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Il se fait appeler « voyou » mais son nom, dans un palindrome plus esthétique, s’écrit Voyov. Le jeune multi-instrumentiste nantais qui a sorti son premier EP en janvier (« On s’emmène avec toi »), était à Brest mercredi pour le cinquième concert gratuit des « midis et demi » de la Carène, à l’heure du déjeuner. Devant un public conquis, il a, lui aussi, déballé son pique-nique : synthétiseur, pad, guitare et trompette, pour une mélancolie entre pop limpide et électro.

Pas facile de faire danser un public entre midi et deux, surtout quand le-dit public déguste burgers, frites ou pique-nique maison, tranquillement installé à une table devant la scène. Qu’importe pour Voyov. Dans le hall de La Carène, le Nantais a débarqué à midi et demi pile* mercredi, quasiment en sautillant. Échevelé, dans une combinaison noire à manches longues, col boutonné jusqu’en haut, drumsticks en main et basse en bandoulière, il s’est éclaté pendant près de quarante-cinq minutes, osant la danse dans une ambiance tamisée et intimiste, emporté par la musique, sa musique, tout un monde. Pour mener et ne plus suivre.

Auparavant bassiste au sein des formations nantaises Pégase, Elephanz et Rhum for Pauline, son premier EP solo, composé de trois titres, est tout juste sorti en janvier (Les soirées, Le Naufragé, On s’emmène avec toi). Son premier live sous le nom de Voyov, il l’a réalisé fin 2016 au festival Scopitone, à Nantes. Depuis, il a pris le temps de composer, écrire. Se construire. On le voit parcourir les villes de France où il joue seul sur scène, avec un synthétiseur, des pads électroniques, une basse et une trompette. De quoi fabriquer un mélange des genres assez jubilatoire. Voyov, c’est un peu une rencontre entre deux planètes, celle de la chanson française – le jeune homme avoue écouter des artistes comme Brigitte Fontaine, Jacques, Solange et Fishbacks et être influencé par Polnareff, William Sheller et Michel Fugain – et celle d’une électro-pop limpide, placide.

DSC_0039Une rencontre entre deux époques aussi. Un univers qui « résonne comme un carton d'invitation. Sur lequel on s’attarde, séduit, dans l’attente de recevoir le prochain ». Thibaud Vanhooland, de son vrai nom, s’est éloigné, sans complètement s’en détacher, des ambiances soul et des atmosphères parfois psychédéliques de Rhum for Pauline, du pop-rock anglais d’Elephanz. Il impose sa propre identité : une dizaine de textes écrits dans la langue de Molière, sur des mélodies aussi douces que prenantes et dansantes. Des thèmes qui évoquent le quotidien, la fête et les soirées, l’adolescence, l’école, les rencontres et la mer. Dans une version acoustique du « Naufragé », seulement à la basse, Voyov a raconté l’histoire de marins débarqués en ville, le temps d’une nuit, d’un songe, avant de disparaître. « Leur navire a dû rester à quai, abandonné / son cœur a déjà pris la mer à l’heure qu’il est / jamais autre chose qu’un navire ne l’avait fait voyager », « Au matin ils ont pris la fuite laissant la ville derrière eux / pas vraiment remis de leur cuite ça parle des filles rencontrées à terre, aux nuits légères ». Poésie éphémère, telle l’apparition de ces hommes sur terre.

Ses paroles, souvent teintées de mélancolie, se posent tout doucement sur des sons synthétiques, sur une musique plutôt déchaînée et joyeuse, à en faire bouger le corps. Regard clair, voix posée, le musicien à l’apparence juvénile et tranquille est, sur scène, totalement décomplexé. Il lâche soudainement prise dans un mouvement brusque, dans un geste sorti de nulle part ou à travers un petit pas de danse, à la limite du second degré. Nul doute qu’à une heure autre que celle du midi, la salle aurait pu devenir hystérique… « Pas évident d’évoquer la fête et les soirées à l’heure du déjeuner », a-t-il reconnu devant un public immobile mais très emballé. Si bien que ce « voyou », plutôt sympathique, en redemande : « Je me ferais bien tous les mercredis du mois à La Carène ! » a-t-il annoncé le sourire aux lèvres, à la fin du concert, avant de calmer le jeu : « Mais depuis Nantes, ça fait long l’aller-retour ». On aurait eu envie de lui dire que non, il ne faut pas quitter Brest, pas si vite en tout cas.

* c’est le principe des « midis et demi » à La Carène, concerts gratuits lancés en 2017 tous les premiers mercredis du mois, à l’heure du déjeuner, après que la sirène a retenti dans la ville.

crédit photos: La Carène

 

About the Author

Journaliste. Adepte de festivals et de concerts de tout genre, elle écoute beaucoup de choses (Dalida, en particulier) mais n’aime pas tout. Elle écume surtout les soirées brestoises pour rencontrer celles et ceux qui y apportent des vagues. Et discuter avec eux de musique, de littérature, de photographie, de cinéma ou, après tout cela, bien entendu… de Dalida.

 

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