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Si vous avez eu la chance de voir « Moby Mick, la merveille de la baleine », le nouveau spectacle de Mick Holsbeke, vous avez saisi, en entrant dans le Petit Théâtre du Quartz, que vous étiez dans le ventre d’une baleine. Au gré des épisodes de la vie du clown, englouti dans ce ventre, vous avez tour à tout ri avec lui, ri de lui, pleuré peut-être. Vous avez assisté à son combat pour s’échapper de ce ventre, lancer des appels à l’aide, mais aussi passer le temps, le temps de l’attente. Vous avez traversé ce spectacle métaphore et y avez lu autant de mélancolie que d’espoir. 

Entretien avec Mick Holsbeke.  

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Quelle est l’origine de ce spectacle ?

J’avais le souhait de parler de la solitude, de la nature. Ma première idée était de placer mon spectacle dans une cabane. Un jour, lors d’une balade à Crozon, face à la mer, j’ai ressenti son calme, mais aussi l’envie de retourner chez moi, de l’autre côté de l’océan. J’avais envie de plonger dans la mer et l’idée d’être englouti est venue toute seul à partir de ces réflexions. J’ai alors décidé de remplacer la cabane par le ventre d’une baleine. 

Pourquoi le ventre d’une baleine ?

Parce qu’il peut représenter notre être intérieur, qui est précisément l’endroit du clown. J’ai fait un stage avec François Cervantes, qui développe cette philosophie. Le clown, c’est le désir pur à l’intérieur de nous – ce sont les choses qui ont envie de sortir. La bête qui contient l’être intérieur, la baleine, c’est notre enveloppe, notre corps, et le spectacle raconte ce dialogue entre la tête et le corps.

Le ventre de la baleine, c’est aussi un archétype : on pense à Moby Dick, mais aussi à Jonas, à Pinocchio. Sortir de ce ventre est un voyage mais également une naissance, et le héros se confronte à la baleine, et à lui-même. Faire sortir son clown nécessite de lutter contre nos idées, c’est une façon de créer notre identité. 

Comment êtes-vous passé du clown qui réalise des numéros à la construction de ce spectacle ?

C’est un terrain nouveau pour moi. Dans une équipe de cirque, vous êtes le fil rouge et vous intervenez pour des numéros. Il y avait toujours une équipe derrière moi, à prendre le relai. 

Ici, j’ai dû trouver le rythme d’un spectacle entier, mais il s’agit moins de raconter une histoire que de passer un moment magique. La scène du chapeau évoque les souvenirs que le personnage a de sa vie sur terre. La lampe – son besoin de connexion amoureuse. La lettre – son besoin d’être compris, de s’exprimer, d’en trouver le courage. 

 

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Vous jouez un peu avec le quatrième mur. Davantage qu’au cirque ?

C’est une des questions du spectacle : le public est-il avec moi dans la baleine ? Quel est mon rapport avec lui ? Le clown, en effet, casse le mur, mais ici, je me place dans un espace intime, et j’ai donc besoin jouer avec ces conventions pour trouver un équilibre entre le lieu, la situation et les besoins de jeu du clown. 

Ce qui est remarquable dans votre jeu, c’est votre maîtrise de la maladresse.

Le clown est un miroir du public, qui compatit pour sa situation, parce que les erreurs du clown, ce sont aussi les siennes. Le clown prend en compte nos faiblesses et les montre. Il donne la permission d’en rire. 

Le spectacle est très physique, car j’adore la technique. Mais mon défi était de faire rire autrement que par la technique. C’était d’emmener le public dans mon monde.   

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Le clown est-il un personnage fondamentalement tragique ?

Je dirais qu’il frôle la tragédie. Chaplin souffre, parce que personne ne veut de lui. Le clown est fragile, il a envie de plaire, d’être aimé, il n’est pas à l’aise dans le monde. 

J’insisterais aussi sur la poésie du clown. En faisant rire, il met les émotions en liberté. Il montre que ce n’est pas si grave…

Pour le public. Mais pour le clown ?

Pour le clown, c’est grave, oui. Mais il apporte de la légèreté dans le monde, il fait retomber les tensions.

 

Crédits photos: Alain Monot 

Natalia LECLERC
About the Author

Notre agrégée de lettres passe en revue tous les articles, les relit, les corrige. Elle écrit pour différentes revues des articles de recherche en littérature et sciences humaines et s'appuie également sur ses multiples casquettes pour développer les partenariats du Poulailler, en russe, en français, en italien... Natalia pratique le théâtre amateur et bavarde à longueur de journée (en russe, en français, en italien...).

 

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