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Compétition Européenne 1. Emmanuelle Dauné

Cinq courts métrages composent cette première compétition européenne, cinq courts dont les titres aux sonorités gutturales sont déjà tout un voyage, au Nord plutôt qu’à l’Ouest. HJONABANDSSAELA, CAI PUTERE, KAASTUNDEAVALDUS, REIZIGERS IN DE NACHT, NASHORN IM GALOPP.

Des histoires de liens qui se défont et se font : compet’ de l’amitié où une belle nageuse ou une moto rouge peuvent semer le trouble entre « potes » de toujours. Ou à l’inverse, des histoires de rencontres sous le signe d’un hasard, pas toujours si merveilleux, et qui viennent combler des vides et des solitudes. A la fin de la séance, un autre regard est présent : celui du programmateur qui a su « tricoter » une unité derrière cette compétition 1 aux accents si mystérieux et en apparence hétéroclites ! À voir dès mardi !


COMPETITION EUROPÉENNE 2 – NATALIA LECLERC

Un ucello molto serio, Paradiset, I wanna be happy cha cha cha, Fallet, Essaie de mourir jeune

Cette compétition est celle des situations de crise ! Des situations de crise souvent connues – celle du conjoint infidèle, celle du prince charmant débarquant dans votre morne existence, celle du père qui craint – et une situation que l’on connaît moins ou que l’on voit moins : celle des enfants réfugiés. Pour autant, même lorsqu’on croit que l’on connaît la chanson, est toujours surpris. C’est l’essence même de la crise ! Tout se joue d’abord à deux, dans ces films, avant que ne débarque le troisième : la maîtresse toujours plus séduisante et ravageuse que l’épouse ou la fiancée, jolie, maternelle, mais trop douce. L’autochtone suédoise – qui aurait pu aider les enfants. Le père – qui revisite Oedipe à sa manière. Ou peut-être le troisième est-il ici la jeune prof d’allemand ? Tout dépend de la crise que l’on considère. Seule Claire reste désespérément seule.

Comment se dénouent ces crises ? Du mieux possible pour ceux qui la vivent, tout compte fait : on tranche net, on s’enfuit, on se débarrasse de ce qui nous attache encore au passé. Même si on ne sait pas encore ce qu’on trouvera au bout du pont d’envol. Un seul largage d’amarres semble désespérément impossible – vous devinez lequel ?


COMPETITION EUROPÉENNE 4 – NATALIA LECLERC

T’étais où quand Michael Jackson est mort ?, De weg van alle vlees, Rabbit, A kindness, I’ve been a sweeper

Libérations et aliénations

Face à cette compétition, on se sent tour à tour soulagé et prisonnier, libéré et entravé. Les personnages entrevoient une libération possible – par la mort, naturelle ou médicale, par une aventure amoureuse, par un départ, par une mise en liberté anticipée.

Et la plupart du temps la libération a lieu – du moins pour le personnage principal, car on n’est pas sûr que Tibo, par exemple, se sente libéré après l’euthanasie de Frans. Pas toujours, toutefois – et si la voiture est symbole de grands espaces, d’ouverture, elle peut aussi être un catafalque. Mais toute la saveur de ces courts aura été de nous faire sentir cette fragile frontière – celle de la prise de décision ; décider de céder à la tentation, décider d’affronter la mort, décider d’apprivoiser l’animal et de s’apprivoiser soi-même, décider d’être courageux et de retourner sur le lieu de l’accident. Et je ne suis pas toujours sûre de savoir quelle est la bonne décision, et quelle décision j’aurais prise. Et vous ?


COMPETITION EUROPÉENNE 5 – EMMANUELLE DAUNÉ

Les uns et les autres

Il y a des phénomènes et des gens bizarres dans cette sélection-là ! Si dans l’un de ces courts, l’étrangeté mène à l’amour de l’autre, on sort un peu « inquiété » de la projection. En effet, ces gens-là entretiennent des relations privilégiées avec les Morts, les abeilles, Jim Morrison, les univers parallèles : la frontière entre les mondes est ténue ! Mais l’inquiétante étrangeté est aussi chez les autres ou en soi : « T’es qui toi ? », « Je ne suis pas comme eux » nous disent-ils. Les garde-fous qui caractérisent notre humanité ne font pas long feu quand le grain de sable, une gifle, un bus sèment la zizanie et la bagarre. Bizarres les gens mais pas si étonnants !


COMPETITION EUROPÉENNE 7 – NATALIA LECLERC 

ArtunPut(in)loveArenaOnly Solomon LeePersefone

C’est la compétition des initiations. Des initiations dans la douleur. Tout tourne autour de l’amour ou plutôt de la sexualité. Aucune histoire n’est simple, que l’on soit un garçon – pas encore pubère – et qu’on veuille jouer au grand, qu’on ne soit pas un mec viril dans un univers qui l’est, qu’on soit franchement marginal et dépourvu de toute relation avec une altérité, ou qu’on se rende marginal après une rencontre avec la beauté pure, mythique.

La douleur, c’est celle de l’épreuve – aller avec les filles, affronter sa véritable identité, affronter la mort, celle qui s’impose ou celle qu’on doit donner.

De ces épreuves, les personnages sortent parfois grandis : ils sont allés au-delà de leurs limites, ils ont ouvert les yeux.

Dans deux des films, par contre, on ne voit pas d’issue et on se demande si les personnages n’auraient pas mieux fait de rester dans leur état antérieur, naïf peut-être, mais qui les protégeait des terribles rencontres qu’ils ont faites. Mais peut-être ont-ils quand même bien fait d’y aller ?

COMPETITION EUROPÉENNE 8 – NATALIA LECLERC

Shadow, Best man, As Rosas brancas, Ùjratervezes, Habana

C’est la compétition de la mort et, souvent, d’une forme de renaissance.

On flirte aussi avec le fantastique et avec la science-fiction, dans cette compétition pleine d’ombres. Ombre projetée, ombre fantôme, ombre d’une morte, ombre d’un passé qui fut peut-être heureux, ombre menaçante d’une occupation.

Un avenir est entrevu – souvent – parfois confusément. Même s’il ne permettra jamais de retrouver le passé tel qu’il fut, ce qui du reste est utopique. À moins qu’il ne faille mettre ces films bout à bout, et observer l’amour à sa naissance, puis dans un mariage au démarrage tragique, ou dans une succession de flirts mercenaires, puis dans la vieillesse et enfin dans le deuil.

Avenir d’un amour entre deux créatures dont on ne sait qui est l’ange et qui est le vivant, ou d’un amour que l’on croyait condamné et qui renaît, au son d’une voix criarde mais bien réelle, au charme dont les voix électroniques sont dépourvues. Avenir d’un pays contrôlé, opprimé, qui prépare une révolte faite de dévoration, peut-être incontrôlée.

Même le court où le mort est bien mort laisse bien ironiquement entrevoir un avenir – celui des mariés.

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