Concerto pour salopes en viol mineur

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Les quatre femmes entrent et s'installent pour se préparer avant d'entamer leur concerto. D'abord s'enfouir sous les perruques et les lunettes noires, éléments communs de la confession anonyme. Puis accorder les violons, pour mieux exprimer ce qu'on attend d'elles.

Mais les mots ne viennent pas. L'hésitation laisse place au silence. À la violence physique d'un silence insurmontable. Et puis, comme une valve qu'on aurait ouverte d'un coup sec, le flot des mots coule enfin. Un flot continu de souvenirs, de confessions simples, crues et détaillées.

Les quatre concertistes jouent leurs solos, passant en revue toutes les épreuves. Le viol, bien sûr, mais aussi les silences gênés, le regard des autres, l'impossibilité de l'oubli et les reproches dus aux victimes.

Les gestes et la musique de Vivaldi, dans ses envolées fulgurantes de la saison d'été, tranchent avec la résignation calme de ces femmes lorsqu'elles se livrent entre elles ou au public. Et les poussent aussi parfois à des hurlements de colère et de révolte.

La difficulté de la prise de parole est parfaitement tangible. Les réactions physiques de leur corps au verbe sont aussi percutantes que les coups qu'elles ont endurés.

 

Ces mots qu'elles n'osent pas dire, qu'elles ne veulent plus entendre ou ne peuvent plus prononcer, il faut pourtant les expulser. Les jeter au visage d'un monde qui préférerait les savoir silencieuses.

Quatre voix de femmes, quatre corps et une multitude de pensées pour réagir au viol.

Si la seule voix masculine qui s'élève est monstrueuse et assène des arguments trop souvent entendus – ou pire, admis – c'est pour mieux rappeler la banalité insoutenable des faits.

Le dispositif scénique est d'une simplicité sobre. Un unique canapé central accueille les comédiennes sous les lumières vives de Thomas Ury, alors qu'elles se passent de main en main un micro tantôt menaçant, tantôt salvateur.

La mise en scène d'Antonin Lebrun accorde une importance révérencieuse au geste et à la musique et se permet la délicatesse du détail et du symbole discret mais bien présent. Le texte de Jessica Roumeur, quant à lui, est d'une sincérité étonnante car il est rare de ne pas s'enliser dans un sujet aussi sensible. Le parti pris d'aborder autant de postures dans une pièce aussi courte se traduit par un succès emmené par le courage et l'honnêteté.

Les différentes formes de paroles et d'attitudes, de la conversation de salon au cri de rage folle, sans oublier la trahison du silence ou de l'oubli confortable, font de ce concerto, un hymne de la force, scandé par les salopes qui ont refusé de se taire.


 

Texte écrit à l'issue de la répétition générale, le 22 juin 2015. 20H30. La pièce sera jouée jeudi 25 juin 2015 dans le cadre d'une soirée thématique à L Cause (4 rue Ernest Renan). La représentation sera précédée d'une lecture du texte « 3430 » de Marine Bachelot et suivie d'un débat-bouffe. Entrée libre Cie La Divine Bouchère – Louise Forlodou et Jessica Roumeur. 06.76.99.58.16 / 06.63.21.17.26 - ladivinebouchere@gmail.com

Les photos de cet article ont été réalisées par Mélanie Bodolec

 

 

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