Les cordes et la brume – Misty Call

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J'ai rendez-vous dans la lutherie Quintric, à Saint-Martin. Misty Call répète pour la fête de la musique, et j'arrive au moment où ils réalisent que quarante-cinq minutes sur scène, ce sera court pour "jouer tout ce qu'ils ont à dire".  Des trente minutes en leur compagnie, je retiens que Misty Call...

... c’est d’abord l’histoire de deux passionnés (et le mot est faible) de guitare, Pierre-Marc Quintric et Laurent Creff, intransigeants sur la qualité de leur son, de la couleur et des accents de leur musique, à la recherche du geste parfait, incisif, efficace. Une quête qui commence dès l’instrument en lui-même : Pierre-Marc, luthier de son état, a gardé sa centième guitare pour lui. Une pièce rare et unique, simplement belle, exigeante. On la regarde comme l’arc d’Ulysse, qui ne répond qu’aux sollicitations de son créateur. La centième « bis » – la fascination des chiffres ronds ayant la vie dure – sera pour Laurent. Ce n’est encore qu’un squelette, mais croyez-moi, quel squelette !

 ... c’est une rencontre, lors d’un bœuf autour d’un feu de camp, avec Annabelle Garnier. Le hasard les désigne pour un tour de chant, alors ils jouent et ils chantent. Et ils sont sur la même longueur d'onde, définitivement. 2012, naissance de Misty Call, par hasard. Misty Call comme la brume brestoise.

... c’est ensuite un album. Les musiques sont au bout des doigts des deux guitaristes. L’enregistrement, réalisé en deux jours dans le studio mobile de Pierre Gac, coûtera une guitare. Il reste un mois avant la date prévue pour l’enregistrement lorsque le duo devient trio. Peu de répétitions, pas de concert pour tester le format, qu’importe. Misty Call possède encore la liberté de ne pas jouer pour plaire.

Misty Call, crédit photo : julie lefèvre

... c’est également la recherche permanente du son « juste » et direct, celui qui vient des doigts et pas des amplis. Jouer dans des festivals de jazz où le public, souvent mélomane et exigeant, observe un silence religieux lorsque la musique résonne, cela oblige en effet à rechercher la nuance, à doter chaque note d’une expression et d’une couleur propre.

Annabelle Garnier crédit photo : Julie Lefèvre Un travail presque charnel entre l’instrument et le musicien. Et Annabelle, au milieu de tout cela, devant son micro vintage, ne se sent pas en reste. Et tous trois aiment cette pression, qui les stimule, les tire vers le haut, et les oblige à « défendre leur technique ». Cela explique certainement pourquoi ils ont mis tous leurs autres projets musicaux en stand-by, quand ils n’y ont pas renoncé. Un choix courageux, à contre-courant. Pour autant, leur musique n’est pas élitiste. Elle reste accessible à tous, jusqu’au dernier des profanes. Et tout le monde peut alors y trouver son compte.

... ce sont enfin des beaux souvenirs qu’ils s’écrivent pour eux-mêmes, d’abord parce qu’ils affirment que c’est le plus important, avec le plaisir de jouer, bien entendu. Vivre une belle aventure, c’est bien, en garder une trace, c’est mieux. Et autant paver d’or le chemin parcouru, ce sera toujours plus agréable à regarder si un jour on se retourne. Donc, qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a pas que la musique. Elle est le ciment de tout, bien sûr, mais rien ne serait sorti des graveurs sans une idée et des amis fidèles. Lorsqu’on leur parle de leur disque, leurs (presque) premiers mots sont pour Josselin Paris, l’illustrateur, Pierre Gac, l’ingénieur du son, Xavier Gavaud, Svenn Le Cann… Pas de beaux souvenirs sans un produit fini qui ait de l’allure. Tout est travaillé : le livret de seize pages, la scénographie, les décors. On l’a dit, l’album a été enregistré vite, Annabelle a dû s’adapter à des morceaux écrits pour deux guitares et se faire de la place. Un album écrit à « deux plus un », avec une approche classique : la voix n’éclipse pas les guitares, elle est un instrument à part entière.

Si je devais donner mon avis, je dirais que ce disque donne envie de voir ce que sera le deuxième.

Et le deuxième, il arrive. Actuellement en pré-production, et cette fois, écrit à trois, donc peut-être moins construit pour la guitare, qui sera plus light. Ecrire à trois, c’est un nouvel exercice, il faut chercher les arrangements dans l’écriture. Entre musiciens qui viennent d’horizons sonores différents. Un album plus folk, aussi. « Les atmosphères seront enrichies, l’ambiance sera différente ». Mais pour savoir ce qu’il y aura à l’intérieur, il faudra s’armer de patience. Le 21 juin, Misty Call en dévoilera les contours. Ce sera le noyau dur de l’album, qui sera plus tard enrichi de contrechants, de percussions, d’instruments à cordes frottées, d’arrangements. Quant au design, il sera au moins aussi soigné que pour le premier disque. Probablement un format DVD, des textes mis en valeur. Un bel écrin pour un album travaillé dans les moindres détails. L’exigence en musique, ça mène loin ! Il faut donc du temps, parce que comme dans une auberge espagnole, composer avec les agendas de tout le monde relève également de l’exercice de style.

Vous ne trouverez pas les albums de Misty Call à la rubrique "Fusion acoustique". Simplement parce que la rubrique n'existe pas, ou plutôt, c'est eux qui l'ont inventée. En tout cas, ça les décrit mieux que "Folk". Du moins, pour l'instant.

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Misty Callsamedi 21 juin 2014 : showcase à Dialogues Musiques (18h) puis concert au Square Kennedy (20h)

Crédit photos : Julie Lefèvre

About the Author

Elevé dans une ambiance sonore éclectique, musicien dans l'âme plus que dans les doigts, Matthieu apprécie les expériences nouvelles autant qu'une symphonie de Chostakovitch ou une gavotte. Son approche est souvent un peu décalée, parfois technique, et s'ancre librement dans le ressenti.

 

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