'écoute, de percevoir la note un peu basse... Il incarne la juste distance, nécessaire pour une écoute globale d'un son qui chaque jour sera différent... le matin avec le décalage horaire, le soir après un dîner trop consistant... l'ajustement individuel et collectif est permanent.

TL : Quelles sont les qualités que vous recherchez chez les chanteurs que vous auditionnez ?

KR : C'est une très bonne question. Ils doivent disposer d'une grande capacité d'écoute, d'une belle voix, connaître différents répertoires et être capable d'interpréter différentes musiques. Nous aimons également les voix pouvant couvrir un large ambitus. Les contre-ténors sont particulièrement appréciés pour leur capacité à chanter en voix de tête et en voix de poitrine.

CB : Les candidats que nous retenons doivent, par ailleurs, pouvoir se fondre dans cet ensemble de douze personnes et tout le monde n'en est pas capable.

KR : Et avoir cet esprit d'errance...

JL : Ce groupe de douze chanteurs est donc toujours le même ?

KR : Oui, nous nous connaissons très bien. C'est une famille. Eric, notre basse moustachue vit actuellement sa 25ème saison au sein de Chanticleer. Pour lui, nous sommes des jeunes ; des petits jeunes avec qui il passe parfois plus de temps qu'avec ses propres enfants.

TL : Vous venez d'accueillir un nouveau membre au sein de votre famille : Nate Pence. A-t-il finalement réussi à nouer son noeud papillon (ndlr : vidéo de ce dernier sur les réseaux sociaux, dans laquelle il évoque son appréhension du noeud papillon ) ?

KR : Oh, vous avez vu cette vidéo.

WFS : Il n'existe donc plus aucun secret ?

KR : Oui, il s'en est bien sorti. Il a noué son premier noeud papillon il y a quelques jours. Magnifique.

JL : Est-ce qu'il existe des liens entre Chanticleer et le Choeur LAB (ndlr : Choeur de jeunes Louis A. Botto) ?

CB : Le Choeur LAB, qui accueille des jeunes de 14 à 22 ans, est dans sa cinquième année d'existence. Nous espérons que les jeunes inscrits dans ce cursus se présenteront aux auditions de Chanticleer. Quelques chanteurs de Chanticleer donnent de leur temps et interviennent dans le cadre des répétitions du choeur LAB. Ils sont un peu des héros pour les plus jeunes. Un des objectifs pour chaque session de ce jeune choeur est qu'il puisse chanter sans être dirigé, et c'est souvent le cas. Nous proposons également des sessions d'été, à l'origine créées pour des candidats n'ayant pas tout à fait le niveau d'intégrer le jeune choeur. Puis, au fil du temps, nous nous sommes rendus compte, que les membres du jeune choeur participaient également aux sessions d'été parce qu'ils en redemandent. C'est un groupe de personnes très impliquées. Nous avons un jeune garçon qui vient à chaque opportunité proposée. C'est très touchant.

WFS : Lui, c'est certain, il se présentera dès qu'il le pourra à une audition pour Chanticleer.

KR : Oui, certainement qu'il s'exerce déjà à nouer son noeud papillon ! (rires partagés). Sérieusement ces enfants reçoivent une formation digne de l'enseignement supérieur. Il leur est enseigné la direction de choeur, la technique vocale, l'histoire de la musique, les différentes facettes de ce que cela implique d'être musicien.

TL : Kory, vous êtes assistant chef de choeur. Qu'est-ce que cela signifie exactement ?

KR : Eh bien, je travaille en collaboration avec Monsieur Fred Scott, ici présent. Nous organisons ensemble les répétitions, réfléchissons à la meilleure manière de présenter les pièces de répertoire. Je fais tout ce que ce monsieur ne souhaite pas faire.

WFS : Mais j'ai envie de tout faire...

KR : Oui, c'est vrai ! Quand il est absent, je dirige les répétitions et les échauffements. Je veille à ce que tout soit en place pour le bon déroulement d'un concert.

TL : Aurez-vous la possibilité de découvrir la région ?

CB : Non, nous allons devoir quitter Plougastel rapidement. Les chanteurs ont la possibilité d'errer aujourd'hui. C'est regrettable mais c'est le rythme d'une tournée. Cela dit, il me semble important de dire que ce petit festival "Le Chant des Chapelles" est un cadre assez inhabituel pour nous. La chapelle est le plus petit lieu dans lequel nous chanterons pendant cette tournée européenne. C'est une expérience très particulière, musicalement, mais également sur le plan de la logistique (notre bus se transformant en loge). C'est aussi ça, une tournée : s'adapter à chaque endroit dans lequel on chante. Lorsque nous sommes venus, il y a deux ans, la soirée était ensoleillée, et nous avons été touchés par l'accueil chaleureux du public.

Je suis par ailleurs admirative de tous ces petits festivals qui continuent d'exister en France, malgré les réductions budgétaires. Je suis bien consciente du combat que cela représente pour les personnes qui administrent ces festivals, qui s'engagent afin que chaque recoin de France puisse accéder à une musique de qualité.

JL : Oui, et c'est toujours plein. Les gens viennent, et sont demandeurs. 

CB : Oui, c'est vrai.

JL : Avez-vous aperçu le Pont de Plougastel, souvent brumeux, à la manière du Golden Gate Bridge ?

WFS : Nous allons pouvoir découvrir cela demain !

TL : Le thème de votre prochain concert en Bretagne, après Plougastel, s'intitule "Le Mystère". Pouvez-vous nous en dire un plus sur ce mystérieux programme ?

WFS : C'est un programme de musique sacrée. On peut y entendre des pièces de la Renaissance, un ensemble de chorals allemands de Hugo Wolf, une sélection de musique russe, et deux pièces françaises, dont une d'Olivier Messiaen. C'est un programme qui offre un temps d'introspection, un espace de spiritualité.

 

TL : The title of the concert you will be performing here in Plougastel is « the Gypsy in my Soul » : can you tell us more about the Gipsy spirit. What is it ? What does it refer to ?

CB : It’s something that isn’t necessarily known outside of the US, but « The Gypsy in my soul » is actually the name of a song from the mid-century American songbook. It’s not as popular as other songs since it was not written by a famous composer but it’s a song which evokes the spirit of freedom, which is a big part of American life because we have such a big country. We can wander, we can explore, we can feel free. It’s something that has to be honoured.

WFS : Is that what you would call in French l’esprit de l’errance ? I think there’s also l’esprit de nostalgie. In the program there is a group of works which are about the Israelites who have been taken to Babylon in captivity. It is a very famous scriptural reference. Super flumina Babylonis (by the waters of Babylon) : it’s all about nostalgia. There is a spirit of wandering which goes through different locations, different centuries, different styles of music and this kind of longing for a place you can call your home, where your heart wants to reside.
Whereas some other music of the program is quite boisterous, quite noisy, especially as we do more folk music, some Serbian and some Hungarian folk music, but it still has that kind of feeling of « Where is my home ? ».

CB : For us [Americans, ndlr] it’s a curious kind of nostalgia because we are a people that doesn’t necessarily have a past. But a lot of the music that we traverse is the music of people who do have nostalgia beacause they have a past, and they dream about it and remember it.

JL : Would you say this endless traveling life, barely being at home, is part of an artist’s life ?

KR : Homesickness, yes ! (laughter) It depends on how long the tour is. Sometimes we have domestic tours in the US a week long and actually it’s nice to get out of your home and experience different cultures, different cities and food. But I feel homesick when I am away for two to three weeks, because I have a loved one at home that I want to see. As well as my family, my relatives, so absolutely, that resonates with me.

CB : I think you couldn’t do this job that they do if you didn’t have a gypsy in your soul because you have to learn to travel. Some of them could also say after three weeks at home : « I’m wondering where I’m going next, I look at my suitcase and wonder when it is time to leave. ». It’s an urge.

TL : We were wondering about the term « Gypsy » which certainly has in America another connotation than the one it has in Europe. As you may know, it’s quite a controversial issue nowadays, as this population is often run down, especially in France and in Italy, where you’re going to sing this month. Is there a political message on top of the artistic one ?

CB : In fact, for the European presenters, we decided to give them the possibility to change the title, so that people would not be misled by the idea that there could be a political message. The title in Sweden, where we will be performing in October, has been changed, because it is a big issue there as well. The title in France has not been changed … because the French are very sophisticated ! (Laugther)

We don’t have these populations in the US, we don’t have the same issues, we don’t have these borders, so we wanted to be respectful of the fact that here you do. It’s not about politics.

JL : Your programs rarely explore music from the classical and romantic era, is there a reason for that ?

WFS : If you look at the history of a capella singing, there's a great deal of literature that goes up to the time of Mozart. And then from Mozart till the end of the 19th Century, most of the choral singing requires some instruments and so the literature is not as vast until you get to Brahms. And even Brahms' a cappella singing sometimes requires other instruments such as a horn. When you get to the 20th century, then you begin to see a rebirth of a cappella choral singing. And what Chanticleer did these past few years was to commission choral works to contemporary composers.

JL : In France, these contemporary composers (Hugo Alfven, Rautavaara, Whitacre...) are not commonly known, even by singers in choirs. How about in the US ?

WFS : I would certainly say, in the case of Eric Whitacre, he is well known. A number of high school and college choirs sing his works. Alfven, who is Swedish, is not really known, even in Sweden, not that many people have heard of him.

CB : Also, we are not looking for composers that everybody knows. What we do is to introduce unfamous people. The pieces are short, so if someone does not like the work of a composer, it moves on after a few minutes. The idea is to give the audience a chance to hear something new.

JL : Would you say that singing, especially singing in a choir is something most kids have the opportunity to do, in high school for example ? Is it something popular ?

KR. Yes. I was fortunate enough to attend high school, with a man named Travis Rogers who was the choir director. He had been there for 30 years before I joined this choral program. He does not only teach the kids the notes and the rhythm, he also teaches them about the composers, their lives and a lot of background information. Mr Fred Scott is also a high school choir teacher and he is fantastic.

WFS : Well thank you ! I think there is a choral tradition in our country. I am really impressed with what some of these directors achieve with high school students. They fill these kids with great love for music.

CB : In the recent years, our government has not really been supporting choral programs. Frequently, if there is a budget problem, they will tend to cut choruses and keep the football teams. So the response to this, nationwide, has been a huge flowering of children's choruses which happen outside of schools, and the main motivation are the parents. They feel that the experience of being in a chorus -in addition to the music which is good for your brain- offers discipline, and encourages the willing cooperation with other people, which is very important to society, from our point of view. This kind of co-activity is a big part of our culture and actually, when Tocqueville came to America, one of the thing he observed was the getting together of groups sharing something. And it is very egalitarian. Because you are not standing next to somebody of your social class. The pleasure of achieving something with a whole group of people is probably what a great number of parents want for their children when they decide to take them to a chorus.

WFS : My mentor was Robert Shaw and he used to say « You can't sing the Bach B Minor Mass by yourself ». And it is such a beautiful thing for all kids, and it is good for your soul !

JL : Is there one style / one period of music that you particularly enjoy working on ? As a singer, or as a music director ?

WFS : (thinking) … I’m going to let you go first !

KR : I love Renaissance music.

WFS : Ok, me too ! (laughter)

KR : It is probably because of my exposure to Chanticleer when I was very young. But that’s a very difficult question.

WFS : It’s a good question ! When you work with Chanticleer, everything they sing you fall in love with, because they sing it so well. But I must say I love the scope and the amount of music that’s available in the Renaissance music, sacred and unsacred. As an organist I love Bach. And I also love Poulenc, his songs. And I like Debussy and Ravel as well. There’s a wonderful feeling of musical satisfaction the way Chanticleer sings. And as I watch them, as I help them in the preparation, I can see how much it means to them. They can understand the theology, the emotions that are present behind the complex music.

JL :  Working on the text of the pieces, is it an important part of the rehearsals ?

WFS : Yes it is. We work on the text, not just from the translation because we sing a lot in foreign languages, but also in the kind of pronunciation, idiomatic pronunciation. The way you speak english, the way I speak english, the way Kory here speaks english, it's all different kinds of english. So we try and work very hard and make sure that the way we pronounce languages seems to correpond to what a native speaker would say. That takes a lot of work and a very good ear, obviously.

Chanticleer, concert au festival de Saintes.  Crédit photo : Michel Garnier

TL : Do many of the singers speak another language ?

KR : I think they can order off the menu, they can get around. A few years ago we had a singer who spoke Italian, and French, a little bit of German... so he was kind of our tour guide.

CB : I would say that's an exception. In the US now there are many Americans who are bilingual, Hispanics mostly, Asians too. But in general, it's not the case in Chanticleer so when they undertake this music from the European tradition, they have not been brought up in the Catholic church, they do not have any other languages at their disposal, they almost, most certainly, have not studied latin, which was the case for us in our days... so they have extra steps that they ought to take to be familiar with the languages of the pieces.

JL : During rehearsals, do you work with music experts on specific subjects/music periods ?

KR : We have had people come and help for popular or jazz music. But rarely for early music...

CB : That's because it is sort of our DNA. But in specific corners of it, it did happen, with medieval music, for example, we have had Frederick Renz come from New York because this was his expertise.

WFS : When we have music that has been commissioned by contemporary composers, it is good to have them there. Composers who make arrangements for Chanticleer are happy to come and sit in during rehearsals and we can talk about how the pieces should be done, they give some pointers.

JL : How long does it take to set up a program such as The Gypsy in my soul ?

KR : Typically 3 to 4 weeks.

JL : So I assume it takes a lot of personal work for each one of you. Do you come to rehearsals already knowing the notes and text ?

WFS : (laughter) Comme ci-comme ça. Yeah, they all come to rehearsal with everything memorized and it's all a matter of polishing (laughter again)... You know, in reality, each person comes with their own level of preparation. They receive their music, they know the program and the translation. Some are very diligent about learning the notes before they arrive, some others learn best when working together. But they are constantly working on their own. I see them working on bus rides, on planes, in the middle of the night on the plane, when they can't sleep, I see music out, people are studying, people are memorizing. So there's a good deal of individual preparation, but there's also a great part of collegiality preparation and it's intense work.

KR : There's musical preparation, there's text preparation, and there's emotional preparation for a piece we have got to sing. Because we sing 4 hours a day, sometimes we have to let our voice rest, so we're somehow absorbing the music differently.

JL : One of your special features is that you sing a capella. How do your work together ? How do you get one harmonious sound that includes different tones, different resonances of voice ? And how do you encourage and better a singer's ability to listen to other singers ?

KR : We come from different backgrounds, but as a choral singer, most of my training was about listening and not singing... and most of us are very good listeners and I think that's what makes Chanticleer so successful.  So we like to listen, it makes us look at each other, and that helps us in the search for the right resonance of timbers.

WFS : If you think about it, there's only so many things you can do with any given note. It can either be so loud or so soft, it can either be so long or so short, it can be attacked smoothly or percussively. That's about all you can do. So what happens is this wonderful sense of agreement, so all of those 12 gentlemen have to agree on all of those things and get in tune. And it only gets accomplished by a great deal of listening, and a great deal of repetition, because that coming together takes time. With a human voice, which is a very personal instrument, it takes doing it several times to achieve singing together and so you begin to hear where exactly you want to go. It takes an enormous amount of personal communication and commitment. The reason for the music director (whom you don't see during the concert) to be working with them, is to be that extra set of listening devices, so that he can find a note that can be a little sharper... it takes some distance to hear the whole sound and every day that sound is going to be different... in the morning if you've had jet lag, at night if you've had too big a dinner... there is always this adjustment within yourself and within each other.

TL : What kind of qualities are you looking for when auditioning singers ?

KR : Very good question. They have to be good listeners, have a beautiful voice, have a wide range of repertoire, know how to sing different styles... We're also looking for singers with a fairly big range of voice. We particularly appreciate countertenors because not only can they sing up but also with their chest voice like tenors or bass would.

CB : They have to have all that and they have to be willing to be one of twelve. Not everybody is willing to do that.

KR : and take on the wandering spirit lifestyle.

JL : Is it always the same group of twelve people or does it change ?

KR : Yes, it's always the same people. We know each other very well. We're a family. Eric, who is our bass singer with the moustache, it's his 25th season and he calls us kids. He often says « I see these kids more than I see mine ».

TL : You have just welcomed a new member in your family. Nate Pence. Did he finally managed to tie the emblematic white bow tie ?

KR : Oh, you saw that video...

WFS : Are there no secrets ?

KR : Yeah, he did quite well. He tied his first bow tie a few days ago, and he looked fantastic.

JL : Are there any links between Chanticleer and the LAB Choir ?

CB : The LAB Choir is now in its 5th year of existence. We hope that kids from the LAB Choir will be auditioning for Chanticleer when there will be an opening. They are 14 to 22 years old. Many of the Chanticleer singers give time to work with them, for rehearsals... they are kind of their heroes... The man who is at the head of the LAB Choir is a former Chanticleer singer which makes it interesting...
The goal of any session in the LAB Choir is that they sing unconducted and they very often succeed in that. We also have summer sessions that were originally designed for kids that wanted to come to LAB Choir but did not quite have the skills. But then we discovered that the kids who participate in LAB also came to the summer sessions because they just couldn't stop. It is a very motivated group of young people. We have a boy who's been in every session. This kid just keeps coming and it's very charming.

WFS : He'll be auditioning as soon as possible !

KR : Yes he is probably already training to tie his bow (laughter) ! But seriously, these kids are getting a college education. They're learning about conducting, they're learning about vocal technique, music history, all the different facets of being a musician.

TL : So Kory, you're the assistant music director. What are you in charge of exactly ?

KR : Well, I collaborate with Mister Fred Scott right here. We talk about rehearsal schedules, how to introduce pieces. Anything that this guy does not want to do, I do...

WFS : But I want to do everything !

KR : Yes, he does... When he is absent, I run the rehearsals, the warm ups. It's my job to check the spaces and let the ensemble know what we need to actually deliver the concert.

TL : Will you have time to explore the area ?

CB : No, we have to keep moving, so today is the day to explore, it's a shame but that's usually how the tour goes. I have to say though that this little festival, « Le chant des chapelles », will be the smallest place where we'll have performed in, and the most unusual one too because they're not churches but chapels and that impacts the preparation and the concert : the bus becomes our dressing room. That's also the nature of touring, you adapt to any places you sing in. Last time we came, it was very sunny, people were happy, welcoming and warm. I also support all these people who keep these festivals going in France despite the budget cuts. I am aware of their struggle and how committed they are to the idea that there should be music at this level in all parts of France.

JL : Well and the thing is, it's always packed, people do come.

CB : Yes, that's true.

JL : Have you noticed how the Bridge of Plougastel is often hazy, misty, just like the Goden Gate Bridge ?

WFS : We will see that tomorrow...

TL : Your next concert program in Brittany after Plougastel is entitled « Le mystère », can you tell us a bit more about this mysterious Mystère ?

WFS : It is sacred music. I would say two fifths of the program is Renaissance music, there is this group of German choral music by Hugo Wolf, a selection of Russian music and 2 French pieces, one from Messiaen. It is a very inward looking religious program.

crédit photo : Wernher Krutein

Un grand merci à Stéphane Debatisse, également chroniqueur pour le Poulailler, pour son regard avisé dans l'élaboration et la restitution de cette interview.

En savoir plus : Chanticleer

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