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Antonio Moresco, Fable d’amour, traduit de l’italien par Laurent Lombard, Verdier, 2015

Ce n’est pas juste, mais les écrivains italiens partent toujours avec une longueur d’avance quant au désir que nous avons de découvrir leurs textes.

Parce que, malgré la soumission au Spectacle, il y a en Italie une telle réserve de beauté disponible pour chacun, qu’il se pourrait bien que le verbe en soit lui-même illuminé.

Au pays de Dante, Antonio Moresco écrit des fables, qui sont des contes où l’impossible soutient l’horizon.

Croire que l’impossible peut être possible, n’est-ce d’ailleurs pas la meilleure façon de supporter l’existence ?

Dans Les Impardonnables, la poétesse et mystique Cristina Campo a décrit ces multiplicités d’annonciations voilées, faisant de notre quotidien, pour qui a les yeux décillés, un festival de merveilles. Antonio Moresco la cite à la fin de son livre, dans une « Note pour l’édition française » : « La leçon obstinée, inépuisable, des fables consiste en une victoire sur la loi de la nécessité, dans le passage constant à un nouvel ordre de rapports et absolument rien d’autre, parce qu’il n’y a absolument rien d’autre à apprendre sur cette terre. »

L’extraordinaire gît au creux de la solitude, qu’il faut tenter de retourner en faveur.

Fable d’amour dit ainsi l’inouï d’une rencontre entre une femme superbe et un abandonné, un clochard, son désir de le toucher, le laver, l’aimer, l’accueillir, puis étrangement de l’abandonner, avant que de le retrouver au pays des morts, qui est une vie comme une autre, mais à l’envers, puisqu’on y rajeunit.

Chez Moresco, les morts peuvent revenir chez les vivants, et prendre les apparences les plus inattendues, celle d’un pigeon piteux par exemple, cognant le bec à votre porte la nuit.

Fable d’amour - très bien traduit - est l’histoire bouleversante de Rosa et Antonio, la belle devenant un temps à son tour clocharde afin de rester fidèle à son désir. Comme son amoureux, la merveilleuse connaîtra la vermine grouillant dans les cheveux et le pubis.

Pourquoi la vie est-elle plus dure encore pour les femmes dormant dans la rue ? Parce qu’il y a l’épouvante du viol, et que le corps étendu sur un carton de salut n’arrête pas l’écoulement des règles, qui est, malgré soi, un sang offert en sacrifice, trempant le macadam.

Aux cœurs devenus secs, le pardon est possible, qui est un long voyage pour accepter la beauté d’un réel dont l’ordre secret, aussi sordide ou inimaginable soit-il, commande la rencontre des destins.

La moindre caresse subvertit la dureté omniprésente de notre condition.

Laver l’autre, le parfumer, pour le transfigurer, par hospitalité.

Le baiser à pleine bouche est un plongeon dans la mer.

Les fables d’Antonio Moresco - en 2014 paraissait aux éditions Verdier le premier volet de ce qui sera un triptyque, La Petite Lumière, en attendant Les Incendiés - aussi étranges qu’elles puissent paraître, progressent avec un aplomb et une logique pourtant évidente.

Après un long périple, Rosa s’endort dans les bras d’Antonio, c’est le début et la fin du monde.

Nous naissons tous pour que quelque chose de grand advienne.

« Il n’y a rien d’autre à raconter. Dans la vie, il n’y a rien d’autre. Rien d’autre. »

About the Author

Agrégé de lettres modernes, chargé de cours à l’Université Bretagne Ouest, dont les recherches concernent notamment la littérature contemporaine. Journaliste free lance.

 

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