Un mouton dans la ville

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DSC_1591Le mouton à cinq pattes est une sacrée bonne nouvelle. Et il y a plusieurs raisons à cela. La première, c’est que Le Poulailler a enfin un repaire pour caqueter tout en picorant. La deuxième, c’est que ce mouton fait un pied de nez à ce que l’on a coutume (depuis 2007) d’appeler « la crise ». A l’instar de l’association Court-Circuit (Paniers bio et locaux), des boutiques collectives Tilt et Les ateliers de Louis, et à une autre échelle, de la coopérative d’activité et d’emploi Chrysalide, ce mouton déborde d’imagination pour nous convaincre qu’il est possible, en 2015 et malgré cette dette qui nous casse le dos, cette crise qui nous fout le bourdon, d’entreprendre de manière intelligente et solidaire, dans un esprit de coopération et de co-construction. Et on s’en réjouit, pour lui, et pour nous.

Le mouton à 5 pattes, crédit photo : Julie LefèvrePourquoi  parler d’un bar dans une revue culturelle ? Parce que là encore, on est enchantés qu’un bar puisse être un lieu de culture, un lieu où l’on cultive l’esprit critique, où les conversations de comptoir se nourrissent de débats et de conférences, de réflexions collectives.

Le mouton à cinq pattes, c’est avant tout un lieu qui « n’existe pas ». Oui, c’est ce qu’avait fini par dire un agent immobilier alors que Claire et Virginie déclinaient une énième proposition de local. L’expression est restée. Claire et Virginie donc, ont, chacune de leur côté, quitté les cinémas associatifs dans lesquels elles exerçaient le métier de projectionniste ou de directrice, puis ont engagé ensemble un processus de réflexion, de rédaction de projet, un parcours d’accompagnement au sein de la boutique de gestion. Un an de questionnements liés à la posture d’entrepreneures et au contenu du projet qui nécessite une incroyable polyvalence en termes de compétences. En effet, ces deux femmes sont à la fois des gestionnaires et des créatives, tantôt barmaid, tantôt cuisinières, tantôt programmatrices, tantôt administratrices, tantôt animatrices. Des femmes d’action et de pensée.

DSC_1571Un café culturel, qu’est-ce que c’est ? Et plus largement qu’est-ce que la culture selon Claire et Virginie? Une vaste question. De leur réponse, on retient notamment que la culture ne s’écrit pas nécessairement avec un grand C, elle existe là où on l’attend parfois le moins et c’est à cette idée, entre autres, que le mouton donnera vie : cultiver la rencontre fortuite avec l’art et la réflexion. La culture ne vit qu’au travers d’une nécessaire rencontre, et le café est le lieu par excellence où celle-ci se joue de multiples façons. Un café culturel, c’est ainsi un terrain d’échange, un espace populaire au sein duquel la part sensible et intellectuelle des « clients » est stimulée et sollicitée. Et cela se traduit très concrètement par l’élaboration d’une programmation : exposition mensuelle, mercredis réservés aux conférences et débats, samedis consacrés aux concerts acoustiques.

DSC_1573Et un café solidaire, c’est quoi ? Ce qui est commun à ces deux notions de solidarité et de culture, c’est encore la rencontre. Rencontrer, c’est par exemple, manger ensemble, les uns à côté des autres, engager la conversation avec l’inconnu, lui offrir un café éventuellement. Rencontrer, c’est aussi apprendre de l’autre lors de l’atelier tricot du jeudi, jouer avec l’autre le mercredi après-midi.

En fait, le mouton, c’est un petit coin de la ville qui nourrit notre désir d’utopies… et notre envie de saveurs fraîches.




Le mouton à 5 pattes, 25 rue Navarin, 02.29.62.99.91

Crédit photos : Julie Lefèvre

About the Author

Rédactrice et photographe. Enfant, elle a des correspondants un peu partout. Elle écrit des lettres à longueur de journée (même en classe), les envoie parfois - pas toujours. Plus tard, elle est diplômée de sciences-po Bordeaux et d'un MASTER en management du spectacle vivant.

One Comment

  1. Benoit / 23 mai 2015 at 14 h 44 /Répondre

    Bravo pour ce bel article ! en effet, on s’y sent très bien.

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