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Le festival Electr()cution s’invite pour quatre jours au centre d’art contemporain Passerelle pour sa seconde édition. Ce festival est l’occasion de découvrir des compositeurs contemporains de musique électroacoustique ou mixte. Parmi eux, le compositeur chilien JosE Miguel Fernandez, qui présentera vendredi soir sa création La sombra de mi Alma pour ordinateur et comédienne, avec Leonor Canales.

Stéphane Debatisse: La sombra de mi Alma (l’ombre de mon âme) est une création pour le festival. Quelle est son origine?

Leonor Canales: A l’origine, Philippe Arrii Blachette était venu voir un récital de poèmes de García Lorca que je donnais à la Minuscule. Quelque chose d’assez classique dans la forme, avec un gambiste. Il m’a dit que ce serait intéressant que je fasse un travail autour du son électro-acoustique. Cette idée a germé en lui, et c’est ainsi que la commande à Jose Miguel Fernandez est née. Je suis allée écouter son travail sur internet, et je me suis dit qu’il fallait que sa musique rencontre le recueil Poeta en Nueva York, que Garcia Lorca a écrit quand il était à New York.

SD: Pour écrire la pièce, vous êtes-vous inspiré des textes et des compositions de Lorca?

Jose Miguel Fernandez: La musique de Lorca a peu d’influence sur ma composition, ce sont surtout les images que provoquent le texte en moi qui me guident. J’ai travaillé de mon côté, à partir d’enregistrements des poèmes, de la façon dont Leonor les dit, de sa respiration, sa musicalité. Avec cette base, j’ai écrit des accompagnements de musique électronique, et je prends la voix de Leonor pour la transformer en temps réel, et la diffuser sur huit enceintes, en la mixant avec l’accompagnement.

LC: Avec ce dispositif technique, nous souhaitons donner la possibilité au public d’avoir le sentiment d’être à l’intérieur de cette ville, ou dans l’abstraction sonore de cette ville. Il y a de multiples dimensions, et je trouve cela très riche! J’ai hâte.

SD: La voix de la comédienne est-elle considérée comme un instrument dans la composition?

JMF: De mon point de vue c’est un instrument. La façon dont elle dit les poèmes m’inspire pour créer ma musique. C’est une comédienne, elle a donc un autre type d’expression que les instrumentistes.

LC: Je ne sais pas si je suis comédienne dans cette pièce. Il faudrait inventer quelque chose, un terme, on est à la lisière de quelque chose qui est de l’ordre de la sorcellerie, de l’instrument au service de la composition de Jose Miguel. Lui aussi se met à mon service. C’est étrange, il y a quelque chose de très plastique: comme des peintres, nous avons un rapport à la matière.

SD: Je comprends que la manière de dire les poèmes influence la musique, il y a donc une part d’improvisation?

JMF: C’est assez écrit. C’est plutôt l’ordinateur qui improvise grâce à des fonctions aléatoires. L’ordinateur génère des changements de couleur. Moi je ne fais que les déclencher. C’est une partition.

SD: A quoi ressemble cette partition?

JMF: Ce sont des lignes de codes, des séquences: “émettre un son, traiter la voix, stopper…” je programme l’ensemble dans un séquenceur qui permet de générer un changement aléatoire.

LC: En ce qui me concerne, il y a au départ le texte et, au fur et a mesure, une partition se met en place, née d’un premier jet que j’ai réalisé, et dont Jose Miguel s’est emparé. Il a élaboré un canevas, au sein duquel nous avons des points de rencontre mais également des parties plus libres, qui vont être dépendantes de l’énergie, de ce qui va se passer quand je serai à l’intérieur. Il y a à la fois le vécu d’un instant présent et un cheminement très mathématique.

SD: Et vous Jose Miguel, êtes-vous interprète de cette pièce?

JMF: Même s’il y a une part importante d’interprétation dans le sens où je joue un peu avec les niveaux des différentes couches sonores qui se créent, je me considère davantage comme compositeur. Toutefois, cela fait partie des évolutions souhaitables pour cette pièce: qu’il y ait une part plus grande à l’improvisation, que je puisse transformer un moment sans que cela soit écrit dans la partition.

Concert à 19h30 au centre d’art Passerelle le vendredi 27 mars 2015.

Voir le programme complet du festival

Stéphane DEBATISSE
About the Author

Amoureux de Bach, Purcell et Monteverdi, Stéphane ponctue ses écoutes baroques d'un peu de folk et de blues... Grand lecteur de fantaisie et de bande-dessinée, il aime aussi les recettes de cuisine!

 

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