By

Pierre-Yves Chapalain revient à La Maison du théâtre le 15 décembre 2017, avec un spectacle sur les ogres. La nature humaine y est interrogée, grâce aux peurs et aux pulsions archaïques, qui permettent justement de se demander où elle se situe et d’où elle émerge.

 

Dans notre précédent entretien, vous disiez que vous travailliez beaucoup sur la base d’improvisations : est-ce toujours de cette manière que vous avez écrit Le Secret et Où sont les ogres ?

Où sont les ogres ? est issu d’un travail d’écriture préalable, avec l’intervention de l’improvisation dans un second temps. À partir d’un texte déjà écrit, elle a notamment permis d’effectuer des coupes, pour que le spectacle prenne vie.

Le Secret, lui, est une création collective avec les acteurs : elle est beaucoup partie du plateau et a demandé un important travail de réécriture. Le spectacle met en œuvre beaucoup d’autres techniques, en plus du théâtre pur.

La comédienne, Kahena Saïghi, est également ventriloque, ce qui ouvre un univers spécifique et la possibilité de donner réellement vie à une marionnette. Pour le public, c’est très progressif : au début, le plateau n’est occupé que par les comédiens, puis des éléments scéniques viennent s’ajouter et la marionnette apparaît comme une surprise. On ne voit rien lorsque Kahena ventriloque, on ne sait pas d’où vient la voix, et le spectacle pose aussi la question de savoir si les choses sont vivantes.

Le spectacle repose également sur le théâtre d’objets, et toutes ces techniques convoquées permettent la liberté du scénario, qui elle-même ouvre à une liberté spatiale : on part d’une chambre d’enfant pour aller en forêt puis vers la mer.

OU SONT LES OGRES - FESTIVAL D AVIGNON - 71e EDITION -
Texte et mise en scène : Pierre-Yves CHAPALAIN -
Collaboration artistique : Yann RICHARD -
Scénographie et lumière : Éric SOYER -
Son : Géraldine FOUCAULT -
Costumes : Elisabeth CERQUEIRA -
Avec :
Jean-Louis COULLOC'H -
Boutaïna EL FEKKAK -
Julie LESGAGES -
Catherine VINATIER -
Dans le cadre du 71ème Festival d'Avignon -
Lieu : Chapelle des Pénitents blancs -
Ville : Avignon -
Le 06 07 2017 -
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

La forêt, c’est celle des contes, des peurs ?

Oui, et d’ailleurs, le glissement vers la forêt a été progressif dans l’écriture du spectacle, avant que ne s’impose la forêt intérieure. On trouve du sens après coup : il n’y avait pas dans le processus de création de volonté de suivre une idée.

Le spectacle repose sur les peurs, comme les contes, et en cela, c’est bien un spectacle tout public, qui permet aux adultes autant qu’aux enfants de prendre du plaisir. Mais l’histoire se passe dans société contemporaine et dans Où sont les ogres ?, les deux jeunes filles communiquent par internet ; on évoque la question de l’intelligence artificielle. Le spectacle montre comment les pulsions archaïques se rappellent à nous.

Comment avez-vous envisagé le rapport à la nature, qu’elle soit extérieure ou intérieure – puisqu’avec cette figure de l’ogre se pose la question de la nature humaine ?

La nature est en effet autant intérieure qu’extérieure, et nous sommes sur une brèche : les spectacles sont des voyages initiatiques. Ils proposent des portes d’entrée pour voyager à l’intérieur de soi tout en regardant le spectacle, même si les fils scénaristiques sont très clairs. L’intérêt du conte est qu’il comporte des ambiguïtés, des glissements de terrain : on passe d’un monde ordinaire à un monde fantastique.

Vous travaillez beaucoup sur la rupture de la distance : comment réagit le jeune public ?

On a un peu peur, on joue à se faire peur, et on a besoin de ce climat de peur, on a besoin que les sens soient émoustillés, titillés, sinon ça ne marche pas.

La scénographie doit être un support fondamental pour cela ?

Oui, car tout va dans le même sens : le suspens de l’écriture est relayé par la scénographie. Elle repose sur un système de portes avec des entrées et des sorties, et fonctionne finalement comme une boîte de magie – qui n’en est pas une en apparence, mais qui permet tous les glissements.

Les spectacles parlent-ils tous deux de ce que c’est que grandir ?

Ils portent tous les deux sur la même thématique, mais racontent deux histoires différentes et qui ne sont pas liées narrativement. Elles se répondent autour de l’idée de dompter ses angoisses sans les nier, de les transfigurer et d’en tirer de l’énergie pour vivre.

Pour assister à la représentation et en savoir plus:

http://www.lamaisondutheatre.com/brest-finistere_la-saison__fiche_234_OÙ+SONT+LES+OGRES+%3F.htm

L'entretien avec Pierre-Yves Chapalain sur Outrage

Entretien avec Pierre-Yves Chapalain, pour sa pièce « Outrages », jouée à la Maison du théâtre

About the Author

Notre agrégée de lettres passe en revue tous les articles, les relit, les corrige. Elle écrit pour différentes revues des articles de recherche en littérature et sciences humaines et s’appuie également sur ses multiples casquettes pour développer les partenariats du Poulailler, en russe, en français, en italien… Natalia pratique le théâtre amateur et bavarde à longueur de journée (en russe, en français, en italien…).

 

Leave a Reply