La vita nova des marionnettes

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49 KG VS 73 KG, performance de Rozenn Dubreuil, Romain Husson et Joël Savean, Librairie Dialogues, Brest, lundi 29 septembre 2014, 18h

Le café de la libraire Dialogues transformé en espace quadrifrontal. De la musique. Les spectateurs se regardent, attendent. Entrée en scène des performeurs, deux corps dansants, un musicien. Premier temps.

Deux êtres montent sur un pèse-personne. Quelle est votre catégorie de compétiteur? Entre poids plume et poids moyen.

La danse est un sport de combat comme un autre. Une joute, un défi, une union.

Une invention de corps, une substance.

Six miroirs de l’âme se croisent. Tension dans l’air.

Après s’être assis bien droits à une table, les deux danseurs s’affaissent, s’avachissent, tombent. Tel un démiurge brouillant la scène du crime, le musicien dispose alors les corps, traînés sur la mosaïque du sol, en symétrie inverse.

Les voilà qui se cabrent, yeux fermés. Dos et bassin se soulèvent, puis se tordent, cherchent à se mettre debout, veulent naître. La nuque est encore lourde, il faut l’aider.

La musique improvisée de Joël Savean, piquant les cordes du violon avec les doigts, accompagne la déstructuration des corps pantelants. La main de la danseuse agrippe son propre pantalon, manipule sa marionnette, la tire. Déséquilibre. Le danseur sautille.

Sur la scène s’imagine un bestiaire humain fantastique.

La musique se tait brièvement. Deuxième temps.

Chacun tombe alors, rattrapé finalement. C’est le moment des chutes. L’archet sur le violon se fait balkanique. Douce mélancolie.

Savoir s’évanouir en toute confiance, prendre appui.

Se garder, se perdre, se rattraper, se jeter, s’accueillir, se soutenir. La nuque encore.

Se façonner à deux. Troisième temps.

Cette fois, c’est une danse unie, chacun posant la tête sur l’épaule de son complice. Drôle de marche au son de la trompette. Tête à tête, puis dissociation, autonomie, avant que l’homme ne porte finalement sa compagne en triomphe modeste, enfant recroquevillé posé sur la table d’où tout avait commencé. Une reine.

Temps suspendu.

Les enfants applaudissent.

On voit alors danser les murs, les tableaux, les chaussures, les spotlights, les bancs, les théières, les programmes du festival La Becquée.

Chers artistes du spectacle vivant, nous venons vous voir parce que vous faites danser en nous la salive, les molaires, les narines, les mamies et les syndicalistes, les militants sarkozystes et les antipapistes, les socialistes révolutionnaires et les obsédés du frigidaire, les vélos qui ne tournent pas rond et les planètes qui n’ont pas de nom.

Vous faites danser la danse, et nous vous en remercions.

Étape de travail de dix-huit minutes, cette performance proposée dans le cadre du festival La Becquée sera donnée dans sa forme défintivo-évolutive le mercredi 15 octobre au Mac Orlan à 15h30.

Dites, vous me raconterez?

About the Author

Agrégé de lettres modernes, chargé de cours à l’Université Bretagne Ouest, dont les recherches concernent notamment la littérature contemporaine. Journaliste free lance.

One Comment

  1. Marc Carole / 16 octobre 2014 at 12 h 12 /Répondre

    Dans la version vue hier au Mac Orlan, c’est exactement ça : une dissociation des membres, des corps, qui à la suite d’une lutte, d’abord individuelle puis commune, fait (re-) naître les corps, les êtres, les forces, les pressions avec soi-même et par rapport à l’autre. Une belle (ré)union sur une musique habile.

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