By

Stéphane Debatisse: Voix Humaines mêle la musique ancienne et contemporaine, chœur a capella, chœur en mouvement, dirigé alternativement par les trois chefs, Anne Bien, Cécile Girod et Laure Leyzour. En tournée depuis trois ans en France et en Allemagne avec la pièce chorégraphique CHORUS de Mickaël Phelippeau, vous travaillez également à un nouveau répertoire mêlant chant et art dramatique, et en parallèle ce programme Contrejour que vous donnerez à Plougastel et Porspoder le week-end prochain (ndlr 6 et 7 juin 2015). Que vous ont apporté ces rencontres avec d’autres disciplines artistiques ?

Cécile Girod: Je ne me rappelle pas avoir joué de la musique sans cette volonté de créer un univers. Enfant, lorsque je jouais une pièce au piano, je me racontais une histoire, quelquefois extrêmement narrative, dans laquelle je dessinais avec des sons… tout était dans tout, la danse, le chant, les couleurs. Cela est resté profondément ancré en moi. La volonté de rencontrer d’autres arts a, en ce qui me concerne, toujours existé ; mon imaginaire s’en nourrit.

Ce qui est nouveau en revanche , c’est de donner vie à cette rencontre, et de la partager. Et ce qui est passionnant, c’est de rencontrer au travers d’un art, d’une transmission, d’une écriture, d’autres imaginaires. Ce « flux »est d’une grande richesse. La lecture ou l’écriture de nos arts respectifs sont renouvelées, questionnées. Les frontières entre les arts s’estompent, le langage des uns enrichit l’expressivité des autres. Les exigences multiples des arts nécessitent une plus grande conscience des choix artistiques, et à travers l’expérimentation émergent de nouvelles formes.

Beaucoup de travail et de plaisir pur…

Avant la rencontre avec Mickaël Phelippeau, Voix Humaines était déjà un choeur en mouvement. Qu’est-ce que cela apporte à la musique?

Du mouvement naît le son de tout instrument. Chez les chanteurs, il est peu visible. Or, exprimer ce mouvement, l’extérioriser en conscience est très libérateur. L’expressivité est plus grande. L’absence de mouvement, notamment dans une frontalité permanente, me semble peu pertinente. La musique est davantage présente dans un corps qui vit et nous avons donc décidé de rendre cela lisible. Cela peut prendre différentes formes, et le travail avec CHORUS nous a donné quelque vocabulaire. Pour le public, si le mouvement est naturel plutôt que plaqué, s’il a du sens, la perception du son est plus active. L’oeuvre prend une autre dimension.

Le programme Contrejour mêle musique ancienne et musique contemporaine. Au-delà du thème, quel lien faites-vous entre ces deux répertoires?

Chaque pièce est « contemporaine de son temps ». Nous ignorons si l’histoire retiendra les compositeurs du XXIème siècle que nous chantons. Aujourd’hui, les oeuvres choisies proposent toutes une écriture « bousculant » nos écoutes. La musica reservata de Lassus est étrange à nos oreilles de même que Jennefelt nous propose une lecture de textes sacrés très atypique. Pour moi le lien se situe à ce niveau-là. La force des propositions musicales originales de chaque compositeur ou le choix des textes poétiques fait par eux.

Vous présentez des œuvres de compositeurs contemporains (par exemple des pays des nordiques) peu entendus en France. Qu’est-ce qui motive ces choix?

Nous ne proposons aux chanteurs que des pièces qui nous touchent. En amont de la présentation aux chanteurs, nous examinons les difficultés des écritures, et il faut reconnaitre que les compositeurs nordiques, qui se sont toujours intéressés aux pratiques amateurs, ont un répertoire plus large, plus accessible. C’est donc assez naturellement que leurs pièces apparaissent dans nos programmes, plus fréquemment que celles des compositeurs français par exemple. Et puisque nous aimons proposer d’autres formes d’art choral, le répertoire que nous chantons n’est pas toujours connu.

Y a-t-il un public particulier pour ce type de musique?

Les oreilles et la sensibilité du public sont ouvertes à toute pièce d’art choral, quand celle-ci est ressentie et sensible. L’atout de l’art choral, c’est le texte. Les affects qu’il présente me paraissent toujours audibles. Même avec un langage très conceptuel. Et pour les réticents de l’écriture contemporaine, souvent l’émotion liée à la vocalité leur permet de passer outre leurs préjugés.

Quelles sont les spécificités du travail du chœur a capella?

Une recherche permanente d’équilibre des timbres, un son de groupe présent quelles que soient les écritures, une écoute de l’espace résonnant. Peu de différences, me semble-t-il, avec les chœurs accompagnés.

Vous recrutez actuellement de nouvelles voix, que recherchez-vous chez un chanteur?

Une autonomie dans la pratique de son instrument, du temps à consacrer à cette pratique, du plaisir à vivre en groupe, de la simplicité dans les rapports humains.


Contrejour, par le chœur à capella Voix Humaines

  • le 6 juin à 20h30 à l’église Saint Budoc, Porspoder
  • le 7 juin à 16h00 à l’église Saint Pierre, Plougastel Daoulas

Plus d’informations sur le site de Voix Humaines

 

 

Stéphane DEBATISSE
About the Author

Amoureux de Bach, Purcell et Monteverdi, Stéphane ponctue ses écoutes baroques d'un peu de folk et de blues... Grand lecteur de fantaisie et de bande-dessinée, il aime aussi les recettes de cuisine!

 

Leave a Reply