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Il est des rencontres qui font douter que le hasard existe.

Celle de Dimitar Gougov et Fabien Guyot, par exemple, il y a une quinzaine d’années, alors qu’ils trainent qui sa gadulka, qui ses percussions du côté de Strasbourg, autour de l’association de promotion et création de musiques méditerranéennes «l’Assoce Pikante».
Et puis celle du même Dimitar avec Dandarvaanchig (c’est son prénom) Enkhjargal (c’est son nom), joueur de moorin khoor, autour d’un projet musical monté en Allemagne appelé « la route de la Soie » il y a sept-huit ans.

Le Mongol, le Bulgare et le Français. Cela pourrait être le titre d’une pièce de théâtre que l’on devine surprenante et déjantée, et c’est quasiment ce que propose ce trio survitaminé : sur scène, outre un feu d’artifice sonore, ils présentent un set efficace et sans temps morts, dans lequel chaque morceau est introduit par Dimitar, avec son humour ravageur et son accent bulgare inimitable.

Les percussions de Fabien Guyot mélangent différents tambours d’inspiration africaine et européenne, tout en laissant une large place à l’innovation. S’il a abandonné les couvercles de boîtes de biscuit, il poursuit néanmoins son exigeante quête de sons, avec un résultat extrêmement convaincant sur scène. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il remplit l’espace sonore.

Crédit photo : Aurélien Foucault

Crédit photo : Aurélien Foucault

La gadulka, ensuite, instrument populaire traditionnel bulgare d’accompagnement de chant et de danse, composée de trois cordes mélodiques frottées par un archet, et de onze cordes sympathiques, qui renforcent la résonance de l’instrument. Un instrument festif, dans une tessiture proche de celle de l’alto.

Le morin khoor, instrument traditionnel mongol dont le son s’approche de celui d’un violoncelle, mais qui ne comprend que deux cordes, et dont la caisse de résonance, carrée, donne la fausse impression que le musicien vient de le construire dans un carton.
Et une voix, enfin. Celle de Dandarvaanchig, surtout, qui s’étale allègrement sur près de quatre octaves, et se perd dans des modulations impensables. Mon avis est que les synthétiseurs de musique électro ou techno l’ont copiée. Souvent rejointe par celles de Fabien et de Dimitar dans des polyphonies efficaces, la voix raconte une histoire, dont on ne comprend pas les mots, mais dont on saisit le sens.

Invités par la scène Gwernig aux Vieilles Charrues, les Violons Barbares ont embrasé les planches. Rencontre avec Dimitar, peu avant son entrée en scène.

Quel est le projet des Violons Barbares ?
Le projet est simple : à partir de musiques et d’instruments traditionnels, proposer une musique actuelle, largement influencée par le folk et le pop-rock. Un mélange des genres qui n’a rien de schizophrène: il suffit juste d’être en accord avec soi-même, jouer ce qui fait envie, et se faire plaisir. La musique traditionnelle est le point de départ, mais nous ne cherchons pas à en faire, et donc nous ne pouvons que nous en éloigner. Dans le projet initial déjà, nous cherchions autre chose, une création propre. L’impulsion vient de Fabien Guyot, lui-même originellement porté vers les percussions traditionnelles, mais qui a proposé de glisser vers le pop-rock. C’est aussi venu de lui parce qu’il était moins influencé par le côté traditionnel que véhiculent nos instruments. Sa vision a été très enrichissante.

Avez-vous été contraints de réinventer une manière de jouer sur vos instruments ?
Oui, nous avons dû modifier notre approche. Les deux instruments à cordes sont mélodiques, nous avons donc chercher à obtenir à deux et en l’absence de basse un son plein, et un résultat harmonique. Nous avons développé une technique de doubles cordes, qui ne se fait pas dans le jeu traditionnel de la gadulka. Le morin khoor s’y prête mieux, surtout quand Dandarvaanchig s’accompagne au chant. C’était le premier défi, de faire le maximum de bruit avec un peu de finesse. Ensuite, nous avons développé des techniques d’archet afin de varier les attaques et de rajouter de la diversité dans les interprétations. Nous tenons au côté traditionnel qu’inspirent les instruments, même si nous nous autorisons beaucoup de liberté avec la manière de nous en servir.

Et pour le chant ?
Nous avons juste essayé de faire en sorte que ça sonne bien. Un Mongol et un Français qui chantent en bulgare ou un Bulgare et un Français qui chantent en mongol, ça n’a rien de banal, mais je crois que tout est bien en place, désormais.
La moitié des textes que nous chantons sont des chansons traditionnelles dont la mélodie existait et que nous avons adaptée à nos exigences. Le reste est principalement constitué de textes en mongol écrits par Dandarvaanchig, sur des musiques bulgares. Dans le dernier album, on trouve également une chanson casaque et deux mélodies qui viennent du Kazakhstan. C’est aussi pour cela qu’on peut nous trouver indifféremment dans les rayons « musiques du monde », « musique tzigane » (sans que l’on s’explique vraiment pourquoi, mais il paraît que c’est à la mode !), « musiques d’Asie ou des Balkans »…

Vous existez depuis 2008, et vous n’avez « que » deux albums à votre actif.
Oui, mais nous avons beaucoup joué ! Nous ne nous sommes jamais imposé de faire des albums, et comme nous avons reçu beaucoup de propositions pour aller jouer à droite et à gauche, nous avons toujours préféré le contact avec la scène. Il y a quelque chose de frustrant dans le fait de jouer en studio, parce que le temps est compté, on a une obligation de résultat, il ne faut pas relâcher la concentration, en rejouant plusieurs fois la même chose. Il n’y a pas grand-chose d’enrichissant à jouer devant un micro. Nous avons produit nous-mêmes le dernier album, qui est distribué par Harmonia Mundi, et c’est seulement le tout début de notre collaboration.

Que pourriez-vous dire du contact que vous avez établi avec le public ?
C’est véritablement ce qui nous porte. La réaction du public nous tire vers le haut. Nous nous ménageons des plages d’improvisation, et c’est un réel espace de liberté. Nous laissons également une large place à nos instruments, qui sont amplifiés mais dont on cherche à ne pas altérer le son.

Les violons barbares

Toutes les images de cet articles ont été réalisées par Aurélien Foucault

About the Author

Elevé dans une ambiance sonore éclectique, musicien dans l'âme plus que dans les doigts, Matthieu apprécie les expériences nouvelles autant qu'une symphonie de Chostakovitch ou une gavotte. Son approche est souvent un peu décalée, parfois technique, et s'ancre librement dans le ressenti.

 

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