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Entretien le mardi 17 mars 2015 avec la romancière Anne Wiazemsky, invitée par la librairie Dialogues de Brest à présenter son dernier livre, Un an après, éditions Gallimard, 202 pages.

Fabien Ribery : Je dois tout d’abord vous avouer que je suis très impressionné de vous rencontrer, parce que vous avez accompagné ma cinéphilie débutante lorsque j’étais adolescent et jeune homme, en tant qu’actrice chez Robert Bresson, Jean-Luc Godard ou Pier Paolo Pasolini. Pour reprendre un questionnement présent dans votre livre de 2007, Jeune fille, récit de votre tournage de Au Hasard Balthazar sous la direction de Robert Bresson, avez-vous le sentiment d’avoir un destin ?

Anne Wiazemsky : Non, parce que je ne pourrai vraiment me poser cette question que sur mon lit de mort, c’est trop tôt pour le dire.

F.R. : En relisant vos quatre derniers livres, qui constituent une sorte d’autobiographie romanesque, j’ai pensé au personnage d’Antoine Doinel joué par Jean-Pierre Léaud, apparaissant dans plusieurs films de François Truffaut. Si j’osais, je dirais que votre inspiration d’écrivain est d’essence truffaldienne. Qu’en pensez-vous ?

A.W. : On ne me l’a jamais dit, mais alors là, tout de suite, j’adore cela. Cette réflexion me plaît beaucoup. Si vous m’y autorisez, je la réemploierai éventuellement. J’aime énormément François Truffaut, Antoine Doinel, Jean-Pierre Léaud. Il est vrai que dans mes livres j’ai toujours suivi les préceptes de François Truffaut. Il déclare dans une interview pour La Nuit américaine qu’il ne dit pas toute la vérité mais qu’il dit les choses vraies. Cette réflexion m’a beaucoup aidée en tant que romancière.

F.R. : Vous participez d’une époque, les années soixante, où tout paraît possible pour la jeunesse, ce dont vos livres témoignent avec joie, élégance. Des visages et des corps éclatent de présence, de lumière. Je pense aux images que vous avez prises de Valérie Lagrange, Juliet Berto, Jean-Pierre Léaud justement, et publiées dans le livre Photographies en 2012.

A.W. : J’ai essayé par l’écriture de rendre compte du vécu d’êtres rencontrant des expériences fondamentales, et d’abord celles de mon propre personnage. Cette période-là, il me semble, était beaucoup plus curieuse du monde, éclatée, ouverte, que ne l’est celle d’aujourd’hui. Pour les jeunes gens que nous étions, le futur ne paraissait pas semé d’angoisses. Nous nous battions pour des causes, qui aujourd’hui me semblent en régression.

F.R. : Quand on vous suit, et qu’on aime le personnage que vous avez créé, la fin de votre dernier livre, Un an après, consacré au couple que vous formiez avec Jean-Luc Godard aux prises avec la belle effervescence de Mai 68, est très brutale, puisque vous expliquez qu’il n’y aura pas d’autre chapitre, que votre place de témoin privilégié de l’époque s’arrête là.

A.W. : Sur l’histoire entre Jean-Luc et moi, oui, ce qui ne veut pas dire que je ne revienne pas sur l’époque à partir d’autres points.

F.R. : Je pense au très beau livre d’Yvonne Baby, A l’encre bleu nuit, qui est composé d’une mosaïque de portraits des gens admirables qu’elle a connus. Peut-être pourrait-il constituer pour vous une source d’inspiration pour un prochain livre qui serait certainement passionnant, puisque vous avez côtoyé toute votre vie de grands artistes.

A.W. : Vous citez Yvonne Baby, que j’admire beaucoup, ce qui me fait très plaisir. Je suis d’accord avec vous. Je ne voudrais pas m’aventurer trop loin, mais Yvonne Baby me semble une très bonne voie à suivre.

F.R. : Certains noms vous rassemblent, comme celui de Michel Cournot, critique de théâtre et de cinéma au Monde, et que vous avez rencontré très jeune. Avez-vous continué à fréquenter le philosophe Francis Jeanson – il vous a aidé à préparer le bac philo, ce qui donne lieu à des scènes révélant sa grande disponibilité et son amitié – après la rupture avec Jean-Luc Godard ?

A.W. : Oui, mais pas assez, dans la mesure où, comme toujours, il arrive que les personnes que nous aimons partent trop vite.

F.R. : En écrivant vos livres d’inspiration autobiographique, vous situez-vous volontairement dans la lignée d’autres écrivains, qui pour vous seraient des modèles ?

A.W. : Le terme « modèle » est trop écrasant, mais j’ai des livres frères ou sœurs, par exemple Yan Karski, de Yannick Haenel, Just Kids de Patti Smith, Matthieu Lindon, les livres d’Yvonne Baby, que vous avez justement mentionnée, pour vous citer des contemporains que j’aime énormément. Et je n’ose pas parler de Modiano depuis qu’il a reçu le prix Nobel.

F.R. : Vous êtes une très grande lectrice. Dans vos livres, on vous voit souvent un livre à la main, qu’il s’agisse du Journal du voleur de Jean Genet, des textes de Simone de Beauvoir ou du Jean-Luc persécuté de Ramuz, pour ne prendre que quelques exemples.

A.W. : Oui, c’est vrai, mais je ne suis pas une très grande lectrice. En comparaison d’autres qui ne le sont pas du tout, j’ai l’air d’une grande, mais en fait je suis raisonnablement lectrice. Je lis au moins deux heures par jour, ce que je considère comme un privilège. J’ai lu à dix-huit ans à peine dans l’édition qu’on m’avait offerte le Journal du voleur, mais je ne l’ai jamais relu, vous me donnez une bonne idée.

F.R. : Un an après forme avec Une année studieuse un diptyque consacré à votre relation avec Jean-Luc Godard, de votre rencontre à votre séparation. Lui envoyez-vous vos livres ?

A.W. : Non, je ne lui ai jamais envoyé mes livres. Il est de son choix que nous ayons coupé à un moment donné toutes relations. Il a adopté dans la vie cette attitude que je trouve assez sage de ne pas lire ce qu’on dit de lui, et de ne pas répondre à ce qui s’écrit sur lui. On raconte beaucoup d’idioties à son propos.

F.R. : Les grands personnages cristallisent la rancœur des petits. Vos livres ne sont absolument pas écrits à partir du ressentiment, ce qui les annulerait immédiatement, comme un bon nombre des livres partant à la poubelle chaque mois.

A.W. : Je suis d’accord avec vous. Jean-Luc Godard a une complexité totale qui fut pour moi très séduisante.

F.R. : Jean-Luc Godard vous a offert le rôle de La Chinoise. Avec quels cinéastes regrettez-vous de ne pas avoir tourné ?

A.W. : Avec Claude Sautet. Il est à la mode aujourd’hui de le défendre, mais pendant longtemps c’était un nom rejeté par l’intelligentsia des cinéphiles. J’aurais aussi aimé tourner avec Truffaut bien sûr.

F.R. : Il vous a donné la chance d’être photographe de plateau sur le film La mariée était en noir.

A.W. : Oui tout à fait, et il était très affectueux à mon égard. J’ai eu de bons choix, mais aussi beaucoup de ratés.

F.R. : Vous regrettez toujours de ne pas avoir participé à l’arrêt du festival de Cannes avec Jean-Luc Godard et François Truffaut en Mai 68 ?

A.W. : Oui, vraiment, parce qu’il y avait en Mai 68 un côté ludique, une invention très belle dans le grand bazar révolutionnaire qui se jouait en permanence. J’étais alors très heureuse, invitée par Pierre Lazareff, à profiter de la plage et de la mer, mais j’aurais été mieux encore à faire le clown sérieux à Cannes.

F.R. : Le thème du bronzage est un point commun entre Jeune fille et votre dernier livre, Bresson souhaitant que vous gardiez la peau très blanche, et Godard, furieux, pensant qu’il était impossible de faire la révolution en étant bronzée, ce qui m’a fait sourire et rappelé que si Godard est un génie du cinéma, il est aussi un hybride de Buster Keaton, Louis de Funès et Groucho Marx, dans cet infantilisme sublime qu’il incarne parfois.

A.W. : Vous savez, toutes les maquilleuses et les chefs opérateurs vous demandent de ne pas bronzer, si possible, parce qu’il est très difficile de maquiller un bronzage. C’est vraiment l’interdiction numéro un lorsque l’on fait un film.

F.R. : Etiez-vous trop hédoniste pour Jean-Luc Godard, de plus en plus happé par la radicalité politique ?

A.W. : Je n’ai aucun regret, parce que je trouve que le mois de Mai 68 entraînait une libération du corps, une façon de l’exposer. On oublie que le temps était en ce mois-là exceptionnel. Les bourgeons éclataient de toutes parts. Je profitais de Paris vide pour faire du patin à roulettes. Et n’oubliez pas que nous étions épuisés. Nous marchions tout le temps dans les manifestations, nous étions sur les barricades. Je n’ai eu jamais aussi peur qu’alors, lorsque les policiers chargeaient. S’écrouler sur une plage trois jours n’était pas pour moi sacrilège.

F.R. : J’ai eu l’image, en vous lisant, d’une grenade de sensibilité, explosant là où elle le souhaitait, souverainement, sans se soucier des conventions.

A.W. : Eh bien, merci de me comparer à une grenade.

F.R. : La pénurie d’essence en Mai 68 vous a rapproché de Gilles Deleuze le temps d’un voyage, puisqu’il a profité de votre voiture faisant un crochet à Lyon pour remonter à Paris.

A.W. : En ce temps-là, Gilles Deleuze n’apparaissait pas encore comme le grand personnage qu’il est devenu, plutôt comme un excentrique. J’essaie de parler de lui au niveau où j’étais alors, comme je le fais dans chacun de mes livres.

F.R. : Vous pensez toujours, comme au temps de votre jeunesse, qu’aimer, c’est perdre son indépendance ? D’une autre façon, on pourrait penser aussi que c’est l’inverse.

A.W. : En tout cas, je ne sais plus ce que je pense aujourd’hui, puisque ça se présente moins. C’était pour moi dans ces années-là une idée très obsessionnelle.

F.R. Faites-vous lire votre texte à des personnes de confiance lors de son élaboration ?

A.W. : Non, je ne le fais lire qu’une fois terminé. Ma première lectrice depuis quatre livres est Florence Malraux.

F.R. : A qui est d’ailleurs dédié Une année studieuse. J’ai remarqué que Jean-Marie Straub lui rend aussi un hommage appuyé dans son dernier film, Kommunisten.

A.W. : Florence Malraux aime que nous travaillions ensemble. Elle est la fille d’André Malraux et fut la femme d’Alain Resnais, avec qui elle a énormément travaillé comme première assistante ou intervenante sur des scénarios.

F.R. : Avec votre cachet de La Chinoise, vous vous êtes acheté un appareil photographique. L’utilisez-vous encore ? Avez-vous encore des trésors à montrer, cachés dans votre cave ?

A.W. : Non, j’ai un vieux Pentax qui dort. Toutes mes archives ont été perdues, inondées dans la cave. Il n’y a plus rien d’exploitable ou de neuf.

F.R. : Le personnage de Jean-Jock, qui traverse tout votre livre, est aussi agaçant qu’attachant. Peut-on révéler son identité ?

A.W. : Il est mort pendant que j’écrivais le livre. C’est quelqu’un que j’aime tendrement. Je trouvais que Jean-Jock était un nom plus romanesque que le sien. Dans la réalité, c’est Jean-Henri Roger.

F.R. : Oui, je pensais à lui. J’ai eu la chance qu’il me prenne quelque peu sous son aile au festival de cinéma Résistances de Tarascon-sur-Ariège il y a plus de vingt ans. C’était un homme très chaleureux, grand vivant, professeur à l’université, et le compagnon de la sublime Juliet Berto.

A.W. : Ils ont cosigné deux films magnifiques, Neige et Cap Canaille.

F.R. : Ayant moins de vingt et un ans, et donc alors mineure, vous avez dû demander à votre grand-père, l’écrivain François Mauriac, qui était votre tuteur, votre père étant mort, l’autorisation de tourner dans Au Hasard Balthazar, et même de vous marier avec Jean-Luc Godard. Comment comprenez-vous ce double accord de sa part ?

A.W. : C’est quelqu’un sur qui on se trompe beaucoup. Il avait une ouverture très rare pour quelqu’un de son âge, de son milieu, de sa génération. Il défendait farouchement la liberté. Il était sans doute assez séduit par le tournant que prenait ma vie. Il avait jugé tout de suite que si on me disait non, ce serait pire. Je l’ai aimé, et l’admire toujours autant.

F.R. : Ce grand catholique libre a mené des combats de fond qui forcent le respect, notamment concernant son refus de la peine de mort.

A.W. : Il s’est toujours trouvé du bon côté, ce qui est rare dans ce milieu bourgeois catholique qui était le sien.

F.R. : Vous faites le portrait d’un homme très gai.

A.W. : Demandez à Sollers, il vous le dira. On a figé Mauriac sous une image qui n’est pas la sienne.

F.R. : Votre mariage avec Jean-Luc Godard a-t-il été vécu par votre mère comme un déclassement social ?

A.W. : Pas du tout. Elle était contre le fait que nous soyons ensemble. L’idée même d’un mariage, avec lui ou un autre, la contrariait. Ces deux-là ne se sont jamais entendus. Pour une mère peut-être, d’autant plus alors, l’éveil de la sexualité de sa fille n’est pas quelque chose de simple.

F.R. : Vous la décrivez à la fois comme une femme quelquefois d’une grande violence verbale, notamment après l’annonce de la perte de votre virginité, et comme une femme d’un courage inouï, commandant au médecin que vous consultiez et payiez de vous donner la pilule, ou regrettant de ne pas avoir été avec vous sur les barricades. Votre livre Mon enfant de Berlin la montre d’ailleurs dans toute sa fougue ou sa force d’emportement.

A.W. : Ma propre mère est sûrement un des personnages les plus complexes qu’il m’ait été donné de voir. Elle est quasiment dans tous mes livres. Comme chez Molière, je la mets à la porte, et elle rentre par la fenêtre.

F.R. : Vous étiez à la fac de Nanterre avec Daniel Cohn-Bendit. Vous l’intriguiez. Etes-vous restés amis ?

A.W. : Oui, nous nous sommes vus régulièrement après Mai 68. Nous étions invités ensemble la semaine dernière pour une émission sur Europe 1.

F.R. : Avez-vous justement travaillé avec les archives sonores d’Europe numéro 1 pour reconstituer les journées de Mai 68 ? Vous êtes très précise.

A.W. : Pour ces journées historiques, j’ai utilisé tout ce qui me tombait sous la main. Je ne voulais pas me tromper, il y avait des manifs tous les jours. J’ai fait un vrai travail à partir du film de Rotman, des archives de l’INA, des témoignages écrits ou oraux, dont mon frère, Pierre Wiaz, qui a gardé plusieurs numéros de Paris-Presse et de France Soir, où j’ai pu reprendre textuellement des citations de l’époque.

F.R. : La figure de votre frère tout au long du livre est très séduisante. Il paraît constamment de votre côté, prenant toujours votre défense.

A.W. : Lui râle parfois, parce qu’il trouve que je l’idéalise trop. Il n’aime pas trop que je l’utilise.

F.R. : Ne regrettez-vous pas d’avoir arrêté vos études de philosophie ? Michel Cournot vous y incite d’ailleurs.

A.W. : Je regrette surtout d’avoir si mal pigé ce qui se préparait à Nanterre, parce que si j’avais fait un an de plus, j’aurais vécu 68 du côté la fac, de Dany et de son groupe, qui, avant le 22 mars, s’appelait les Anarchistes. A part cela, non, pas du tout. Je vivais autre chose, je n’étais pas une limace sur mon lit. La vie la plus riche s’offrait alors à moi, j’ai saisi ma chance.

F.R. : Possédez-vous des correspondances intéressantes avec quelques-uns des protagonistes de cette époque ?

A.W. : Oui, je les léguerai, mais je ne les publierai pas. Je ne me suis pas du tout servi des correspondances de Jean-Luc pour construire mon livre, j’aurais trouvé cela trop indiscret.

F.R. : Il me semble que l’œuvre de Françoise Sagan est importante pour vous.

A.W. : Oui, il y a dans son écriture une grâce incroyable.

F.R. : J’étais très heureux de voir le nom de Sagan salué par Marcelin Pleynet dans son journal de 2002 récemment publié aux éditions Marciana, Libérations. 1954, c’est Bonjour tristesse.

A.W. : On considère Sagan avec une indulgence paternaliste insupportablement injuste. Elle n’est pas du tout superficielle comme on le croit souvent.

F.R. : Quels sont vos lieux d’écriture ?

A.W. : Il y a un endroit en Bretagne que j’apprécie beaucoup, un hôtel à Locquirec où j’aime me rendre. J’aime écrire à Paris. Il y avait aussi la maison de ma belle-sœur Régine Deforges malheureusement disparue. Les lieux où je peux écrire se raréfient.

F.R. : Vous avez beaucoup fréquenté Rome.

A.W. : Oui, mais je n’y écrivais pas. J’y suis retourné il y a deux ans et demi pour la parution de deux de mes livres en italien. C’était douloureux pour moi, parce que je croisais à chaque coin de rue des fantômes, je ne m’y attendais pas.

F.R. : Vous avez tourné finalement avec Marco Ferreri ?

A.W. : Oui absolument, dans le film Il seme dell’uomo [La semence de l’homme], film que m’a offert en DVD Jean-Paul Civeyrac. Par contre, je n’ai pas du tout tourné avec Bertolucci dans Le Conformiste, puisqu’il a choisi Dominique Sanda.

F.R. : Marco Ferreri était un bel irrégulier. Aujourd’hui, la « moraline », comme disait Céline, nivelle les comportements, réécrit l’histoire, que ce soit celle de Mai 68, ou celle des artistes par leurs veuves noires abusives.

A.W. : Je suis d’accord avec vous. La bien-pensance aujourd’hui recouvre tout. Seule importe l’œuvre, qui outrepasse la psychologie.

F.R. : Quel est votre film le plus important ? Je vous trouve très minérale, et de beauté grecque, dans Porcherie et Théorème de Pasolini.

A.W. : Les deux premiers, Au Hasard Balthazar parce que c’est la première fois et que c’est Bresson, et La Chinoise, film magnifique. Il y a aussi L’Enfant secret de Philippe Garrel, tourné avec trois fois rien. Je ne l’ai jamais revu. Il y a un film supposé grand public et qui a été un bide phénoménal, mais que j’ai adoré faire, L’Empreinte des géants, de Robert Enrico. C’est aussi quelqu’un de très mésestimé, de très oublié. Il m’a vraiment imposée dans un rôle de débile mentale nymphomane sur un chantier d’autoroute, il fallait le faire. Ce qu’il a réussi à me faire faire est très bien. La première fois que je suis allée à Cannes, c’était sur son invitation, l’année où passait La Maman et la Putain. Il a toujours défendu les autres.

F.R. : Film génial. Vous n’avez pas tourné avec Jean Eustache ?

A.W. : Parmi les grosses erreurs de ma vie, il y a celle-là. Dans La Maman et la Putain, il m’avait proposé le rôle joué finalement par Isabelle Weingarten. Je sortais d’un tournage difficile, et j’ai préféré m’en aller en vacances, ce qui était une erreur.

F.R. : Vous aimez les gens très différents de vous. Je pense par exemple à Pierre Lazareff, grand patron de presse.

A.W. : Oui, j’ai trouvé que c’était un homme éblouissant. Je l’ai franchement beaucoup apprécié. Quand je dis cela à Dany, il lève les bras au ciel, s’énerve. Ma palette d’admirations est assez large, c’est vrai. Jean-Luc aussi était hystérique contre Lazareff. Pourtant, c’est un homme inoubliable. J’ai fait un documentaire et une émission de radio sur la productrice et femme cachée de Lazareff, Mag Bodard, qui a confirmé ce que je pensais.

F.R. : Votre livre Photographies m’a fait penser à celui de l’actrice Emmanuelle Riva, qui faisait des photos à Hiroshima lorsqu’elle tournait pour Resnais Hiroshima mon amour.

A.W. : Oui, c’est un livre qui m’a donné envie de faire le mien.

To be continued.

About the Author

Agrégé de lettres modernes, chargé de cours à l’Université Bretagne Ouest, dont les recherches concernent notamment la littérature contemporaine. Journaliste free lance.

 

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