Petit Pays, Gaël Faye

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Dossier « Sous le sapin »

gael-faye-petit-paysAvec Petit Pays de Gaël Faye , c'est un autre voyage que l'on peut faire, un voyage qui n'est pas sans échos avec le précédent (La Légèreté de Catherine Meurisse, ndlr). 

Petit pays, c'était déjà le titre d'une chanson du même auteur, c'est désormais un roman.

Poétique et un peu proustien parfois, il dit avec justesse et à hauteur d'enfant, la nostalgie et le territoire perdu qu'est justement l'enfance.

 «Au temps d'avant , avant tout ça, avant ce que je vais raconter et le reste, c'était le bonheur, la vie sans se l'expliquer. L'existence était telle qu'elle était, telle qu'elle avait toujours été et que je voulais qu'elle reste. Un doux sommeil, paisible, sans moustique qui vient danser à l'oreille, sans cette pluie de questions...»

Avant, c'était donc la vie heureuse de Gaby, dix ans, avec son père français, sa mère rwandaise et sa sœur.

Ils vivent au Burundi, bout d'Afrique centrale et sa topographie à lui, c'est l'impasse où ils habitent.

Les sens en éveil, on y fait pleuvoir les mangues avec ses copains, le jus dégouline sur les mentons, il y a des expéditions sur la rivière, des circoncisions épiques... On pense alors au Momo de La vie devant soi.

C'est l'enfance, et sa mère a encore de «longues jambes effilées qui mettaient des fusils dans le regard des femmes et des persiennes entrouvertes devant celui des hommes» .

Et puis, ce qui est raconté s'épaissit, le réel s'infiltre dans tout ce qui rendait heureux et qui est déjà fini: séparation des parents, guerre, génocide, folie de la  mère, les copains qui choisissent leur camp, l'impasse qui devient autre. L'horreur parfois, mais toujours vue du point de vue salvateur de l'enfant. 

«Hutu ou tutsi. C'était soit l'un soit l'autre. Pile ou face. Comme un aveugle qui recouvre la vue, j'ai alors commencé à comprendre les gestes et les regards, les non-dits et les manières qui m'échappaient depuis toujours.»

Alors, la découverte des livres de Madame Economopoulos, une voisine, est un moyen pour survivre, s'échapper, se sauver: «Grâce à mes lectures, j'avais aboli les limites de l'impasse, je respirais à nouveau, le monde s'étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs.... Après avoir bien discuté, lorsque l'après-midi s'évanouissait dans la lumière du couchant, nous flânions dans son jardin comme de drôles d'amoureux. Nous nous arrêtions devant ses orchidées sauvages, nous faufilions parmi les haies d'hibiscus... Nous marchions lentement, presque au ralenti, en traînant nos pieds dans l'herbe grasse, comme pour retenir le temps, pendant que l'impasse peu à peu se couvrait de nuit.»

Il faudra bien finir par partir, fuir, grandir, revenir, réparer là encore... et écrire pour retrouver un peu de paradis perdu.

«Je vis depuis des années dans un pays en paix, où chaque ville possède tant de bibliothèques que plus personne ne les remarque. Un pays comme une impasse, où les bruits de la guerre et la fureur du monde nous parviennent de loin. La nuit me revient le parfum de mes rues d'enfance, le rythme calme des après-midi, le bruit rassurant de la pluie qui tambourine le toit de tôle. Il m'arrive de rêver; je retrouve le chemin de ma grande maison de Rumonge. Elle n'a pas bougé .Les murs, les meubles, les pots de fleurs, tout est là. Et dans ces rêves que je fais la nuit d'un pays disparu, j'entends le chant des paons dans le jardin, l'appel du muezzin dans le lointain.»

Gaël Faye  https://www.youtube.com/watch?v=j3XaZX4tAyA 

About the Author

Emmanuelle Dauné aime lire, regarder, écouter, rencontrer, picorer pour le Poulailler...et surtout "faire passer", partager une culture accessible, qui nous fait nous sentir plus vivants.

 

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