ARP Harpe

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Rencontre avec le duo Descofar (Nicolaz Cadoret et Alice Soria-Cadoret) pour présenter le collectif ARP qui jouera samedi 8 novembre à 19h au coin de la rue à Brest

Comment présenteriez-vous ce collectif ARP?

Tout part de la volonté de quatre harpistes (nous deux, Clotilde Trouillaud et Cristine Mérienne) qui se connaissent et qui ont comme particularité de venir tous les quatre d’univers différents et affirmés. Nous couvrons un large panel qui va de la musique classique à la musique contemporaine en passant par la musique expérimentale, traditionnelle, la chanson, la musique électrique et le jazz.

La harpe souffre d’une image extrêmement cloisonnée d’un style à l’autre. On est souvent confrontés à des programmateurs qui disent: “La harpe, ça va très bien aller dans la programmation troisième âge!” ou à l’opposé “Pour un public de fans du Seigneur des anneaux parce que la harpe c’est de la musique elfique” ou encore “Ah bon, la harpe électrique ça existe?” C’est un peu compliqué d’emmener la harpe en dehors des sentiers battus. C’est le point de départ du collectif.

La harpe est protéiforme: elle a pris toutes les formes possibles depuis 2000 ans, elle a un parcours riche, divers. On l’écrit d’ailleurs sur notre site: “Après de nombreuses années de recherches on est arrivés à une définition de la harpe: n.f. instrument de musique.”

Ce collectif permet de proposer une grande variété de programmes qu’on réunit en co-plateau pour montrer ce qu’il est possible de faire dans de nombreux contextes sans noyer l’identité de chaque artiste et de chaque projet. L’idée à terme, c’est aussi de susciter des créations entre les esthétiques, des rencontres entre musique classique et musique improvisée en travaillant sur la manière dont l’improvisation peut se ré-approprier les partitions de musique savante.

On a eu l’occasion de faire une performance collective: un duo classique et un duo d’improvisation face à face se répondaient. Le retour du public était intéressant parce qu’au bout d’un moment ils ne savaient plus si ce qu’on jouait était écrit, et quel duo jouait la musique dite classique et celle dite jazz.

Il semble que votre point commun à tous les quatre soit la recherche?

C’est vrai qu’on recherche tous, à des échelles différentes. Il ne s’agit pour aucun de nous de s’inscrire dans un style déjà posé.

Il y a de la recherche sur le répertoire pour proposer des choses différentes par le biais de transcriptions, de commandes auprès de compositeurs, comme Lionel Bord.

Il y a de la recherche dans le domaine de l’écriture: Cristine Mérienne travaille beaucoup sur ses arrangements instrumentaux et pour Clotilde Trouillaud, il y a un travail de collectage de répertoire, et de composition également.

Clotilde Trouillaud - Crédit photo : Sylvain Rocaboy

Clotilde Trouillaud – Crédit photo : Sylvain Rocaboy

Pour le Duo Descofar, il y a une recherche sur le son, parce que c’est de la harpe électrique, mais surtout une recherche sur le style: nous avons des questionnements esthétiques par rapport à la musique traditionnelle, parce qu’on ne fait pas en soi de la musique 100% traditionnelle, on explore d’autres pistes, dans le respect d’un ancrage et d’une tradition, mais aussi avec la liberté qu’on peut y prendre. Qui dit « musique traditionnelle » dit « musique vivante »: elle est l’expression d’un peuple et elle évolue avec son temps. On met l’ensemble de nos références, que ce soit en musique contemporaine ou en musique classique, en jazz, en rock, dans un creuset pour en sortir quelque chose qui est porteur de sens, et pas juste une tradition.

Le travail que je fais avec Hélène Breschand ou avec Christophe Johanny porte davantage sur la manière sonore: c’est de l’improvisation totale, mais avec cette volonté d’explorer l’instrument amplifié comme un instrument électrique à part entière et pas comme une harpe qui jouerait plus fort, dans le lignée des explorateurs de la guitare électrique ou des musiques amplifiées. On est dans les mêmes types de recherche.

Dans le duo Descofar, vous explorez la scène également? Vous jouez debout, vous vivez!

Ce n’est pas une exploration. On ne dirait jamais que Jimi Hendrix explore la scène. Mais on fait ce que ne font pas des harpistes: on joue debout parce qu’on en a besoin, parce que c’est pratique. L’implication physique dans le jeu vient de la musique et n’est pas réfléchie, sauf s’il y a vraiment une scénographie ou sur certains aspects avec des mouvements de harpes. On a fait nos débuts avec ce duo dans un spectacle jeune public où le metteur en scène, Olivier Prou, nous a obligés à faire des choses qu’on n’aurait sans doute jamais faites.

Le fait que l’instrument soit électrique permet une programmation dans des lieux différents?

La harpe électrique pourrait permettre d’explorer différentes salles, les salles qui accueillent de la musique amplifiée mais on en est encore au stade où, que la harpe soit électrique ou pas, les programmateurs ont une réticence parce que c’est de la harpe. Il y a une image posée autour de ça. On pourrait jouer dans un festival rock mais ce n’est pas encore d’actualité. On y travaille. L’objectif premier est de faire en sorte que les gens écoutent de la musique avec harpe, parce qu’ils se font une idée assez erronée. C’est la partie la plus difficile. Les endroits qu’on nous propose d’abord sont des endroits rattachés à cet instrument, et l’objectif du collectif est de modifier ça, éventuellement aussi par le biais des co-plateaux.

C’est le cas de ce premier concert le 8 novembre: quatre harpistes sur scène dans trois programmes différents.

C’est une forme de lancement du collectif. On va essayer de multiplier les manifestations de lancement tout au long de l’année. J’aimerais bien d’ailleurs faire un lancé de harpes ! Le concept est de présenter cette différence et de présenter le collectif dans sa diversité: on va se mettre sur scène et jouer de la musique différente. Et on laissera le public faire les liens. On jouera quelques morceaux ensemble aussi bien sûr.

Quels sont les prochains projets du collectif ARP?

Ulyssia est en cours de création avec Cristine Mérienne, le duo Descofar et le plasticien et vidéaste Julio Rölle. Cristine est franco-allemande et vit en Bretagne, et Julio est germano-français et vit à Berlin. Nous sommes également nés à Brest et avons passé beaucoup de temps à Berlin. Ce projet travaille sur la construction de l’identité et sur l’exil, autour des textes de Cristine, et des arrangements de Descofar.

Cristine Merienne - Crédit Photo : Gildas Bénéat

Cristine Merienne – Crédit Photo : Gildas Bénéat

Il y a un volet transmission important pour nous aussi parce que nous sommes tous des pédagogues. Nous avons la volonté de créer des stages en commun, qui permettent la rencontre de différentes pratiques en proposant à des élèves intéressés de passer au travers de différents ateliers à l’intérieur même d’un stage, de traverser différentes esthétiques pour faire se questionner le tout dans une pratique.

Quelle harpe enseigne-t-on au conservatoire?

Il y a la harpe classique, la harpe traditionnelle. Les harpistes peuvent aussi participer aux cours d’improvisation. À la demande du conservatoire qui a acheté une harpe électrique, on essaie de développer également la harpe dans les musiques actuelles.

• Concert du collectif ARP, samedi 8 novembre à 19h, au coin d’la rue (rue Saint Malo). Entrée libre.

• !RRRR JAM!, séance d’impro totale tous les deuxièmes samedis du mois (8 novembre, 13 décembre) à partir de 15h, au coin d’la rue (rue Saint Malo). Entrée libre.

• Pour aller plus loin : Le site du collectif ARP

Stéphane DEBATISSE
About the Author

Amoureux de Bach, Purcell et Monteverdi, Stéphane ponctue ses écoutes baroques d’un peu de folk et de blues… Grand lecteur de fantaisie et de bande-dessinée, il aime aussi les recettes de cuisine!

 

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