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Politiques de l’amitié

Photographe de renommée internationale, Gérard Rondeau est un homme simple, exigeant, généreux. Travailleur inlassable, ayant portraituré aussi bien les plus grands artistes, intellectuels, écrivains (Louise Bourgeois, Jim Jarmusch, Roy Lichtenstein, Jacques Derrida, Susan Sontag…), que témoigné de la guerre à Sarajevo ou des conflits de notre temps, en accompagnant pendant quinze Médecins du Monde dans ses missions, Gérard Rondeau rencontre toujours l’autre comme on se heurte à un mystère.

Nous avons souhaité dialoguer avec lui, à l’occasion de la sortie aux éditions des Equateurs de Shadows, livre autant à voir, qu’à lire et méditer, dans ses ombres, ses silences et ses douleurs.

J’avais posé le monde sur la table, exposition rétrospective à ne pas rater au Cellier, Reims, jusqu’au 6 février 2016 – catalogue éponyme aux éditions des Equateurs.


 

Vous ne photographiez pas en couleur, ou très peu, qu’attendez-vous du noir et blanc?

L’essentiel. Le dépouillement peut-être, l’absence de séduction sûrement.

Dans la préface de votre livre Au bord de l’ombre, Philippe Dagen s’interroge sur la notion de ‘bonne image’. Quelle pourrait être votre définition d’une image ‘réussie’?

Une image silencieuse. Celle qui vous renvoie un doute, une interrogation, qui garde sa part de mystère. Une image qui dit l’histoire et la fiction, une photographie qui suggère plutôt qu’elle ne démontre, qui ouvre un imaginaire, qui donne à voir. Une image que l’on peut garder une vie sur le mur qui nous fait face. Mais je crois en la vertu du silence.

Natte_Gérard_Rondeau

 

Le géographe Yves Lacoste écrivait en 1976 : "La géographie, ça sert à faire la guerre." Vos photographies, notamment de Champagne, témoignent de la violence qu’exerce la guerre sur des terres qu’elle détruit ou remodèle à son image. La Première Guerre mondiale est-elle le traumatisme originaire à partir duquel s’invente votre poétique? Le travail de Sophie Ristelhueber sur les cicatrices du paysage, en Irak ou en Palestine par exemple, vous intéresse-t-il en son versant plus conceptuel?

Je ne crois pas que mes photographies témoignent en général de la violence qu’exerce la guerre sur des terres qu’elle détruit. Qu’elles la suggèrent, certainement. Dans Libera me, film remarquable d’Alain Cavalier, le silence y est assourdissant. Une scène d’un personnage qui se coupe les ongles peut se révéler d’une violence inouïe. Votre question nous renvoie à ma précédente réponse.

La guerre et ses paysages, ici ou ailleurs, ont une place importante dans mon travail. Une enfance en Champagne, la découverte des tranchées – habitées - en Bosnie centrale, si semblables à celles du Chemin des Dames, et ma curiosité d’aller au bout de chemins qui n’arrivent nulle part, tout se mêle. Jusqu’à imaginer dans une autre guerre, au bord des falaises d’Okinawa, le chemin du suicide collectif des infirmières poussées par l’état-major Japonais. J’aime les inventaires, les relevés, la répétition, le travail de Sophie Ristelhueber m’intéresse beaucoup, naturellement.

Vous avez choisi de vivre à Reims, je crois. Pourquoi? Pour la présence fantomatique des poètes du Grand Jeu?

Je n’habite plus Reims depuis une dizaine d’années, mais il est effectivement impossible d’y vivre sans sentir l’odeur de la guerre et croiser les fantômes des "Phrères Simplistes". Il faut imaginer en 1922 quatre élèves, René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte, Roger Vailland et Robert Meyrat, férus de littérature et d’art, dans une même classe d’un lycée et qui courent, dans une ville en pleine reconstruction, le bar du Cirque, le cinéma Cosmos, la Rich’ Tavern, ou qui jouent à la roulette russe la nuit dans le parc de la Patte d’Oie! Je reste très attaché à Reims, à son histoire, aux évènements qui l’ont traversée, et à cette aventure si singulière du Grand jeu.

Théorisez-vous beaucoup votre art?

Non.

Vous aimez, comme Bernard Plossu par exemple, photographier les musées. Est-ce une façon d’aller à la rencontre d’une mémoire dormante, mais disponible?

Une visite au musée est toujours exaltante, même si les collections y sont modestes. Il y aura toujours une peinture qui retiendra notre attention et ce sera la première toile posée dans notre musée imaginaire du jour. Se mouvoir dans les coulisses d’un accrochage ou dans un espace muséal, regarder comment chacun regarde, choisir soi-même sa distance, s’approprier une sculpture en tournant autour ou décider de l’aborder frontalement, arpenter le silence des espaces vides en attente d’œuvres à installer, accumuler des détails, des lumières, constituer des séries, jouer avec les répétitions, montrer des œuvres autrement en déjouant nos habitudes visuelles, quel plaisir! Vous citez fort justement Plossu; nous sommes liés par une complicité visuelle et amicale, et je crois que ce que nous avons en commun est une forme de dilettantisme qui nous rend disponibles.

Être humble devant le monde qui nous entoure et les objets nous élève peu à peu à leur hauteur, cette idée de Goethe - je ne suis pas sûr de la phrase exacte - est à pratiquer chaque jour et sous toutes les latitudes, comme un voyage immobile dans la mémoire dormante et disponible dont vous parlez. La beauté appartient à ceux qui savent la voir, comme le dit Jean-Luc Godard.

La première image de votre livre est une statue en pierre de chat, ou de sphinx, ou de gargouille. Est-ce une façon de placer vos travaux sous le signe de l’énigme, de la noblesse et de l’horreur?

De l’énigme, certainement. Une façon de ne pas livrer le contenu d’un livre dès la première page peut-être.

Que cherchiez-vous au Museo della Specola à Florence? Il y a dans votre œuvre, en contrepoint des artistes que vous avez portraiturés, une fascination pour la défiguration, le masque, le visage caché, les fétiches.

Ces figures peu avenantes sont un rappel à l’ordre, une manière d’utiliser la photographie comme les vanités du 17è siècle. La photographie, qui permet de converser avec les siècles, nous rappelle avec ces figures absentes que l’histoire est chargée de mutilations.

Votre œuvre, qu’il s’agisse de vos photographies faites lors du siège de Sarajevo en 1994, ou des paysages qui vous intéressent, me semble très unie dans sa diversité même, comme si Polemos, dans la Grèce ancienne comme aujourd’hui, était père de toutes choses. Qu’en pensez-vous?

Aborder la guerre par la photographie, ce peut être aussi l’aborder par la non-guerre, par la suggestion, par l’intériorité. Je pense au soldat Fuller qui libère le camp de Falkenau avec l’armée américaine. Le même soldat prend ensuite la caméra que sa mère lui avait envoyée, et se met à filmer. Samuel Fuller prend son temps, il sait que ce temps est important pour les images, il est toujours juste. Falkenau, le film, c’est montrer la guerre avec humilité, avec une grande justesse.

Une photographie prise dans le presbytère abandonné d’Yves Gibeau, l’auteur d’Allons z’enfants, représente un livre posé sur un recoin de fenêtre. Ce livre, c’est La guerre notre mère d’Ernst Jünger. Cette image semble dire que Polemos est bien le père de toutes choses. L’unité dans mon travail, du siège de Sarajevo à mes paysages, est certainement autre, et si elle dit la guerre et la mort, elle évoque souvent une absence, ou la présence d’une certaine absence. Un moyen encore de donner à voir.

Votre regard a-t-il été peu à peu transformé, ou renforcé, par vos missions auprès de Médecins du Monde pendant près de quinze ans?

Dans les années 70, je suis parti très jeune comme coopérant au Sri Lanka pour diriger pendant deux années une Alliance française. Nous étions alors empreints de certitudes, gauchistes et persuadés, pour revenir à Polemos dans votre précédente question, que le combat était père de toutes choses. Ce long séjour en Asie, qui fut comme une ouverture formidable sur un autre monde, élimina mes certitudes, m’apprit à voir, à apprendre, et bouleversa à jamais mon rapport à la vie, au temps. Pour revenir au « Grand Jeu », c’est certainement là-bas, sans encore le formuler, que je compris que le « Grand Jeu » était irrémédiable et qu’il ne se jouait qu’une fois. J’étais prêt moi aussi à le jouer, peut-être pas à tous les instants de ma vie (quoique!), mais au moins à mon retour en France. Je décidai quelques temps plus tard de ne me consacrer qu’à la photographie, sans d’ailleurs rien y connaître, et d’imaginer différemment le temps d’une vie, la mienne.

L’expérience de Médecins du Monde répond à la fois à l’engagement et à l’envie de comprendre. Mon premier départ fut pour Bucarest le 22 décembre 1989.

Ce soir-là, un ami anesthésiste engagé dans Médecins du Monde m’entraîna à l’aéroport d’Orly : là, une partie du hall numéro 2 était occupée par une bande de médecins aux allures d’aventuriers. Ils étaient spécialistes du sida, chirurgiens, ou généralistes, appartenaient tous à MdM, et attendaient le départ hypothétique d’un avion affrété par l’ONG pour la Roumanie. Nous fûmes les premiers à entrer dans la ville de Bucarest libérée du joug des époux Ceaucescu. Depuis cette date, et jusqu’à la ville de Banda Aceh balayée par le Tsunami en janvier 2005, j’entrepris de les suivre du Niger à Saint-Pétersbourg, du Kurdistan irakien aux Balkans.

Ces missions m’ont permis de vivre certains tourments de l’histoire contemporaine, de partager la belle et généreuse entreprise de ces French Doctors. J’étais en empathie avec ces derniers francs-tireurs de l’époque. Mon regard, certes renforcé par ces missions, est toujours resté lucide et solitaire, préférant les coulisses au geste humanitaire, se nourrissant là aussi de routes qui n’arrivent nulle part, d’architectures ou de décors décalés, de détails et d’inventaires.

Vous aimez les artistes telluriques. Je pense au peintre Rebeyrolle par exemple. Vos nombreux portraits d’artistes, dont une grande part était des commandes pour le journal Le Monde, sont-ils une façon d’aller à la rencontre de qui travaille à sa façon à la fabrique de contrepoisons?

J’avais effectivement précisé dès le début de ma collaboration avec Le Monde que je ne souhaitais pas faire des portraits autres que ceux d’artistes, écrivains, cinéastes etc. Plaisir égoïste de rencontres singulières. Partager une journée à Ste Marguerite-du-Lac-Masson, au Québec, avec Riopelle qui ne souhaite pas me voir repartir et qui me prend en otage, rencontrer à Méribel-les-Allues Charlotte Perriand qui rit tout le temps dans son chalet aux allures de refuge japonais, converser avec Joan Mitchell à Vétheuil ou à New York avec Louise Bourgeois, écouter George Steiner à Cambridge me parler de l’art et des conservateurs en caressant son grand chien blanc, photographier Derrida dans son minuscule bureau, quels huis clos, et quelle chance!

Avec aussi des moments improbables - toujours grâce à la photographie : à Tanger, rue des amoureux (!), traverser un appartement enfumé et découvrir dans la petite chambre du fond, au milieu de dizaines de livres et de boîtes de médicaments, sur son lit, le dos rehaussé par deux oreillers, Paul Bowles qui vous attend avec le sourire, s’asseoir à Paris devant Serge Reggiani et l’écouter chanter La Putain a capella, juste pour vous, être reçu à New York par le maître du pop art, le grand Roy Lichtenstein dans son immense atelier sur les bords de l’Hudson River, ou découvrir au fond de la forêt de Fontainebleau, dans une petite maison isolée, Jean Meckert dit Jean Amila affublé d’un grand manteau, des boîtes de conserves en vrac sur la table devant lui et qui est là, à vous attendre…

Aller soudain à la rencontre de gens que vous êtes obligé de lire ou relire avant la rencontre, être forcé de (re)visiter leur œuvre avant de les voir, quelles contraintes magnifiques ! Alors oui, préférer les rencontres avec ces fabricants de contrepoisons, rencontres chargées d’enseignements et souvent enthousiasmantes.

Qui sont vos amis proches parmi cette constellation de noms que vous avez approchés?

Paul Rebeyrolle, Bernard Frank, Yves Gibeau, avec quelques décennies de plus que moi ils étaient les plus jeunes de mes amis. Pour ceux que j’ai la chance de voir souvent, Jean-Paul Kauffmann, Zlatko Dizdarevic, Henri Gaudin. Sans oublier ceux que l’on voit peu mais avec qui on échange messages téléphonés ou mots amicaux et mystérieux, comme Alain Cavalier, et ce depuis de longues années. Une complicité depuis Sarajevo sur l’image, la guerre – et la vie, forcément. Penser à revoir Libera me!

Auriez-vous aimé rencontrer Antonin Artaud? Vous êtes allé vers lui à Ville-Evrard.

Je n’y ai jamais pensé. Mais aller avec Alice Debord à Ville-Evrard sur les traces d’Artaud dans le pavillon "Tramontane" où il était interné de 1939 à 1942, errer dans les lieux vides, abandonnés, dans un hôpital encore en fonction, et lire ensuite le talent et la folie d’Artaud, si ce n’est pas le rencontrer, c’était déjà l’approcher.

Le photographe et grand portraitiste Richard Dumas était employé également par Le Monde. Avez-vous eu l’occasion de croiser vos réflexions concernant l’art du portrait?

J’ai participé avec à une exposition collective sur le portrait imaginée par VU. Je n’ai jamais eu le plaisir d’échanger avec lui, mais je trouve comme vous que c’est un grand portraitiste.

La façon dont vous avez composé et monté votre livre correspond-elle à l’idée de votre exposition ayant eu lieu récemment à la MEP à Paris?

Un livre ressemble et diffère d’une exposition, même si les photographies sont en grande partie les mêmes. J’ai bien étudié le lieu que l’on m’attribuait à la MEP, trois salles situées dans la « partie noble » du lieu. Je n’ai utilisé aucun tirage photographique existant, pour mieux faire tirer les images, chacune au format souhaité par rapport aux salles, il faut là aussi être humble devant l’espace.

Il doit y avoir une vertu pédagogique dans une exposition, mais la réussite est atteinte lorsque le visiteur ne suppose pas le travail qui a présidé à sa mise en situation. J’ai choisi à la MEP de jouer sur la taille de chaque photographie, avec quelques rares grands formats mais de nombreux petits. Une façon de forcer le spectateur à s’approcher puis à s’éloigner, lui suggérant ainsi un voyage photographique – le mien, mais en lui laissant aussi le soin de se l’approprier et de composer ainsi son propre parcours.

Pour le livre, j’ai travaillé avec Valérie Gautier, directrice artistique dans une grande maison d’édition avec qui j’ai déjà fait une dizaine de livres. Nous procédons à chaque fois de la même manière : je lui suggère des doubles pages avec souvent une ou plusieurs photos complémentaires que je ne souhaite pas forcément voir, ceci de façon à lui laisser un espace de liberté. Nous montons ensuite le livre ensemble, un véritable plaisir, car notre vision respective des pages concorde presque toujours, et dans le cas contraire les solutions se trouvent avec une rapidité qui continue de me surprendre. Mais si comme dans une exposition le livre propose un espace à combler, il se limite à des doubles pages que l’on doit ensuite ordonner, le chemin de fer du livre. Dans le cas de Au bord de l’ombre, une photographie en petit format dans l’exposition peut se retrouver en double page du livre et le contraire est vrai. Je dois dire qu’indépendamment de la photographie elle-même, j’ai beaucoup de plaisir à travailler sur une édition.

 

Louise Bourgeois par Gerard Rondeau

Louise Bourgeois par Gerard Rondeau

Vous écrivez beaucoup sur vos photographies, qu’il s’agisse de phrases du philosophe Gaston Bachelard, de fragments de poèmes d’Apollinaire, ou de citations des auteurs du Grand Jeu comme Roger Gilbert-Lecomte ou René Daumal. Qu’attendez-vous de la confrontation entre mots et images? Qui sont vos auteurs de prédilection?

Certaines lectures, certaines photographies, certaines périodes, certains états d’âme me poussent de temps en temps à confronter mots et images. C’est souvent très spontané, et je n’en attends rien de particulier. Mes travaux en cours, exposition ou livre, sont aussi un bon prétexte pour la confrontation : dans mon aventure "Le Bateau sur la Marne", l’ombre de Bachelard surgit à chaque méandre, concernant la guerre, Apollinaire est toujours là, présent physiquement aussi par la géographie de « sa » guerre qui se termine par une blessure au bois des Buttes, mais ce pourrait être Joë Bousquet… Derrière les ruines et la profondeur de la nuit, Rodin se pointe en Commandeur, quant au "Grand Jeu", la correspondance croisée de René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte est une mine pour une confrontation entre mots et images.

Vous photographiez une série de Christ renversés, le visage troué. Dieu est-il mort pour vous aussi, pulvérisé dans les champs de bataille de l’Est?

Pas de blasphème concernant le Christ, une violence là encore silencieuse, mais après tout, on peut penser aussi que les calvaires ont déserté nos campagnes et que la fonderie ne trouve plus preneurs pour ces Christs. Des images, pas de message.

Vos images montrent parfois une bouche ouverte, de laquelle semble surgir une parole muette, ce qui me fait penser au texte de Walter Benjamin, Expérience et pauvreté, qui est une réflexion sur le silence des fils revenus d’une guerre incommensurable à toute parole. Comment continuer à parler aujourd’hui?

Nous avons à l’initiative de Francis Bueb créé à Sarajevo en 1994 - pendant le siège - le Centre Malraux qui fut jusqu’à l’année dernière (année qui marqua la fin de l’aventure) très actif avec de nombreuses rencontres européennes autour de la littérature, du cinéma, de la photographie. Ces vingt ans d’existence furent un modèle d’initiatives, de parole(s) et de ponts jetés entre Sarajevo, l’Europe et la France. Parler aujourd’hui est toujours possible mais le porte-voix d’Internet qui favorise la propagation de la parole ne laisse souvent que peu de place à la réflexion, au discernement, aux perspectives à long terme. Expérience et pauvreté est un texte poignant, mes images montrant parfois une bouche ouverte ne sont que des cris silencieux. Juste une façon de m’exprimer, aucune résignation.

Votre hommage à Cabu est très émouvant. Pouvez-vous décrire cette séquence de trois images que vous lui consacrez à la fin de votre livre?

J’avais fait un film de 52 mn sur lui il y a presque trente ans, film dans lequel nous déambulions dans sa vie d’alors, le Canard enchaîné, Dorothée, Charlie Hebdo, je l’avais fait revenir à Châlons-sur-Marne, sa ville natale (et la mienne), nous étions allés sur les traces du Grand Duduche et de la fille du proviseur, j’avais retrouvé le modèle de son « beauf », un patron de bistrot ; nous avions aussi passé des moments émouvants et conviviaux avec ses parents. Nous nous sommes revus régulièrement, et il y a trois ou quatre ans, Cabu a participé aussi avec sa gentillesse coutumière à mon « Bateau sur la Marne ». Je l’ai vu faire de nombreux dessins durant ces tournages, j’ai toujours été impressionné par sa rapidité, son intelligence et son grand talent.

J’étais en bouclage du livre quand l’événement » est arrivé. J’avais une photographie d’un buste d’homme troué par une balle en 1914 (mort deux fois) prévue dans le chapitre sur la guerre. Cette image a rejoint au dernier moment la double page Cabu : elle est désormais au-dessus d’un portrait de lui souriant dans son appartement parisien et en regard d’un portrait en pied réalisé dans le lycée de Châlons qui fut la source d’inspiration de quelques-uns de ses personnages les plus importants. Je n’aime pas m’arrêter sur cette page.

Quels sont vos travaux les plus récents? Le nu vous intéresse-t-il?

Tout est toujours en devenir et je travaille simultanément sur plusieurs projets qui se déclineront je l’espère en film, livre ou exposition. Je suis toujours prudent sur les travaux en cours ! Le nu m’intéresse, j’en ai fait assez peu, mais je commence justement à travailler sur le corps.


 

Photo principale : Cabu, par Gérard Rondeau

Propos recueillis par Fabien Ribery

About the Author

Agrégé de lettres modernes, chargé de cours à l’Université Bretagne Ouest, dont les recherches concernent notamment la littérature contemporaine. Journaliste free lance.