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Nolwenn Korbell interprète Cabaret Brecht, de Guy Pierre Couleau, avec le guitariste Didier Dréo du 8 au 10 janvier au petit théâtre du Quartz.

Stéphane Debatisse: Nolwenn Korbell, vous chantez des textes de Bertolt Brecht, sur des compositions de Kurt Weill, Paul Dessau, Hanns Eisler, tous les quatre engagés politiquement dans leur art. Cet engagement se ressent-il dans votre Cabaret Brecht?

Nolwenn Korbell: Oui bien sûr, c’est difficile d’y échapper quand on s’attaque à Brecht. Dans plus ou moins toutes ses chansons, il aborde les thèmes qui lui sont chers: la guerre, les rapports entre les hommes, dominants/dominés, la place de la femme, l’Allemagne nazie.

Dans le choix des chansons que j’ai fait pour le cabaret, j’ai voulu montrer un panel des thèmes qu’il a abordés, des chansons de guerre, comme La chanson de Mère courage, La chanson d’une mère allemande, La femme du soldat, puis des chants plus révolutionnaires, ou un hommage à Rosa Luxembourg, des chants d’amours, de filles paumées ou de prostituées…

SD: C’est donc un acte engagé de chanter Brecht?

NK: On ne peut pas faire ce métier sans être engagé. Quand on décide d’être comédien, ce qui importe, c’est de porter la parole du poète, et aujourd’hui plus que jamais. La façon poétique et artistique est pour moi la seule belle manière de faire passer les idées et de faire réfléchir les hommes sur le monde dans lequel ils vivent. C’est ça, la vraie politique. C’est quelque chose qui me tient à cœur.

SD: Vous avez recréé un espace cabaret, joué dans des salles des fêtes. Qu’est ce que cela apporte, qu’est-ce que l’esprit cabaret?

NK: On a voulu, quand on a décidé de nommer ce spectacle Cabaret Brecht, donner l’esprit cabaret à la chose: c’est une proximité entre l’artiste et le public, qu’ils se mélangent, se touchent, se croisent. C’est comme ça qu’on l’a créé à la Comédie de l’est: on avait enlevé les gradins et mis des tables, et un bar, les gens pouvaient se déplacer. On voulait aussi que ce spectacle puisse être itinérant dans les villages autour de Colmar, parce que c’était ça aussi l’esprit cabaret, un peu forain: on se pose à un endroit, on met une robe à paillettes, trois loupiottes, et on y va: la musique, la parole et le jeu naissent n’importe où. A partir du moment où il y a le verbe et le sens, qu’importent le lieu et ce qu’il y a autour.

Au Quartz, c’est une configuration différente parce que c’est face à un gradin, mais la salle se prête bien malgré tout, parce qu’elle est en arc de cercle.

SD: Vous interprétez des chansons? ou vous interprétez des interprètes de chanson?

NK: Les chansons de Brecht sont pour la plupart tirées de pièces de théâtre. Ce sont souvent des personnages qui chantent. Je chante une mère de jeune nazi qui perd la vie. Elle parle à son fils qui est mort, elle lui dit “je t’ai offert une paire de bottes et une chemise brune, mais je ne savais pas ce que veut dire ce geste-là, je ne savais pas quand je te voyais faire le salut hitlérien que je ne te reverrai jamais”. Elle regrette de n’avoir rien fait. Il y a la femme d’un soldat qui reçoit des cadeaux de son mari. A chaque chanson correspond un personnage, et l’interprétation va avec: je reste moi, mais je me plie au personnage et j’essaie de donner à voir toutes leurs facettes. Brecht a souvent écrit des pièces pour des femmes (La bonne âme du Se-Tchouan ou Mère Courage) et fait souvent porter sa parole par des personnages féminins. Il y a des images de femmes assez emblématiques dans ses pièces et ses chansons, et c’est ce que l’on retrouve dans le cabaret

SD: C’est un spectacle sur les femmes?

NK: Non, sur l’humain, sur l’humanité. Il parle des femmes dans différentes circonstances, mais par la voix des femmes, des hommes également.

SD: Vous interprétez donc dans ce spectacle une galerie de personnages différents, et dans des langues différentes…

NK: La plupart des chansons sont en allemand, parce que c’est le texte original, mais aussi en français et en anglais, parce qu’on avait envie, avec Guy-Pierre Couleau, le metteur en scène, de faire entendre que Brecht avait été traduit et chanté par de nombreux artistes différents dans le monde, et également de faire entendre les différents exils de Brecht (l’Europe puis les Etats Unis). Quant aux personnages, c’est là où réside le plaisir de ce métier. C’est humain, dans une journée, vous passez par des d’états différents, la joie, la colère, l’énervement. L’acteur en fait son métier, il navigue dans tous les états de l’humain.

Stéphane DEBATISSE
About the Author

Amoureux de Bach, Purcell et Monteverdi, Stéphane ponctue ses écoutes baroques d’un peu de folk et de blues… Grand lecteur de fantaisie et de bande-dessinée, il aime aussi les recettes de cuisine!

 

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