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Ce que je retiendrai de ce spectacle :

Un bon chanteur, qui a donné de l’énergie au spectacle – avec voix et guitare électrique, Butch McKoy.

Une scénographie très aquatique – qui paraît-il a déjà utilisée dans un autre spectacle de David Bobée, mais qui fonctionne : une partie de la pièce se déroule à Venise, on est sur les canaux. Il est question de maternité et de poison que l’on boit, on naît de l’eau et on meurt dans l’eau.

La scène où Lucrèce est humiliée, et où la bande de jeunes gens utilise cette eau comme des crachats.

Une Béatrice Dalle tout en retenue – pas du tout celle que j’avais imaginée.

Quelques jeux de lumière saisissants, même s’ils sont assez évidents. Mais ils fonctionnent eux aussi et font tableau, avec des reflets rouge sang dans les étendues d’eau.

Un peu trop de muscles – fallait-il vraiment cet étalage de chair fraîche qui déforme quelque peu la lecture de la pièce : poison versus biceps. Et qui uniformise aussi le groupe des jeunes gens. Ils auraient gardé leur T-shirt, on aurait aussi admiré les quelques acrobaties.

Un Gubetta (Jérôme Bidaux) tout en duplicité et en humour, la silhouette faite pour ce rôle.

Un don Alfonse (Thierry Metteltal) en mari impitoyable, à la fois fasciné par sa Borgia de femme et bien décidé à la dominer.

La scène entre Lucrèce et son mari, grand moment de la pièce.

Un mélange enthousiasmant de cirque, de danse et de théâtre, mais une performance physique trop peu exploitée.

Une longue fête chez la Negroni, avec de beaux costumes et une atmosphère de plus en plus pesante, les nuages s’amoncelant au-dessus de la tête des jeunes gens, mais peut-être trop de diversions distendant le rythme.

Des problèmes de sonorisation.

Une mise en scène qui fonctionne sur le public scolaire, présent en nombre et captivé.

Un Gennaro (Pierre Cartonnet) que je n’aurais pas aimé avoir pour fils, même si, avant de la connaître, il aime sa mère d’un amour fou et désespéré.

Une ouverture qui – j’ai vérifié en rentrant – est réellement dans le texte d’Hugo et qui ce soir-là, mercredi 7 janvier 2015, résonne douloureusement à mes oreilles :

“Oloferno. Nous vivons dans une époque où les gens accomplissent tant d’actions horribles qu’on ne parle plus de celle-là, mais certes il n’y eut jamais événement plus sinistre et plus mystérieux.

Ascanio. Une chose ténébreuse faite par des hommes ténébreux.”

Une difficulté particulière, ce soir-là, à éprouver quelque forme de fascination que ce soit pour les monstres et pour la vengeance.

Mais un émerveillement toujours renouvelé pour le texte d’Hugo, que j’aurais aimé entendre davantage.

Natalia LECLERC
About the Author

Notre agrégée de lettres passe en revue tous les articles, les relit, les corrige. Elle écrit pour différentes revues des articles de recherche en littérature et sciences humaines et s’appuie également sur ses multiples casquettes pour développer les partenariats du Poulailler, en russe, en français, en italien… Natalia pratique le théâtre amateur et bavarde à longueur de journée (en russe, en français, en italien…).

 

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