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Le 9 décembre 2015 à la Carène, le concert s'ouvre par une douce ballade écossaise voix et guitare, un duo qui réunit Rosemary Standley et Stephan Zimmerli et qui nous laisse penser que Moriarty est bien un groupe de folk. Mais ce soir-là, en réalité, c'est une bonne partie de l'histoire de la musique américaine qui vibre et nous anime, d'émotion en émotion, du blues au rock (parfois n'roll), des sonorités country au bluegrass et à la folk music. Tout cela sur fond d'un "british humor" parfois grinçant. On est à Greenwich Village (il paraît d'ailleurs que les beats n'ont jamais aimé les folks), ou bien dans la brume de Big Sur California, ou encore à Nashville Tennessee... et pourquoi pas sur les rives du Mississipi. La Carène devient une œuvre littéraire : celle de Jack Kerouac ou d'Allen Ginsberg. Et dans nos têtes défilent des photographies de Robert Frank.

Moriarty (le groupe) pourrait bien être la descendance de Woody Guthrie

Alors, Epitaph ? Ou héritage ? Tout se croise, se recroise et commence avec le nom, Moriarty, personnage de Kerouac (Sur la route). Rosemary Standley fait référence à Hank William ; son timbre reconnaissable entre tous, son humour, sa posture font d'elle la digne héritière des sœurs Carter. Arthur B Gillette, chemise boutonnée à l'arrière telle une camisole de force, a plusieurs choses en commun avec Bob Dylan (qui, soit dit en passant, exprimera à plusieurs reprises son mépris pour le personnage Moriarty). En premier lieu, la coiffure,  puis le génie et un certain degré de folie. Moriarty (le groupe) pourrait bien être la descendance de Woody Guthrie, pour qui Bob Dylan écrit en 1963 dans 11 outlined Epitaphs (tiens, Epitaph) qu'il a été sa "dernière car première idole", celle qui lui enseigna "que les hommes sont des hommes".

Personnalités charismatiques, musiciens hors-pair au charme et à l'humour ravageur, Moriarty propose un univers de poésie et d'histoire(s) contée(s) en franglais, alternant légèreté et gravité. Thomas Puéchavy, à l'harmonica, dégaine à tout va et fait sonner le blues, la mélancolie du voyageur solitaire. La musique de Moriarty n'est pas qu'héritage ; dans un enchevêtrement de sonorités anciennes et modernes, elle est écriture, recherche, expérimentation. Grand frisson devant cette bande de copains qui rend hommage à leur compère absent de la tournée depuis le 13 novembre 2015, blessé au Bataclan et en "réparation" pour deux ans. Dans un acte de résistance, ils chantent côte à côte, alignés dans une union qui efface toute notion de leader. C'est peut-être cette dernière image qui l'emporte et qui inscrit davantage Moriarty dans la tradition folk, porteuse, plus que chez les beatniks dont la tendance se situe plutôt du côté de la dérive et du scandale, d'une conscience politique affirmée.


 

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Se plonger dans la Beat Generation à travers une chronique de Fabien Ribery sur Kerouac, Cassady and co

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About the Author

Rédactrice et photographe. Enfant, elle a des correspondants un peu partout. Elle écrit des lettres à longueur de journée (même en classe), les envoie parfois – pas toujours. Plus tard, elle est diplômée de sciences-po Bordeaux et d’un MASTER en management du spectacle vivant.

 

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