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Dossier « Sous le sapin »

La légèreté de Catherine Meurisse est une bande dessinée thérapeutique et une œuvre d'art à part entière. Un cadeau à offrir coûte que coûte parce qu'il réconcilie chacun avec l'existence dans toute sa fragilité, parce qu'il dit le chagrin, la mort, l'inacceptable mais aussi la relève, la résilience par un chemin peu commun.

La BD autobiographique commence ainsi: Catherine est au fond du lit, elle n'arrive pas à se lever pour cause de «largage» amoureux, le dessin est rigolo, plein d'autodérision. Elle n'arrive pas à décoller du fond de son lit à cause d'un type qui malgré sa lâcheté va la sauver.

En effet, cette déprime matinale empêche la narratrice d'arriver à l'heure au journal où elle travaille. 

renaitre-apres-charlie_655x231Ce journal, c'est Charlie, ce jour-là, c'est le 7 janvier 2015.

A son arrivée, on l'empêche d'entrer, on l'informe... et puis la page se vide, l'horreur, le noir et «le Cri» de Munch reproduit pour dire sa sidération, sa liquéfaction.

Car dès lors, c'est l'impossibilité de vivre qui se redessine après coup, c'est le visage de ses copains disparus qui surgissent, c'est la table arrondie autour de laquelle ils se réunissaient qui apparaît, celle autour de laquelle ils sont morts... eux!mais pas elle qui est arrivée en retard ce matin-là. 

Catherine, en plus de son chagrin, traîne sa culpabilité et son goût de plus rien et surtout pas de dessiner. Certaines pages sur cette solitude sont de véritables tableaux.

Et puis derrière l'hommage, il y a le récit concret de quelques événements drôles et tragiques. 

Et aussi l'histoire de sa résilience qui nous est racontée de sa plume moqueuse, c'est sa Renaisance grâce à la Beauté qu'elle raconte.

Qu'est-ce qui l'a aidée depuis ce drame? lui demande une grenouille étonnante.

 La mer, l'Art, l'Italie, les statues de la Villa Médicis, les Caravage...

Sa silhouette fragile et son visage sous sa frange alternent avec de véritables évocations/reproductions d'oeuvres d'art des musées de Rome. C'est le syndrôme de Stendhal à l'envers: au lieu de s'évanouir face à la beauté, elle va se «dé-sidérer», se remettre debout grâce à ce qu'elle trouve beau... 

Si ce livre n'évacue pas l'horreur, il renvoie à l'importance des petites choses, à l'universel, à ce qui reste , à un peu de lumière. Cette légèreté retouvée qui peu à peu nous est offerte.

 

About the Author

Emmanuelle Dauné aime lire, regarder, écouter, rencontrer, picorer pour le Poulailler...et surtout "faire passer", partager une culture accessible, qui nous fait nous sentir plus vivants.

 

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