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Mes mains sont plus âgées que moi, pièce jouée dans le petit théâtre du Quartz, le 9 et 10 octobre 2014, dans le cadre du festival de danse contemporaine La Becquée.

Trois

Trio

Deux femmes, un homme. Deux soeurs, un frère. Une mère, deux amants. Une mère, deux enfants. Une mère? Mère patrie? Mère courage?

Geste simple et théâtralité du regard. Geste brut, geste court, regard long. Regard inquisiteur, regard craintif. Affront, rencontre. Le destin d'un pays se joue dans les mains et les yeux de trois danseurs sur un plateau. Pas de décor, peu de musique, respiration, respiration, déplacement, placement, regard, trajectoire de la main. Contact. Contact à l'autre, contact au sol, contact public. Voilà qui pourrait peut-être résumer le vocabulaire pur et éloquent qu'utilise Danya Hammoud, chorégraphe, dans Mes mains sont plus âgées que moi. 

Il est évident qu'en regardant ces êtres humains qui se meuvent sur le plateau du petit théâtre du Quartz, on pense au Liban. Que savons-nous de ce pays? Quelque guerre civile dont on ignore les dates exactes mais on sait que c'est à peu près dans les années 80, les phalanges, la présence palestinienne, la guerre avec Israël, l'accord de Taëf, l'assassinat de Rafic Harriri. On a vu Incendies, on aime Wajdi Mouawad. Enfin, en somme, on ne sait rien, ni de ce pays, ni de la création contemporaine qui s'y joue.

 

Les tableaux enchaînés dans la lenteur sont une rupture avec le rythme incessant de nos vies autocentrées.

La gestuelle symbolique du meurtre, du prisonnier, de la soumission et de l'insoumission, de la prière et de l'imploration.

Le corps féminin est un territoire occupé que l'on se dispute et que l'on façonne telle une marionnette. On le traîne au sol, laissant le sang imaginaire salir la terre. Dans un espace contraint et enfermé (par des hommes ou des frontières), on remue tel un animal agonisant, cherche-t-on à s'échapper ou à s'installer?

Les mains agissent. Le regard est témoin.

Les amants, côte à côte, sont-ils dans leur lit ou dans leur tombe?

La figure de la mère nous suit et nous ébranle au plus fort, au moment où son enfant gît dans ses bras. Elle le sent, elle le respire, elle le porte, elle le colle à son corps ancré au sol, elle le caresse.

Mais l'homme qui veut raconter ne raconte que l'impossibilité de conter l'inracontable. Muet. Il est muet. Et ses gestes de chef d'orchestre ne sont que tentatives échouées de sortir d'un mutisme. Et nous pleurons de n'accéder à sa douleur qu'au travers du silence.

Retrouvez l'interview de Danya Hammoud par Fabien Ribery pour Le Poulailler

About the Author

Rédactrice et photographe. Enfant, elle a des correspondants un peu partout. Elle écrit des lettres à longueur de journée (même en classe), les envoie parfois – pas toujours. Plus tard, elle est diplômée de sciences-po Bordeaux et d’un MASTER en management du spectacle vivant.

 

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