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Petit résumé de l'année 2015 pour Anaïs Cloarec: Le Concerto pour salopes en viol mineur, le Kabarê Solex (Dérézo), le chant au conservatoire, le collectif Le maquis, la série télévisée Parias, les spectacles en appartement, Commun/e et Traverscité (le théâtre du Grain), la création avec Antonin Lebrun, les fictions sonores...

Gamine, Anaïs Cloarec prend des cours de danse et de chant. Elle se souvient des cours de chant... c'était au Centre de Création Musicale, sous le Quartz. Un lieu qui n'existe plus. Une ambiance un peu hippie. "Gamine", c'est le nom que lui donne son partenaire à la scène, son confident, son ami, son voisin, Antonin Lebrun. Gamine, c'est ce qu'elle était encore lorsqu'elle quitte Brest pour aller suivre sa formation en art dramatique à Rennes auprès de Régine Trotel, puis à Angers au conservatoire. Gamine, c'est ce qu'elle est un peu moins après quelques mois passés à Lyon où elle obtient son diplôme d'études théâtrales au CRR avec la mise en scène d'un Fassbinder.

L'été 2010, elle revient à Brest et interprète avec un contrebassiste les nouvelles d'Hervé Bellec, qu'elle lisait lorsqu'elle avait le mal du pays. Elle joue dans les bistros et Simon le Doaré lui propose un rôle dans la pièce Ekko (Compagnie Hiatus). S'en suivent d'autres collaborations: Charlie Windelschmidt, Lionel Jaffrès, Morgane Le Rest, Françoise Daunay... des noms qui symbolisent selon elle un rapport simple au théâtre, sans faux-semblant.

Des gens qui l'ont aidée à "grandir" parce qu'ils questionnent nos fonctionnements d'individus, de groupe, de société. 

La création

Elle affirme progressivement son "théâtre". Il est engagé, il interroge, il est à la fois contemporain et populaire, rapporte la parole de penseurs connus et anonymes. Il est également proche de la performance artistique et elle cherchera à comprendre pourquoi à travers un diplôme universitaire qu'elle obtient à Besançon: Arts, danse et performance. 

Aujourd'hui, Anaïs Cloarec monte sa propre compagnie, un outil pour créer, concrétiser ses envies, comme celle d'explorer l'intime comme objet de performance et de discours artistique. C'est dans cette ligne que s'inscrit la création en cours depuis l'été 2014 avec Antonin Lebrun. Pourquoi nous ne sommes pas ensemble prend la forme d'une conférence théâtrale évolutive qui questionne le couple qu'ils ne sont pas, ainsi que leurs représentations du "couple" héritées de schémas familiaux, d'expériences passées, mais aussi d'histoires cinématographiques (par exemple Enfants du Paradis de Marcel Carné pour Antonin).

Ce travail implique une introspection méthodique et complexe, une réflexion à partir de textes de penseurs, de poètes, de dramaturges. Interroger le couple, c'est interroger le sentiment amoureux, le désir, la vie à deux, la part du "naturel" et du "culturel" dans ces relations, la fidélité, mais aussi le célibat et l'image du célibataire dans nos sociétés occidentales. 

On pense alors à No Sex Last Night (1992), un témoignage filmique de Sophie Calle et Greg Shephard, en couple depuis un an qui sont à la fois les réalisateurs, les cameramen, les scénaristes et les acteurs de ce film. Ce n'est donc pas une surprise si Sophie Calle (dont les œuvres s'ancrent dans le domaine de l'intimité et de la sentimentalité vécue) constitue une influence importante pour Anaïs Cloarec. Le texte de la poète Albane Gellé, Je te nous aime, l'oeuvre de Sandra Reinflet, Je t'aime maintenant, sont d'autres mots qui impactent sa pensée.

Le stage

Dans le prolongement de ce travail de création, Anaïs Cloarec donnera du 1er au 8 août un stage de réalisation théâtrale. Proposé à des adultes amateurs ou professionnels ainsi qu'à des personnes n'ayant jamais pratiqué le théâtre, ce temps est une invitation à confronter son intimité au plateau.  C'est à partir de textes/scènes "d'amour" écrit(e)s par Joël Pommerat (dont on peut déjà retenir la citation suivante : "il n'y a pas d'amour, il n'y a que des manques d'amour") que les stagiaires seront mis en scène. Ces textes, belles partitions d'acteurs, constituent aussi une protection afin que les personnes n'aient pas à se raconter complètement (non, ce n'est pas une thérapie).

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C'est parce qu'elle est comédienne qu'Anaïs aime la direction d'acteurs. Être au plateau, c'est accepter une situation de fragilité et savoir que l'on n'a pas complètement conscience de ce que l'on transmet. La direction implique en revanche une posture plus globale qui doit justement prendre en compte cette fragilité des acteurs.

C'est à travers son attachement au collectif Le maquis, des projets mis en oeuvre avec ses membres qu'Anaïs expérimente la transmission différemment, notamment par le prisme de l'éducation populaire : questionnement de la hiérarchie, apprentissages en co-construction... C'est donc dans cet esprit que le stage est envisagé.

Infos pratiques:

Du 1er au 8 août à l'espace du Maquis (Rue Victor Eusen / St Pierre / Brest)

Restitution publique en fin de stage: Samedi 8 août à 19h30 (au Maquis).

Renseignement: compagnie@anaiscloarec.com

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Extraits d'une déclaration de non-amour

Je ne peux pas être avec toi... parce que tu refuses de faire deux choses en même temps / Parce que parfois tu portes un poncho / Parce que tu fais de l'eczéma / Parce qu'il t'arrive souvent d'être déprimé / Parce que tu fais de la marionnette et que souvent je trouve ça ringard / Parce que tu es capable de faire se chevaucher deux histoires / Parce que tu adores les vieux films / Parce que tu es souvent absent / Parce que sexuellement tu me parais trop libéré / Parce que tu manques de virilité et d'un côté cow-boy / Parce que j'ai envie de la passion / Parce que tu ne m'as pas aimée dès la première fois / Parce que l'admiration que j'ai pour toi deviendrait problématique...

 

About the Author

Rédactrice et photographe. Enfant, elle a des correspondants un peu partout. Elle écrit des lettres à longueur de journée (même en classe), les envoie parfois – pas toujours. Plus tard, elle est diplômée de sciences-po Bordeaux et d’un MASTER en management du spectacle vivant.

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