Paris Combo : Give me 5 !

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La première chose qui frappe à l’écoute de 5, le dernier album de Paris Combo, sorti chez DGR Records, c’est le son. Pourtant la recette est la même : guitare , contrebasse, batterie, trompette et piano, toujours en soutien d’une voix survitaminée. Mais quelque chose marche mieux. La guitare de Potzi est plus ronde, on sent des lampes chauffer, et le jeu du nouveau bassiste est plus lourd. Le résultat est un son plus « fat » (prononcer fate en prenant l’air roots (prononcer routse en prenant l’air fat)). L’architecture reste manouche, mais le mix est à la fois plus actuel et plus vintage. Est-ce parce que Paris Combo a passé assez de temps en tournée aux États-Unis pour signer chez DRG Records, un label New-yorkais ? Même pas. Car l’album a été enregistré en France. En France, mais au studio Labomatic, et par le producteur-star Dominique Blanc-Francard (père de Sinclair et du producteur Boom Bass).

À la première écoute, ce son plus léché permet de profiter sans trop se poser de question de compositions dansantes et joyeuses. Goodbye Pinnocchio ou Ce que j’aime c’est le début reposent sur la pompe Manouche typique du Combo. La voix de Oud de l’introduction de Lux rappelle la touche plus orientale de cette sensibilité « Gipsy », celle qui les avait fait connaître avec Living room.

Mais pour moi, la nouveauté, c’est l’influence de jazz américain tardif, plus électrique : l’intro du Magasin de porcelaine sonne très Lalo Schifrin, et on a envie de bouger la tête, non plus de gauche à droite comme on le ferait encore sur Médiumisons ou sur Tout excusé, mais d’avant en arrière, en fronçant les sourcils, parce que « ça joue ».

C’est à la deuxième écoute qu’on réalise à quel point « ça joue grave » (air fat et roots de rigueur). La trompette de David Lewis passe d’un jazz très classique, presque armstronguien, avec sourdine et pentatonique,  à des notes « cool jazz » à la Chet Baker, sans se priver de solos virtuoses, plein de phrases longues et rapides d’un héritage bebop assumé. La section rythmique est solide, c’est ce qu’on lui demande, et souvent rejointe par un piano qui n’en fait pas des tonnes, juste de quoi renforcer le swing. La guitare de Potzi est ce qui marquera le plus les musiciens. La « pompe » porte les chansons sur ses épaules, les allège ou les alourdit simplement en étant un peu en avance ou un peu en « fond de temps. » L’improvisation est gracieuse et enlevée sans être inutilement tape à l’œil.

On aurait aimé, enfin, j’aurais aimé, pouvoir dire que le chant est aussi enthousiasmant, mais c’est pour moi le point faible de la formation. La communication du groupe passe beaucoup par la mise en avant de la chanteuse, Belle du Berry, et c’est sa voix, sa diction gouailleuse qui rendent le groupe reconnaissable en quelques mesures. Pourtant, la poésie est parfois un peu forcée, le jeu sur les mots un peu attendu. La voix glisse, les syllabes se répètent, et ce qui devrait sonner comme des jeux rythmiques donne une impression de flottement, heureusement compensée par la rigueur des musiciens, les chromatismes délicats, les changements de tonalité.

Mais on ne va pas bouder son plaisir et les amateurs de chanson manouche se régaleront à l’écoute de « 5 », le dernier album de Paris Combo, paru chez DRG Records.

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