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Depuis 2014, le travail de Vincent Gouriou est présenté dans de nombreux lieux de la photographie contemporaine en France et en Europe : via le festival Circulation(s), au 104, dans les couloirs de la RATP et au mois européen de la photo à Sofia (Bulgarie) mais aussi lors de la quinzaine photographique de Nantes, au festival de l’image publique à Rennes, au Kuala Lampur International Photoawards. Il a également fait partie de la sélection officielle du mois de la photo à Paris et récemment encore son travail a été sélectionné par le « Pride photo awards » d’Amsterdam.

L'actualité automnale pour Vincent Gouriou, c'est un atelier sur le portrait qu'il proposera au Centre Atlantique de la Photographie les 29 et 30 octobre 2015. C'est également une exposition à la médiathèque de Lorient dans le cadre des 21èmes Rencontres Photographiques organisées par la galerie Le Lieu. Des rencontres qui questionnent les notions de famille et de communauté et qui s’inscrivent ainsi dans la continuité de la programmation initiée par la galerie depuis le début de l’année 2015.

Les images sont présentées sous la forme de huit séries de portraits au sein desquelles Vincent Gouriou continue de chercher la singularité des individus, notamment dans leur manière de vivre la famille. Si toute vie de famille est singulière, il en est qui sont plus difficiles à « accomplir » parce qu’elles se heurtent aux dispositions légales, aux « mœurs » des autres, aux croyances collectives.

Deux ans après les manifestations liées à la loi portant sur le mariage pour tous, vous proposez une série sur les familles, à entendre définitivement au pluriel, qui pourrait presque constituer un acte militant. Votre série signe-t-elle un discours politique et n’avez-vous pas peur que le discours enferme ou réduise le sens de votre travail ?

C’est une série qui, d’une part, prolonge mon travail sur la différence et qui, d’autre part, a effectivement été initiée par les débats publics liés à la famille, débats dont la violence a affecté un grand nombre de personnes. Cette série questionne les nouveaux modèles familiaux et leur possibilité d’existence.

Cela dit, c’est avant tout un travail personnel. Si elle touche, si elle constitue aux yeux des autres un acte militant, tant mieux et j'assume complètement ce discours politique mais ce n’est pas mon objectif de départ. J’ai construit cette série en lien avec des personnes dont l’histoire ou l’univers me touche, avec des amis également. Il est possible en revanche que les personnes qui ont accepté de poser pour moi l’aient fait avec une dimension militante, une recherche de reconnaissance également.

Les familles photographiées sont toutes confrontées au regard et à une part d’incompréhension de la part de la société : familles monoparentales, familles homoparentales, couples sans enfant, personnes en transition quant à leur détermination sexuelle, sœurs jumelles inséparables, mais aussi religieuses (dont on dit qu’elles sont « mariées à Dieu »).

Même si la plupart des réactions ont été chaleureuses lors de l'inauguration, certaines ont parfois été surprenantes et mettent en avant le rapport que chacun entretient avec la différence. Certains ne perçoivent pas ou ne comprennent pas la nécessité de mettre en image l'évolution des modèles familiaux et sociétaux. Pour d'autres, cela pourrait même avoir un effet stigmatisant. Selon moi, donner la possibilité à ces personnes d'exister à travers ces images, c'est aussi leur donner une place dans une société au sein de laquelle il n'est pas si évident d'affirmer d'une part son homosexualité (par exemple) et d'autre part son souhait de devenir parent. Dans certains contextes, dans certains milieux artistiques ou intellectuels, parisiens notamment, cette difficulté d'existence n'est pas perçue immédiatement. Mais je souhaite rappeler qu'il y a encore, en France, des personnes qui se font casser la figure (ou pire), en raison de leur orientation sexuelle.

Qu'est-ce qui fait la « famille » selon vous ?

Je me suis posé la question de ce que l’on attend d’une famille : l’amour, l’affection, la protection. Pour moi dès lors que deux personnes sont dans ce type de relation, il y a famille.

Comment éviter justement la dimension stigmatisante, la catégorisation des individus ?

J'essaie de l'éviter avec une approche photographique qui consiste à ne pas me positionner uniquement en tant qu'observateur, à m'impliquer, me rapprocher du sujet et donner à voir l'universalité dans la spécificité. J’ai rencontré des personnes tout à fait différentes et il m'a semblé important de restituer des singularités au sein même de ce que d'autres pourraient considérer comme étant une seule catégorie de personnes. L’homosexualité ne constitue pas un choix de vie. Vivre en centre Bretagne dans un village de cent habitants et subvenir soi-même à ses besoins en cultivant, comme le font deux hommes que j'ai photographiés, ça c'est un choix de vie. Un choix de vie rude, simple, assez éloigné des stéréotypes gays d'ailleurs.

vincent gouriou

vincent gouriou

D'après vous, pourquoi la photographie contemporaine s'intéresse t-elle autant à la sphère de l'intime ?

Je ne peux répondre à la question pour la photographie contemporaine, mais en ce qui me concerne, j'ai le sentiment que cette photographie de l'intime m'inclut dans la sphère de l'autre. Elle me permet de briser le mur que peut représenter l'appareil photo et de dépasser le statut de simple observateur. Je crois qu'elle favorise également l'empathie que le spectateur peut ressentir vis-à-vis de mes sujets. Plus on se rapproche de la personne et plus on est en mesure de dépasser les codes auxquels elle nous renvoie a priori.

Est-ce que photographier des enfants a changé votre manière d'organiser une prise de vue ?

Disons que souvent, lorsque je sors d'une séance avec des enfants, je suis épuisé et j'ai le sentiment qu'il n'y a rien de bien qui en ressort (visuellement parlant). C'est très rapide, une demi-heure, on ne peut pas aller au-delà. Je ne peux pas les faire poser. Je leur propose des actions où je les photographie chez eux dans des scènes du quotidien. La photographie avec les enfants me contraint à adopter une posture moins frontale et contrôlée. Finalement, cela m'a appris à travailler davantage dans l'action et à me laisser surprendre par la spontanéité de la scène et parfois par d'heureux accidents !

À partir de quand considérez-vous qu'un ensemble d'images constitue une série ?

Mes séries évoluent. Je crois que je ne les termine jamais complètement.

Avez-vous envisagé le format livre pour votre travail ?

J'aimerais. Mais j'ai peur de la signification que peut avoir un livre : une porte qui se referme sur une série. Cela dit, si on me proposait de faire un livre, je serais très heureux.

Le 29 et le 30 octobre, vous allez proposer un atelier sur la thématique du portrait au Centre Atlantique de la Photographie. Comment envisagez-vous votre intervention ?

Cet atelier a été mis en place suite à une invitation de François-Nicolas L'Hardy, qui coordonne le Centre Atlantique de la Photographie. J'ai moi-même participé à de nombreux workshops et les intervenants que j'y ai rencontrés ont accompagné la construction de mon écriture. L'idée de cet atelier est d’accompagner les stagiaires à trouver un voie – et une voix – qui leur soit propre, de les aider à trouver une orientation cohérente et personnelle.

Je proposerai d'abord un temps de présentation des travaux que les stagiaires ont éventuellement déjà réalisés. Puis j'inviterai chacun à expérimenter le portrait de manière concrète pendant l'atelier. En terme de technique, j'aimerais évoquer mon rapport à la lumière, comment l'approcher, comment l'aborder. Il s'agit enfin de proposer des pistes de réflexion sur la manière dont on dirige un sujet. C'est un atelier ouvert à tous, photographes débutants et confirmés qui souhaitent confronter leur manière de faire au regard des autres.

Informations pour l'atelier : 02.98.46.35.80

http://vincentgouriou.com/

About the Author

Rédactrice et photographe. Enfant, elle a des correspondants un peu partout. Elle écrit des lettres à longueur de journée (même en classe), les envoie parfois – pas toujours. Plus tard, elle est diplômée de sciences-po Bordeaux et d’un MASTER en management du spectacle vivant.

 

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