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Contes italiens (titre original : Maraviglioso Boccacio) des frères Taviani a été présenté en avant-première aux Studios, le mardi 12 mai 2015 (sortie nationale le 10 juin 2015). Si le film offre une reconstitution très picturale de la Florence du XIVe siècle, il fait aussi écho à notre XXIe siècle.

Plongée au XIVe siècle

Contes italiens nous plonge définitivement dans l’univers de Boccace, dans la Renaissance italienne. Visuellement, certaines des jeunes femmes qui quittent Florence ravagée par l’épidémie de peste semblent avant tout avoir quitté un tableau de Botticelli (qui n’est pas contemporain de Boccace mais qui a représenté un épisode du Décaméron). Les personnages – pardon pour cette simplicité – sont donc beaux, aussi beaux que ceux du film de Pasolini sont laids. Les cinq nouvelles prennent place dans un décor photographiquement très suggestif, et ont été tournées dans la splendeur de la Toscane et du Latium. Elles suivent l’esprit du recueil de Boccace et les nouvelles sélectionnées parlent presque toutes d’amour, et d’amour libre, y compris au couvent, ou malgré un père tellement aimant qu’il en deviendrait incestueux.

L’esprit du Décaméron baigne aussi le récit cadre, qui met en place la règle du jeu : durant cet exil choisi, qui sauve les dix jeunes gens de la peste, dans cet espace préservé, le temps est suspendu. Pour que la vie communautaire se passe bien dans ce petit bout d’utopie – aux antipodes de Florence dévastée où plus aucune harmonie ni sociale ni intérieure n’est possible – il faut un passe-temps, car la confection du pain n’occupe pas l’intégralité des journées. Et ce passe-temps n’est autre que la narration.

Lutter contre la mort

Mais cette narration n’est pas une manière de remplir des journées vraiment vides – car une des règles est aussi l’interdiction de l’amour que l’on peut raconter, mais non faire. Elle est un jeu, mais un jeu sérieux, organisé par des règles. Et elle apporte la restauration d’une sérénité, voire d’un ordre – celui du récit – , pour se prémunir du chaos qui règne dehors. En outre, quatre des cinq nouvelles ont un dénouement heureux, et deux d’entre elles sont franchement comiques : celle de Calandrino, pauvre d’esprit que deux comparses mystifient en lui faisant croire qu’une pierre le rend invisible et qui, comme Gygès, se croit tout permis. Et celle de l’abbesse pas si vertueuse, qui ne se rend pas compte qu’elle sermonne une jeune religieuse prise en faute avec son amant, avec le caleçon du sien sur la tête. Le thème, classique, fait sourire, mais le jeu des comédiens, lui, fait franchement rire.

Dénouement heureux également du dernier récit, malgré la tragédie que vivent Giovanna, dont le fils est malade, et Federigo qui lui sacrifie son seul ami.

Mise en abyme

La maladie ouvre et ferme les récits enchâssés, comme pour rappeler, même au sein du petit paradis, que le mal rôde. Et le premier récit est à la fois un écho à la peste de Florence, même si Catalina ne meurt pas d’une maladie épidémique, et une réponse à cette même peste, puisqu’être au bord de la mort et, pour ainsi dire, ressusciter, lui permettent de découvrir l’amour vrai. Celui-là même que Giovanna découvre par la maladie de son fils.

La maladie est dans les nouvelles, mais elle est aussi dans le monde, et les frères Taviani se sont exprimés sur la métaphore que contient leur travail. Comme celle du roman de Camus, la peste de Florence est le mal. Raconter, mais aussi entendre ces récits, permet de se sentir vivre et de suspendre un temps la malédiction.

Natalia LECLERC
About the Author

Notre agrégée de lettres passe en revue tous les articles, les relit, les corrige. Elle écrit pour différentes revues des articles de recherche en littérature et sciences humaines et s’appuie également sur ses multiples casquettes pour développer les partenariats du Poulailler, en russe, en français, en italien… Natalia pratique le théâtre amateur et bavarde à longueur de journée (en russe, en français, en italien…).