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La Causerie n°3 de David wahl nous entraîne dans un récit théâtral où il est question du rapport de l’homme au corps. C’est un kaléidoscope animé de faits, de théories, d’anecdotes et de clins d’oeils qui dialoguent. A écouter avec intrigue, rêverie et amusement, chaque jour de Dansfabrik à midi.

David Wahl m’avait plongée dans les abysses d’Océanopolis à l’automne dernier, où je me souviens avoir croisé Jules Verne, des sirènes, Mac Mahon, des requins, des manchots et une grande partie de la chaîne de la biodiversité marine où s’entremêlaient des vérités scientifiques, des jeux de mots et des légendes. Cette fois, l’auteur et raconteur, s’empare de l’univers de la danse, plus précisément du corps en mouvement, pour cette troisième causerie, commandée par la scène nationale du Quartz.

Ecrite en cinq mois (c’est-à-dire sans temps mort) et livrée au public de Dansfabrik cette semaine à Brest, L’histoire spirituelle de la danse se révèle être une pertinente entrée en matière du festival. De Christian Rizzo (D’après une histoire vraie), Loïc Touzé (Fanfare), Aurélien Richard (Revue Macabre), à Marcela Santander et Volmir Cordeiro (Epoque), la plupart des créateurs-chorégraphes de cette édition 2015 semblent traversés par des questionnements sur l’humanité collective en interrogeant le passé, les silences, les espaces et les expressions inachevées. David Wahl participe à la même démarche – symptôme de notre époque ?- en construisant un récit qui croise les réalités historiques, les vérités médicales, les doutes philosophiques, les intelligences inconscientes et l’imaginaire du public. Eclairé à la bougie, on se laisse embarquer dans le labyrinthe d’une drôle d’histoire de la danse comme dans un voyage poétique, ironique et merveilleux. Assis au salon une heure durant, on écoute ce précepteur habillé de noir et blanc qui pose sur une table en bois massif le squelette d’un pied puis un crâne. On perd parfois le fil de multiples digressions ludiques – happé par ses anecdotes et les papilles oranges et violettes de sa lampe art déco – mais on est rattrapé sans cesse par d’étonnants questionnements.

Interview vademecum de David Wahl pour saisir cette causerie où l’on entend parler de « chorophobie », de danse de Saint-Guy, de valse contagieuse, d’anatomie, de bal des Ardents, de langage des cieux, de morts-vivants, d’épidémie et de rave party… Références à Socrate, Platon, Voltaire, Duc de Sully ou Léonard de Vinci à l’appui ! Tout est vrai – aussi improbable que cela puisse paraître.

MC: Quel est le concept de ces causeries ?

DW: Tout part du désir de raconter des histoires. Des histoires vraies et assemblées de telle manière que le doute sera toujours permis. C’est à la fois un travail d’écriture et de jeu, à mi-chemin entre récit théâtral et relation de voyage extraordinaire. Tout repose néanmoins sur un long travail d’enquête, entre bibliothèques et rencontres d’experts. Pour la visite curieuse et secrète, j’ai passé près d’un an à Océanopolis entre les différentes espèces de la mer et les scientifiques. Sur l’histoire spirituelle de la danse, cela a été plus rapide mais il y a néanmoins cinq mois de recherche, dont deux jours d’échange avec le professeur Tardieu.

La causerie est un prétexte à raconter toute chose de manière oblique, à explorer différentes connaissances de l’histoire, de la littérature, de la science et de la philosophie. C’est une façon de saisir le monde dans une dimension inattendue, merveilleuse mais non fictive.

MC: Que raconte cette histoire de la danse ?

DW: J’ai pris le parti d’interroger le rapport de l’homme au corps, qui dans la danse contemporaine n’est pas en harmonie, et aussi de ne pas parler des danseurs. J’ai souhaité « remythologiser » la danse , lui donner un caractère épique. N’oublions pas que c’est une invention française du XVIIe siècle, sous Louis XIV. La danse est un mouvement d’humanité, chacun se l’approprie, il n’ y a pas autant de mystères que dans la vie des océans. Mais la question du corps dans le monde occidental est compliquée, il y a beaucoup d’interdits dans la manière d’être dans notre corps.

MC: Votre propos vous semble-t-il proche des créations proposées à Dansfabrik ou en décalage complet?

DW: Je me suis senti seul en travaillant sur ce thème et sans connaître précisément les propositions des différents créateurs et chorégraphes du festival. Mais je me rends compte aujourd’hui que nos points de vue se font écho. Comme cette proposition de danses macabres d’Aurélien Richard qui rencontre une grande familiarité avec mon propos anatomique, mes références aux squelettes et aux danses mystiques. Il y a finalement un rapport entre mes histoires et leurs manières de mettre en scène le corps. C’est surprenant…

NB: Le texte de L’histoire spirituelle de la danse, de David Wahl sera édité fin 2015 aux éditions Riveneuve Archambaud.

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Crédit photo : Mélina Jaouen

About the Author

Journaliste freelance, Marguerite écrit dans le Poulailler par envie de prolonger les émotions d’un spectacle, d’un concert, d’une expo ou de ses rencontres avec les artistes. Elle aime observer les aventures de la création et recueillir les confidences de ceux qui les portent avec engagement. Le spectacle vivant est un des derniers endroits où l’on partage une expérience collective.

 

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