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Julie Lefèvre: Something around the sound, combien y a-t-il d’auteurs à cette pièce?

Marcela Santander: C’est un quatuor mais c’est une pièce signée à deux : Clarisse Channel et moi-même. C’est une co-écriture qui remonte à la fin de nos études au CNDC. En tant qu’élèves chercheurs, nous avons été invités à Weimar en Allemagne pour un festival. Dans ce cadre, nous avons pu explorer de manière pluridisciplinaire notre rapport au son. Avec Clarisse, nous avons travaillé avec différents plasticiens et après dix jours de recherche, il y a eu une présentation de la première version de Something around the sound. Cette pièce a été au fondement de notre travail depuis, et nous avons continué d’explorer cette question du son avec deux musiciens : Baptiste Dupaigne et Maya Garcia.

Différentes résidences permettront la naissance réelle puis l’évolution de cette pièce, dont une au Mexique. Le Quartz, en accueillant le quatuor en résidence, nous accompagne vers la création d’une version que l’on pourrait qualifier de « finale ». Celle que nous présentons ces jours prochains sur scène.

JL: Le rapport à la musique est une question large. Comment avez-vous envisagé la thématique pour en arriver à cette pièce ?

MS: Nous avons exploré toutes les relations possibles, en observant notamment quel type de relation d’autres chorégraphes ayant marqué le monde de la danse contemporaine ont pu entretenir avec la musique. Nous nous sommes questionnées : et nous, comment dansons-nous en réponse à la musique? Dans cette phase, nous avons été accompagnées par Julie Gouju, qui nous a aidées à mettre en place une dramaturgie. Mais pour chercher, nous sommes passées par la traduction, par des principes de jeux, par l’imaginaire. Something around the sound, c’est une proposition parmi mille sur la manière dont le corps peut réagir à la musique. Et cette réponse suit principalement la piste de l’imaginaire. C’est-à-dire, quel type d’imaginaire nous pouvons créer ensemble, avec une partition et un dialogue entre nous (danseurs et musiciens). Les musiciens ont été présents dans toutes les étapes de travail, à chaque résidence et nous avons travaillé tous les aspects de la pièce ensemble.

JL: Mais au-delà de votre rapport à la musique, ce qui m’a particulièrement touchée, c’est votre relation, votre danse à deux, à toi et Clarisse Channel. Ce lien indéfectible.

MS: Oui. À un moment donné, dans notre processus de travail, nous avons fait le choix de deux contraintes. Pour les musiciens, il s’agissait du son minimum, et pour les danseuses d’être sur le plateau, main dans la main, du début à la fin. Cela nous amène à créer une corporalité à deux, traversée par des transferts, des influences sur le corps de l’une ou de l’autre. La dramaturgie de cette performance, c’est aussi la question de la relation.

JL: Est-ce toujours une performance, dans la mesure où c’est écrit ?

MS : Oui, dans le sens où il y a une forme de présent à chaque fois. Il me semble que la pièce ne sera jamais jouée deux fois de la même manière.

JL: Comment analyses-tu le choix de Matthieu Banvillet d’associer des interprètes au Quartz? Et comment le vis-tu ?

MS: Je crois que nous allons découvrir progressivement et collectivement ce double statut d’interprète et d’artiste associé. Mais d’emblée, il me semble qu’il y a plusieurs formes de dialogues et que nous serons mis en jeu de multiples manières. C’est aussi un questionnement autour de la part d’inventivité chez l’interprète, la part d’auteur. C’est un chantier ouvert qui appréhende également le rapport interprète-institution.

Aujourd’hui, danser et être interprète, c’est avoir réfléchi à la responsabilité que nous portons dans notre pratique. C’est être en mesure d’accepter la plasticité des projets. En ce qui me concerne, c’est pouvoir être sur le plateau, mais également en atelier dans la transmission, ou dans un rôle de collaboratrice. Il s’agit donc bien d’une identité multiple. Et nos études au CNDC nous ont amenés à réfléchir à ces questions : comment souhaites-tu travailler ? Comment souhaites-tu t’engager ? La danse ne se vit pas seulement en studio et elle nécessite une réflexion importante en amont de chaque projet. Et nous, interprètes, nous sommes perméables et polyvalents.

JL: Et la perspective d’être souvent à Brest, comment l’envisages-tu ?

MS: Mon parcours m’a amenée à passer beaucoup de temps en Bretagne, notamment à travers ma collaboration avec Mickaël Phelippeau. C’est certainement une des régions que je connais le mieux en France et je ne sais pas pourquoi, mais dans cette région, je me sens plus proche du Chili, peut-être parce que c’est le bout du monde.

JL: Peux-tu nous parler des différents projets pour l’année à venir?

MS: Dans le cadre de DansFabrik, je vais travailler à une création au sein de laquelle le statut d’interprète sera central. J’inviterai un chorégraphe à travailler avec moi. C’est un renversement de situation. Il y aura également un projet important avec des enfants, pour le festival des Humanités. J’interviendrai, avec Clarisse Channel, auprès d’élèves de CM1 et CM2 afin de transmettre le Sacre du Printemps. C’est quelque chose qui s’est déjà produit à plusieurs reprises et la première fois c’était à Rennes dans le cadre du festival Extension sauvage. Mais ici, à Brest, nous aurons plus de temps et cela devrait permettre un aboutissement, la création d’un vrai sacre avec des petits.

JL: En quelques mots, quel est l’objet du Sacre#197 de Dominique Brun, que les spectateurs brestois pourront voir en première partie de saison?

MS: Pour moi, et dans la manière dont j’ai intégré cette pièce, la question de l’interprète se pose à nouveau. J’ai repris le rôle de Latifa Laâbissi. Mais ce qui est étonnant c’est que Dominique Brun était intervenue au CNDC et dans ce cadre nous avions cherché, travaillé des matières qu’elle nous avait ensuite invité à venir transmettre auprès des danseurs du projet Sacre#197 au moment de la genèse de la pièce. C’est donc une pièce que j’ai traversée de différentes manières. L’oeuvre de Dominique se concentre sur la question du sacrifice, et la réflexion, l’étude des dessins de Valentine Gross-Hugo, a conduit à la construction de différents soli.

About the Author

Rédactrice et photographe. Enfant, elle a des correspondants un peu partout. Elle écrit des lettres à longueur de journée (même en classe), les envoie parfois – pas toujours. Plus tard, elle est diplômée de sciences-po Bordeaux et d’un MASTER en management du spectacle vivant.

 

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