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Artiste associée au Quartz, Marcela Santander Corvalan, née au Chili, est une danseuse chtonienne, puisant dans le sol une énergie que les genoux, protégés comme on soigne son cœur, transmettent à tout le corps.

Si la position accroupie est au centre de sa dernière chorégraphie, Disparue, c’est que le sol a beaucoup à nous apprendre et que les fantômes aiment la fraîcheur de l’humus – ici un carré de praticables, un ring, autour duquel la danseuse marche, puis plus tard court, comme on taille une gemme.

Idole précolombienne, parturiente ou algue marine, la plasticité du corps et du visage (regard, bouche, langue, cuir chevelu, sourcils) de Marcela Santander est remarquable. On pressent qu’en elle insistent le tropisme Japon et la puissance du buto, où le danseur n’est que véhicule, passage d’une force qui le surprend et le métamorphose.

Kaléidoscope de formes que l’accroupissement convoque, moins inconfortable que ne le croit un missionnaire chrétien, pour qui le bas est une bassesse, Disparue enchante. Dans un ensemble maîtrisé jusqu’à l’extrémité des orteils, on s'interroge toutefois sur cette obsession si fréquente dans les spectacles contemporains d’une musique naviguant entre nappes sonores angoissantes à la Eraserhead (David Lynch) et techno beats.

Disparue est un dialogue avec la mémoire, une anthropoétique où le noir amniotique de la scène comme de la chevelure de la performeuse, culotte orange, tunique frangée orange et rouge tombant sur des cuisses dont la tension autorise toutes les audaces, évoque la rémanence des formes telles que pensées par Aby Warbuch dans sa singulière histoire de l’art.

Minéral, végétal, animal, la porosité entre ces ordres est manifeste pour qui perçoit le monde dans sa totalité. Batracienne, Marcela Santander est aussi gorgone, statue de pierre grimaçante, méduse new age, ou nouveau-né magnifiquement grotesque.

Sexualiser la danse aurait été aisé, mais la retenue ici n’en est que plus émouvante, quand l’érotisme avance à l’indienne.

Une voix se fait alors entendre, cristalline, hypnotique, doucement injonctive : "Descends, plus bas, plus bas encore."

Nous sommes sous l’eau, il y a des mouvements sur scène, mais c’est en nous que désormais, puisque nous nous découvrons enceint(e)s, que le travail se fait.

Marcela Santander Corvalan, Disparue, 45mn

About the Author

Agrégé de lettres modernes, chargé de cours à l’Université Bretagne Ouest, dont les recherches concernent notamment la littérature contemporaine. Journaliste free lance.

 

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